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Agir en réseau, le partage dans les forums

L’expérience de l’International Youth Parliament

Federico M. ROSSI

02 / 2005

Moyen de communication et lieux de rencontre

En octobre 2000 et en juin 2004 s’est tenu à Sydney l’International Youth Parliament (IYP), une initiative de Community Aid Abroad (1) (Oxfam Australie). Ce forum, qui a rassemblé à chaque étape environs 300 jeunes provenant de 100 pays différents, représente le modèle de rencontre de jeunes le plus important en son genre.

Il s’agit d’une rencontre qui s’inspire des grands forums que l’Organisation des Nations Unies (ONU) a organisés pendant les années 1990. Cependant, cette nouvelle rencontre présente quelques particularités qui la différencient des grands forums. Tout d’abord, elle rassemble des jeunes qui y assistent en qualité d’individus, dépourvus de représentation institutionnelle ou de mandat. Ce sont des personnes qui mènent une activité communautaire et/ou politique qui se développe à travers des réseaux de communication institutionnels ou de manière informelle.

L’IYP est un réseau de jeunes militants qui Ĺ“uvrent pour un changement durable, équitable et pacifiste dans leur communauté. L’IYP apporte son appui à ces jeunes en investissant des efforts sur leur pouvoir d’action, en soutenant leurs projets et en organisant leur [génération en] réseau. Cet appui est basé sur la croyance de l’IYP en l’initiation des jeunes à devenir des agents efficaces pour le changement aussi bien dans le présent qu’à l’avenir en ayant un impact considérable sur le progrès de la vie des peuples (entretien via Internet).

Ce pouvoir d’action mentionné par May Miller-Dawkins évolue pendant le forum et à travers le virtuel réseau que composent tous les jeunes assistants. Cet appui est renforcé par les petites donations apportées par le IYP afin que les jeunes assistants puissent réaliser leurs plans d’action préalablement élaborés.

L’IYP entre dans le cadre de l’organisation Oxfam, tout particulièrement au sein de sa filiale australienne. Selon les propos de Jane H. qui a travaillé au IYP en 2000 :

Alors que l’objectif d’Oxfam est l’aide aux pauvres parmi les pauvres, l’IYP encourage les jeunes à s’engager pour apporter leur appui à la réalisation des objectifs d’Oxfam et à sa philosophie participative pour le développement de la communauté. L’IYP incarne un grand nombre des valeurs principales d’Oxfam et cherche à atteindre l’objectif d’une « citoyenneté mondiale » (entretien via Internet).

Pour ce faire, selon May Miller-Dawkins, l’IYP devient l’étendard jeune d’Oxfam et cherche à devenir un modèle qui accentue la participation des jeunes à tous les niveaux du travail d’Oxfam. Autrement dit, l’IYP est aussi bien un forum qu’un réseau mondial centralisé (par Oxfam Australie) qui cherche à favoriser la diffusion de la voix des jeunes militants et bénévoles participants au forum. Il s’agit d’un réseau virtuel dirigé par le personnel de l’IYP à Sydney. Cela démontre comment Internet ne représente dans ce cas qu’un moyen pour encourager les actions communes, pour connecter et créer des liens. Il ne s’agit pas d’un mode d’organisation en soi qui permettrait de favoriser l’horizontalité et la décentralisation, comme c’est le cas pour les groupes autonomes (cf. document Vivre son engagement sur le terrain). Internet apparaît dans tous les cas comme un outil de communication façonnable. Il répond aux intérêts des personnes qui s’en emparent et peut représenter les principes de décentralisation et d’horizontalité. Cependant, il peut également favoriser la centralisation comme il en est question dans le cas d’Amnesty International.

Un modèle d’organisation « sectorisée » : la participation consultative

Comme l’affiche la structure fonctionnelle de l’IYP (voir Graphique VIII), les décisions sont prises au sein de l’organisation par les adultes qui composent le personnel. Ces décisions sont centralisées autour de la figure du Coordinateur. Les jeunes participant à chaque forum intègrent les Comités Consultatifs composés par tous types de jeunes (International Steering Committee (2)) et des jeunes indigènes (3) (Indigenous Reference Group (4)). En 2004, ces organes étaient composés de membres élus par les autres participants au forum à la différence de l’IYP en 2000. Cela favorise la représentativité de leurs membres et leur offre la possibilité de se transmettre des comptes-rendus. Il s’agit de comités qui fonctionnent grâce à une structure virtuelle (dans le cadre du réseau) et qui sont consultés par le Coordinateur et les coordinateurs des équipes sur la base des besoins et des initiatives définis depuis l’Australie.

Ce modèle fonctionnel est le plus répandu parmi les ONG et les organisations de mouvements qui cherchent à introduire une participation des jeunes quelconque (par exemple, le Youth Advisory Committee (5) de la Conférence des ONG en Rapport Consultatif avec les Nations Unies [CONGO]). Il s’agit aussi d’un modèle de participation plus fréquemment utilisé par les organismes de l’ONU ou au sein des gouvernements nationaux (par exemple, les parlements ou les conseils de jeunesse). Ce type d’organisation – opposé à celui mis en place par la YWCA – est de type « sectorisé ». Pour résumer, un modèle dans lequel la participation est contrôlée et restreinte à la consultation ou aux propositions non résolutoires dans un espace spécifique de participation. Un modèle dans lequel les adultes dirigent les projets et l’organisation.

Graphique VIII : Structure fonctionnelle de l’International Youth Parliament – Oxfam Australie

Structure fonctionnelle de l’International Youth Parliament – Oxfam Australie

N.B : la référence aux équipes de travail est illustrative, elle ne reflète pas nécessairement la totalité des groupes existants.

Sources : www.iyp.oxfam.org ; entretiens (octobre-décembre 2004) ; International Youth Parliament 2000 Organisational Chart (2000)

Les limites de l’organisation consultative

Comme l’argumente Rodríguez : « … il est important d’aller au-delà de la création « d’espaces spécifiques pour la participation des jeunes » (maisons de jeunesse, conseils de jeunesse, etc.) qui ont une valeur très importante en termes de socialisation des jeunes, mais qui, très souvent, finissent par isoler davantage les jeunes » (2004 : p. 6). La participation aux conseils consultatifs est l’une des formes d’engagement institutionnel les plus faibles (parmi celles qui ne sont pas manipulatrices ou qui sont simplement décoratives) et répond le moins pertinemment aux attentes que les jeunes semblent avoir. Une jeune fille du Panama illustre cela :

Se faire entendre, apprendre, participer, gagner en expérience, pouvoir partager et apprendre des choses aux autres et être capable de contribuer au bien-être de ma communauté en renforçant les espaces fédérateurs auxquels je participe (Albis, entretien via Internet).

À la différence des organisations analysées dans les autres fiches du dossier, l’IYP se présente comme une organisation pour les jeunes. Par opposition aux autres cas, la jeunesse devient un foyer d’action spécifique. Cependant, cette qualité s’articule avec le fait qu’il n’est pas un rassemblement de jeunes (comme les groupes autonomes ou les tribus urbaines [cf. documents Vivre son engagement sur le terrain et Tribus urbaines) ou avec les jeunes (comme ATTAC, Amnesty International, Les Amis de Talas, etc., mais pour les jeunes. Il s’agit d’un forum et d’un réseau mondial centralisé qui a pour objet de porter la voix de la jeunesse militante et bénévole et d’appuyer ses projets.

Afin de se constituer comme un moyen de communication, l’IYP a lancé en 2003 un programme pour faire entendre à la fois l’opinion des jeunes quant aux impacts de la mondialisation sur leurs vies, et leurs propositions d’actions alternatives. Dirigé par l’équipe australienne, ce programme a intégré l’assistance consultative des participants à l’IYP 2000 (Arvanitakis, 2003 : p. 10) et a élaboré un rapport sur la base de 400 réponses de jeunes et de professionnels des mouvements de jeunes. Ensuite, le rapport a été présenté pendant les débats sur la jeunesse qui ont eu lieu lors de la 41ème Session de la Commission Économique et Sociale de l’ONU (ECOSOC) (cf. Rossi, 2003). Comme il est établi dans le rapport :

[À la différence d’autres projets sur la mondialisation]… ce rapport (…) présente de « nouvelles voix ». Alors que les commentaires éclairés d’un grand nombre de caciques, de dirigeants mondiaux et de commentateurs dans les médias sont très valorisés, il existe très peu d’opportunités pour que la voix des jeunes soit entendue (Arvanitakis, 2003 : p. 5).

Ce cas nous montre une autre forme d’engagement des jeunes, peut-être bien moins intégré aux réseaux institutionnels, mais qui permet néanmoins à ceux qui sont dépourvus de moyens de communication pour faire entendre leur voix de se joindre à celle des autres pour une diffusion commune sur le plan international. Il s’agit d’un type de participation dirigée par des adultes et pour les jeunes. Une forme d’engagement plus limitée mais qui reste quand même la plus utilisé.

1 Aide communautaire à l’étranger
2 Comité international de pilotage
3 Indigène doit ici s’entendre dans le sens d’aborigène
4 Groupe de référence indigène
5 Comité consultatif de jeunes

Key words

citizens network, network for the exchange of experience, young person, popular participation, social sciences


, Australia

file

La jeunesse en mouvement : rapport de recherche sur les formes d’engagement politique des jeunes

Notes

Source

Entretiens avec Jane H., professionnel dans un mouvement de jeunesse, May Miller-Dawkins, Program Officer IYP et différents jeunes

Arvanitakis, J. (2003) Highly Affected, Rarely Considered. International Youth Parliament Commission into Globalisation, International Youth Parliament - Oxfam Community Aid Abroad: Sydney.

Rodríguez, E. (2004) “Participación juvenil y políticas públicas en América Latina y el Caribe: algunas pistas iniciales para reflexionar colectivamente”, presentado en el Encuentro Iberoamericano de Plataformas Asociativas de Juventud, 23 y 24 de agosto de 2004, Lima.

Rossi, F. (2003) “Highly Impacted, Rarely Considered. A Youth Analysis of the Impacts of Globalization on Youth People for the UN Commission for Social Development”, presentado en la 41ª Sesión de la Comisión de Desarrollo Económico y Social (ECOSOC), Naciones Unidas, Nueva York.

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