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Quels principes pour gérer les déchets nucléaires à vie longue ?

09 / 2005

De la dangerosité à la gestion des risques

Pour être traduite en risque, la dangerosité intrinsèque des matières doit être croisée avec des scénarios possibles d’exposition (par irradiation ou contamination), déterminés par les conditions de gestion des déchets et matières valorisables. On distingue en particulier :

  • Les conditions normales : elles induisent des expositions directes à la radioactivité, par proximité avec les colis ou via des rejets de fonctionnement. Ces expositions sont en principe maintenues à des niveaux sensiblement inférieurs aux limites réglementaires d’exposition des travailleurs et des populations ;

  • Les conditions accidentelles : elles peuvent avoir des causes internes (criticité, explosion chimique, échauffement…) et/ou externes (séismes, inondations, accidents de la route…). La sûreté vise à les maîtriser en renforçant les systèmes de protection (barrières de confinement), de contrôle et de sauvegarde pour maintenir en dessous d’un niveau jugé admissible la probabilité de scénarios entraînant de fortes expositions ;

  • Les actions malveillantes : elles peuvent viser soit à disperser les matières radioactives concernées (agression terroriste, bombe sale), soit à s’emparer des matières nucléaires (prolifération). La sécurité vise, par conception, à rendre, par diverses protections, ce type d’action impraticable.

Les moyens mis en œuvre pour réduire les risques d’exposition (confinement, protection physique, etc.) sont dimensionnés pour maintenir, dans certaines conditions jugées significatives parmi celles ci-dessus, les niveaux d’exposition en dessous de seuils définis comme admissibles par la réglementation. Ceci doit en général être démontré par une évaluation des niveaux d’exposition et des conséquences sanitaires associées, qui repose sur des méthodes et des mesures complexes et discutées.

L’évaluation des risques liés à la gestion actuelle ou future des déchets, comme des risques associés à l’industrie nucléaire en général, est donc controversée. Des éléments aussi fondamentaux sur le plan méthodologique que l’existence d’une relation linéaire sans seuil entre les expositions à la radioactivité et les conséquences sanitaires (danger des faibles doses), la pertinence de l’approche probabiliste (non prise en compte d’événements jugés a priori trop rares) ou la définition des menaces terroristes de référence (niveau crédible d’engagement en hommes et en matériels) font l’objet de débat – et avec eux l’appréciation globale des risques posés par les déchets.

Sans entrer dans cette discussion, on peut procéder par comparaison pour constater que toutes les solutions de gestion des déchets ne sont pas équivalentes sur le plan des risques. Typiquement, les opérations qui visent à réduire l’inventaire à long terme des déchets se traduisent par un système de gestion plus complexe, donc des risques accrus à court terme.

Par exemple, la vulnérabilité (la facilité avec laquelle un scénario d’accident ou de malveillance se produit) et la sensibilité (l’ampleur des conséquences du dit scénario) sont très variables selon le type de matières en jeu et leur conditionnement. Ainsi, étant donné la très forte radiotoxicité du plutonium par inhalation (les stocks de plutonium séparé entreposé sous forme de poudre à La Hague, par exemple, représentent de quoi tuer plusieurs dizaines de fois, s’il était également réparti en fractions inhalées par les habitants, l’ensemble de la population française) ou son intérêt pour la fabrication d’armes, le plutonium séparé sous forme de poudre d’oxyde ou enfermé dans la matrice d’un combustible irradié, chaud et très radioactif présentent des risques très différents. Ou encore, le combustible MOX irradié, plus chaud et radioactif du fait de sa composition différente, pose des problèmes plus complexes que le combustible UOX irradié.

Les principes d’une gestion globale des matières et des risques

Les stratégies de gestion des déchets peuvent combiner des efforts pour réduire la dangerosité intrinsèque (en jouant sur l’inventaire des matières) ou pour réduire les risques d’exposition (en jouant sur les conditions de confinement des matières). Le tableau d’ensemble des risques associés doit tenir compte du fonctionnement normal, des accidents et des questions de sécurité, à chaque étape de traitement de l’ensemble des déchets et matières valorisables considérés aux différentes échelles de temps engagées.

À défaut d’établir ce tableau global, quelques principes peuvent être soulignés.

  • La minimisation des risques par la mise en œuvre aussi tôt que possible de solutions efficaces de conditionnement et d’entreposage. La recherche des solutions les plus pertinentes à long terme, ou les délais de dizaines d’années nécessaires au refroidissement de certaines matières, ne doivent pas empêcher une gestion la plus sûre possible de l’inventaire en attente. C’est ainsi que les solutions hautement radioactives de résidus du retraitement sont vitrifiées « en ligne », plutôt que conservées sous forme liquide dans l’attente d’éventuelles solutions de transmutation. En revanche, de nombreux déchets moins actifs sont aujourd’hui entreposés dans des conditions moins satisfaisantes : ainsi, selon l’ANDRA, deux tiers des volumes de déchets entreposés à La Hague fin 2000 n’étaient pas ou insuffisamment conditionnés. Ce problème concerne des déchets A mais également d’importantes quantités de déchets B, notamment 9300 m3 de boues issues des procédés anciens de retraitement (dont une partie provenant de combustibles étrangers).

  • L’optimisation, ou la cohérence des solutions adoptées. Il s’agit notamment de maîtriser les équilibres de flux pour éviter des stockages et manipulations inutiles, contrairement à ce qu’on observe aujourd’hui, en particulier sur le plutonium. Il s’agit également de maintenir une cohérence parfois difficile entre des modifications en amont (évolution des taux de combustion notamment) et leurs conséquences en aval du traitement du combustible.

  • La justification des options au regard de l’ensemble des risques aux différentes échelles de temps. Par exemple, si le choix industriel du retraitement est vu comme une tentative de réduction de la radio-toxicité intrinsèque des déchets ultimes, sa mise en œuvre modifie profondément le tableau des risques : la réduction de risques potentiels visée à long terme entraîne des risques effectifs consentis à court terme (augmentation des rejets, des manipulations, des transports…). L’ensemble des transferts de risque correspondants (entre types de risques, entre sites, entre générations) doit être explicité, évalué et justifié. En particulier, on ne peut pas se donner comme objectif de réduire la radiotoxicité à long terme sans traduire ceci en termes de risques d’exposition : le bilan doit porter sur une réduction des impacts liés aux relâchements du stockage à long terme contre une augmentation des impacts liés aux opérations en amont du stockage.

  • La réversibilité des options, en particulier pour ne pas laisser s’installer des irréversibilités tant qu’on n’a pas choisi définitivement une option de gestion. Les solutions mises en œuvre à titre intermédiaire s’articulent en effet plus ou moins bien, notamment sur le plan technique, avec les différentes options envisageables à long terme. Par exemple, comparé à l’entreposage sécurisé en l’état des combustibles irradiés, le retraitement engage un certain nombre d’opérations futures (la reprise des stocks de plutonium séparé et d’uranium de retraitement) tout en fermant d’autres portes (les déchets vitrifiés ne sont pratiquement pas possibles à reprendre).

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