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Autoconstruire son habitat en bois pour les personnes à faible revenu

Etude de faisabilité en Belgique et visites d’expérience à l’étranger

Pascale THYS

09 / 2008

A l’origine du projet

En Belgique, la question de l’habitat pour les personnes à faible revenu et les précaires ne se pose pas uniquement en termes de moyens financiers ou d’accès au logement social. Ceux qui côtoient au quotidien des personnes vivant dans la rue ou dans des zones d’hébergement touristique (caravanes) savent que la question est plus vaste et touche aussi au mode d’habiter et à des choix de vie personnel. C’est pourquoi, Habitat et Participation, une association belge a, avec trois autres partenaires, réalisé une étude de faisabilité comprenant un voyage d’expérience en France et un autre en Angleterre afin de proposer aux personnes à faible revenu d’auto construire leur habitat en bois.

www.habitat-participation.be/dph/prototype02m.jpg www.habitat-participation.be/dph/prototype01m.jpg www.habitat-participation.be/dph/poteaupoutrem.jpg www.habitat-participation.be/dph/poteaupoutre02m.jpg

Esquisse du futur habitat - plan du rez-de-chaussée de 40M2 - illustrations de la technique poteau poutre en bois utilisée (A l’Abri de l’Arbre, Architecte Charles Gheur, 2005)

Le prototype proposé

Il s’agit d’une maison unifamiliale entre mitoyens comprenant 3 chambres et d’environ 80 M2 répondant aux normes de construction du logement social en Belgique.

Le plan s’organise à l’intérieur d’un carré de +/- 6,50m sur 6,50m. La coupe (2 niveaux) sur une hauteur de +/- 6,50m à mi-toit. On obtient ainsi un volume général très proche du cube. Ce qui est le volume le plus économique sur le rapport surface englobante/volume englobé. Donc quantité de matériaux minimale pour le volume à construire et compacité maximale assurant des économies de chauffage.

La technique utilisée est celle du poteau-poutre qui requiert de combiner des points d’appuis (poteaux séparés de 3 à 4 mètres de distance), associés aux poutres principales et à la charpente de la toiture. Ces trois éléments forment l’ossature principale du bâtiment (ou structure primaire). Le choix de cette technique a été guidé par les éléments suivants : esthétique, possibilité laissée à un entrepreneur de réaliser la construction de base, poids léger (auto-construction) et pose du toit avant de réaliser cloisons et planchers afin de travailler au sec.

Le système proposé pour l’assemblage est appelé tenon-mortaise-cheville, il renvoie directement à la tradition du colombage en Europe : l’emboîtement d’un tenon (ici la poutrelle en bois) qui rentre dans un mortaise (ici le poteau interrompu) et est bloqué par une cheville (ici par boulonnage). Tous les éléments de la construction sont donc assemblés par boulonnage, ce qui donne la stabilité aux assemblages ; des pièces de la charpente assureront la stabilité générale de l’ossature bois.

Le bois a été choisi comme matériau de construction pour ses nombreuses qualités : isolation thermique (15 fois plus isolant que le béton) – utilisation facile (souple et léger) – résistance au fil des années (les plus vieux bâtiments en bois ont près de 1000 ans) – résistance au feu – chaleur des parois qui régule la température interne – régulateur de l’air ambiant (moins d’allergies et de rhumatisme) – matière naturelle disponible en grande quantité en Région wallonne (pas de bois exotique !).

 

Objectifs et enjeux

1 Minimiser les coûts afin de rendre le projet le plus abordable financièrement possible. L’objectif était alors d’impliquer des structures publiques de logement en Belgique afin de favoriser ce type d’habitat. Dans les faits, il s’est avéré qu’il fallait ajouter au prix de la construction, celui de l’encadrement social et technique des candidats bâtisseurs.

2 Proposer un projet en totale auto-construction (potentiellement) afin de pouvoir en petits groupes de candidats bâtisseurs développer des compétences en matière de construction - des solidarités entre bâtisseurs et la fierté d’avoir auto-construit son logement. De nombreuses expériences montrent que l’auto-construction de l’habitat par des personnes en précarité leur permet aussi une reconstruction personnelle.

3 Promouvoir un projet respectueux de l’environnement qui devait répondre aux objectifs de développement durable en matière sociale, économique et environnemental. Un souci d’utilisation de matériaux sains tant pour la construction que pour le système de chauffage a guidé les choix du projet.

 

Déroulement du projet

L’étude de faisabilité a été menée durant 18 mois, chaque partenaire de l’étude ayant été choisi pour ses apports spécifiques dans le travail. Rapidement il nous est apparu qu’il y avait trois aspects clés de l’étude qui pouvait faire problème auprès des sociétés de logement social en Belgique :

  • La question de la construction en bois (« Respectera-t-on les normes de construction du logement social ? »)

  • La question de l’auto-construction (« une personne précaire en est-elle capable ? »)

  • La question du coût global par logement (« Cela coûte-t-il moins cher qu’un autre logement ? »)

Une quatrième question est apparue au fil de nos travaux, question qui touchait le ‘statut de l’auto-constructeur’. En effet, en Belgique, une personne qui bénéficie d’un revenu de remplacement (dont le chômage) n’a pas le droit de ‘travailler à auto construire son logement’ et doit également ‘payer une TVA (taxe) sur sa propre main d’œuvre’ de 21%.

Une manière de répondre à ces divers freins a été de réaliser deux visites d’expérience à l’étranger afin de comprendre comment on pouvait répondre à certaines objections. Nous sommes donc partis en France, du côté de Besançon, visiter l’association Julienne Javel ainsi qu’en Angleterre, à Londres, visiter les projets SEAGLE.

  • En France, l’association Julienne Javel propose un système intégré aux personnes : elles logent dans la section hébergement de l’association, se forment dans le centre de formation et construisent via l’entreprise privée de construction toujours en lien avec Julienne Javel. Ils ne réalisent pas une auto-construction bois totale, mais ont développé un concept constructif : les panneaux bois porteurs standardisés à partir de n’importe quel plan d’architecte. Ces panneaux très rigides sont ensuite boulonnés sur chantier. Le Kit réalisé dans l’entreprise de formation avec candidat bâtisseur est assemblé sur chantier (quelques jours suffisent). De multiples montages financiers existent ; la population cible peut être des SDF – sans domicile fixe ; l’encadrement est réalisé par les équipes de Julienne Javel ; il n’y a pas de problème de statut ; le coût global avoisine un logement classique.

  • En Angleterre, l’association Self Building Association propose des projets SEAGLE, du nom de son concepteur. C’est la technique poteau-poutre avec une totale auto construction si souhaité qui est proposée. Une vraie préformation à certaines techniques du bâtiment est proposée aux candidats qui construisent ensuite leurs logements par petites unités, reproduisant ainsi les fameux ‘Mutirao’ brésilien. Les programmes sont soutenus financièrement par les sociétés de logement social qui y ont un intérêt direct et encadrés par des personnes extérieures, mais aucun chiffre précis n’est avancé ; des habitants de la rue, des personnes seules, etc. peuvent ainsi auto construire leurs logements selon des degrés variables ; la question du statut ne se pose pas ; les logements ainsi construits ne correspondent que de très loin à nos normes du logement social. Une découverte importante pour nous : les personnes peuvent décider de leur statut d’occupation et proposer des montages multiples (par exemple être à 40% et à 60% locataire de son logement).

www.habitat-participation.be/dph/javel01m.jpg www.habitat-participation.be/dph/seagle01m.jpg

De retour en Belgique, nous avons réalisé le prototype constructif présenté ci-dessus et investigué de nombreuses pistes face aux diverses questions soulevées. Des réponses totales ou partielles sont apportées dans notre rapport de synthèse.

Télécharger l’étude puce ‘Publications’ ‘Publications 2005’

 

Données pratiques

Echelle territoriale : Région wallonne de Belgique

Public cible : Personnes en précarité sociale souhaitant auto-construire leur logement

Acteurs du projet : Habitat et Participation, Solidarités Nouvelles, A l’Abri de l’Arbre, Monsieur Vanderlinden – juriste, la Région wallonne

Durée actuelle : De 2003 à 2005 (étude), tentatives de lancer des projets pilote depuis

Résultats actuels : Aucune construction à ce jour

Sources de financement : Région wallonne de Belgique (Ministère de l’Agriculture)

 

10 Principes de Bonne Gouvernance

10 Questions ont ensuite été posées lors de cet entretien pour mieux comprendre comment cette expérience peut s’approcher des principes de Bonne Gouvernance énoncés par {l’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire en juin 2001 in «Les principes de la gouvernance au XXIe siècle» et ce afin d’échanger ces pratiques avec celles du Congo en matière d’habitat et de gestion des déchets.

1-Se fonder sur une approche territoriale et le principe de subsidiarité

Cette étude nous a obligé, à partir d’expériences à l’étranger, d’analyser notre contexte spécifique belge et wallon afin d’adapter le projet aux réalités belges (en termes de financement, de statut des personnes, de normes de construction, d’utilisation de ressources locales, etc.).

Par contre en terme de subsidiarité active, le projet n’est toujours pas parvenu à ses fins puisqu’il est évident qu’actuellement les pouvoirs publics ne souhaitent pas soutenir financièrement ce type de projet, en partie parce qu’ils ont peur d’une perte de contrôle en matière de construction de logement.

2-Instituer un dialogue au sein de communautés plurielles

Une étude de faisabilité n’est pas une expérience de terrain. Cependant, nous pouvons regretter d’une part de n’avoir pas réussi à créer un dialogue constructif avec les sociétés de logement social, d’autre part, il semble évident que les publics cibles avaient également besoin d’être mieux informées sur les tenants et aboutissants du projet pour pouvoir y entrer. Par contre, il nous a semblé que les administrations de la Région wallonne (logement – social – agriculture) ont pu dialoguer utilement afin de nous aider à formaliser le projet, ainsi qu’à le promouvoir au travers de leur filière ‘cluster écoconstruction’.

3-Remettre l’économie à sa juste place – Gérer les ressources

Dans ce projet, chaque ressource a été considérée comme un bien à préserver, qu’il s’agisse des compétences des personnes ou des matériaux de construction. Rarement à notre connaissance il y a eu un projet de ce type qui rentre aussi complètement dans une définition du développement durable dans toutes ses dimensions, y compris en terme de gestion du marché du logement.

4-Se fonder sur une éthique universelle de responsabilité

Le projet se fonde sur des valeurs telles que la reconnaissance de la compétence des personnes en précarité, le développement durable, la valorisation des ressources locales, etc. L’ensemble des administrations de la Région wallonne qui ont contribué à cette étude s’est retrouvé dans le projet, parfois après explications ou discussions. La question de la responsabilité tant sociale, écologique qu’économique est au cœur de ce projet.

5-Définir un cycle d’élaboration de décision et contrôler les politiques publiques

Comme expliqué précédemment si le débat interne fut très positif, c’est lors de l’élargissement de celui-ci et de la présentation sur la place publique des résultats finaux qu’il y a eu problème. La question des mentalités en matière d’accès ou de gestion du logement reste posée.

6-Organiser la coopération et les synergies entre acteurs

Ce projet a permis de développer énormément de synergies entre acteurs, y compris par exemple les acteurs français qui nous proposaient de venir réaliser un logement témoin en Belgique. Mais cela est insuffisant car la question du logement et du logement des plus démunis touche à tellement de domaines différents (secteur du logement social, marché de la construction, organismes de formation, etc.) qu’il est très difficile de faire évoluer toutes les mentalités en même temps.

7-Concevoir des dispositifs cohérents avec les objectifs poursuivis

C’était bien le défi de cette étude, à savoir de proposer un dispositif le plus cohérent possible permettant la mise en action d’un tel projet. Nous pensons qu’il est toujours d’actualité.

8-Maîtriser les flux d’échange des sociétés entre elles et avec la biosphère

Aucun indicateur n’a été élaboré pour mesurer les résultats de l’action, aucun projet n’ayant pu voir le jour actuellement. Les deux éléments importants, selon nous, qui ont été mis en avant dans ce projet sont : la dimension écologique d’un logement, y compris pour des personnes à faible revenu et la prise en compte des compétences de ces personnes pour l’auto-construction. On sait en effet que d’une part l’écologie est souvent l’apanage des mieux nantis financièrement, ce qui est non seulement une injustice sociale, mais un danger écologique, d’autre part que des savoirs et savoir-faire sont ancestraux sont en perte de vitesse alors même que ces techniques sont les plus adaptées pour de petits budgets, avec des moyens simples et efficaces.

9-Gérer la durée et savoir se projeter dans le temps

Dans le cadre de cette étude, nous n’avons visiblement pas réussi à harmoniser les temps de réflexion et d’implication des acteurs, ce qui a handicapé une stratégie de long terme du projet.

10-De la Légalité à la légitimité de l’utilité, des valeurs et des méthodes

Nous pensons toujours que ce projet répond à un besoin réel et légitime d’une population qui veut non seulement accéder à un logement digne, mais aussi en profiter pour valoriser et développer ses compétences via la formation et l’auto-construction, voire pour restructurer sa vie en construisant un chez soi où la dimension d’appropriation dépasse largement la question des ‘normes de construction’.

Key words

habitat, habitat policy, cultural model, sustainable development, participation of inhabitants, governance


, Belgium, Wallonie

file

Bonne Gouvernance en matière d’habitat et de gestion des déchets

Comments

ÉVALUATION

On doit avouer qu’aucun projet concret n’a abouti à ce jour, frustrant les auteurs de cette étude. L’analyse des causes de cet échec actuel est la suivante :

  • Sur les 4 grandes questions posées, deux sont restées pour les financeurs potentiels, à savoir d’une part la croyance en la capacité des personnes à auto-construire leur logement sans faire prendre de risques aux sociétés de logement social ET le coût global qui s’avère, comme pour Julienne Javel, proche d’une construction ‘classique’ puisque si le coût de construction est réduit, le coût de l’encadrement social et technique se rajoute. Par ailleurs, il est impensable, selon nous, de faire porter ce coût par le candidat bâtisseur.

  • La dynamique de notre étude est sans doute une autre cause d’échec : durant les trois quart de cette étude, nous n’avons travaillé qu’avec des autorités publiques responsables de l’environnement, du territoire ou du développement agricole. Ce n’est qu’en fin de mission que nous avons songé à faire appel aux partenaires financeurs potentiels du projet, les sociétés de logement social. Ce manque d’implication peut avoir eu des effets directs sur leur peu de réceptivité. Peut-être eut-il été utile de les associer aux visites d’expérience également…

  • Enfin, contrairement à notre attente, nous avons eu des demandes d’auto-construction venant de personnes à faible revenu mais pas du public cible initialement visé (celui des SDF ou des personnes vivant en habitat précaire telles que des caravanes). Ceci n’a pas joué en notre faveur quand certaines opportunités se sont présentées concrètement.

Questions que pose cette expérience :

1) A quel moment doit-on mobiliser les financeurs d’un projet compte tenu que trop tôt ils seront découragés par manque de résultat et trop tard ils se sentent exclus de la réflexion ?

2) Comment faire évoluer intelligemment une législation sociale (en Belgique) qui aide et protège très bien les personnes tout en les maintenant hors d’un véritable circuit de réinsertion ?

3) Comment faire évoluer les mentalités en matière de mode d’habiter ? Qu’il s’agisse des responsables politiques qui ont une vision normée du logement, mais aussi des personnes en précarité qui ne sont pas forcément prêtes à se lancer dans l’innovation ?

Notes

Cette fiche a été élaborée dans le cadre d’un échange d’expériences sur les pratiques de Bonne Gouvernance en matière d’HABITAT et de GESTION DES DECHETS entre le Congo et la Belgique en 2007 et 2008.

Source

Testimonial

Projet intégré d’auto-construction d’habitat bois pour l’accès à un logement décent en milieu urbain et rural - Étude de faisabilité commanditée par la Région wallonne (2003-2005).

Télécharger l’étude puce ‘Publications’ ‘Publications 2005’

Partenaires de l’étude :

  • Pascale THYS, Habitat et Participation, Place des Peintres 1 Bte 4, 1348 Louvain-la-Neuve, Belgique, Europe – Tél : 0032/(0)10/45.06.04 – Fax : 0032/(0)10/45.65.64 - contacter Pascale Thys

  • David Praile, Solidarités Nouvelles, Rue Léopold 36A, 6000 Charleroi, Belgique, Europe – Tél : 0032/(0)71/30.36.77 – Fax : 0032/(0)71/30.69.50 - contacter David Praile

  • Thierry Vanderlinden, Juriste – Tél : 0032/(0)477/68.82.32 - contacter Thierry Vanderlinden

  • Charles Gheur, Atelier d’Architecte A l’Abri de l’Arbre, Chaussée de Tervuren 25, 1160 Auderghem, Belgique, Europe – Tél : 0032/(0)2/672.07.97

Habitat et Participation - Place des peintres 1/004, 1348 Louvain-La-Neuve, BELGIQUE - Tél. (32) 10 45 06 04 - Fax (32) 10 45 65 64 - Belgium - www.habitat-participation.be - hep (@) tvcablenet.be

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