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L’éducation bilingue et la formation, des armes contre l’émigration

La Fondation Runakunapak Yachana Wasi et son action à Simiátug, province de Bolívar

Pacha TERAN

09 / 2002

Simiatug est une paroisse de la province de Bolívar, où depuis plus de 30 ans la Fondation ‘Runakunapak Yachana Wasi’ (RYW) travaille dans les domaines de l’éducation, de la production et de la commercialisation. RYW considère l’éducation comme son terrain d’action prioritaire.

La création de cette Fondation est une réponse aux mauvais traitements et à l’exploitation dont étaient victimes les indigènes de la part des habitants et habitantes (métis) du centre urbain de la paroisse, du responsable politique local, des propriétaires terriens et enfin des commerçants extérieurs, qui profitaient du fait que 99 % de la population indigène était analphabète. À tous ceux-là s’est ajouté à une époque l’Église catholique, à travers la collecte des dîmes et des prémisses, par lesquels ils s’appropriaient les fruits du travail des communautés indigènes.

Face à cette situation, les peuples indigènes s’organisèrent avec l’appui d’un groupe de jeunes volontaires italiens, qui se fixèrent comme premier objectif l’alphabétisation et la formation d’enseignants de deuxième et de troisième année d’éducation basique. L’étape suivante fut la création d’écoles bilingues dans la communauté de Monoluma, la première expérience de ce type dans le pays. Elle permit de conscientiser les populations sur la nécessité d’en finir avec l’exploitation. Toutefois, l’un des obstacles les plus importants auquel ils eurent à se confronter fut le refus de l’État, en dépit de ses obligations, d’assumer le salaire des enseignants formés dans la zone, qui assuraient pourtant des cours.

L’éducation dispensée par l’Institut créé par la Fondation est basée sur une philosophie progressiste qui se donne pour tâche de changer les modes de pensée des gens. La majorité de la population de la commune pense en effet que l’émigration est la seule alternative, à tel point qu’une colonie indigène significative est maintenant localisée aux États-Unis. Cette mentalité est combattue au moyen de micro-entreprises fromagères, de charpenterie, de mécanique industrielle, de centres commerciaux, qui promeuvent le développement communautaire en conjonction avec l’éducation. En outre, les jeunes se voient donner l’opportunité de travailler sur deux exploitations agricoles, l’une de 180 hectares et l’autre de 200 hectares, où fonctionne le Centre d’expérimentation et de production agricole. À travers cette activité, c’est une aspiration à la viabilité et à l’autonomie qui se fait jour, car – comme le dit Islao Yanchiliquinga, représentant de la Fondation Runakunapak Yachana Wasi – « travailler avec des ONG signifie être dépendant, même si nous avons reçu un appui initial de Oxfam États-Unis et Angleterre ».

L’Institut compte trois spécialités : Développement communautaire ; Technologie agricole ; Gestion d’entreprises communautaires. Actuellement, la Fondation a commencé à travailler en vue d’un système de santé communautaire interculturel (c’est-à-dire intégrant à la fois les médecines indigène et occidentale). À cette fin, l’organisation a délégué des jeunes pour suivre une formation sur les technologies de soin primaire de santé, afin qu’ils conduisent ensuite un programme intégral de santé sur la zone. Grâce à ce programme, plus de 6000 personnes furent examinées dans le cadre de la prévention de la tuberculose. On pu identifier 200 personnes qui souffraient de cette maladie, un chiffre en contradiction avec les statistiques officielles du Ministère de la santé publique.

Ce programme sur la santé repose sur une équipe composée de personnes de la Fondation, salariées par des ONG amies de la RYW. Suite à cette initiative a émergé la proposition que le gouvernement lui-même mette en Ĺ“uvre un système de santé intégral, pour répondre aux besoins des populations locales.

Un autre objectif de RYW est la conscientisation des communautés en ce qui concerne la conservation des sols. La communauté de Simiatug a réussi à replanter sur ses terres plus de 200 000 arbres exotiques. À partir de cette année, ils ont commencé la reforestation des zones de montagne avec des espèces d’arbres indigènes, et ils travaillent avec les communautés afin que ces dernières ne brûlent pas les zones de brousse ni les petits arbustes existants.

Dans ce domaine, les écoles bilingues jouent un rôle fondamental, car leurs enseignants sont des personnes dont le leadership est respecté, et qui inculquent aux enfants le respect de la nature en tant que source de vie et le droit des êtres vivants à exister pour procurer aux êtres humains – dans le cadre d’une relation de réciprocité – les aliments, l’eau, l’ombre et les autres bienfaits qui conditionnent notre survie sur cette planète.

D’un autre côté, les communautés participent activement aux assemblées qui se tiennent chaque mois, au cours desquelles sont planifiées et programmées les activités dans les 26 communautés de base membres de la Fondation. En outre, des réunions d’évaluation sont organisées tous les 6 mois, ainsi qu’un congrès annuel auquel participent plus de 200 représentants pour discuter du bilan du travail accompli pendant l’année et planifier les activités futures.

Tout le travail effectué a permis de réduire l’émigration au départ de Simiatug, dans la mesure où la Fondation a cherché à créer des sources alternatives de travail sur le territoire lui-même, des productions pour la consommation familiale, permettant de maintenir la culture et les coutumes locales. « Mais cela ne signifie pas que nous restons fermés à la technologie. Au contraire, nous sommes disposés à utiliser le meilleur de la technologie de pointe, des facteurs exogènes, dans le but d’améliorer notre propre réalité. », note Islao.

Un autre axe de travail de la Fondation est celui du genre. Il existe 12 organisations de femmes qui ont initié des caisses solidaires. Ces caisses fonctionnaient au départ avec les seules ressources propres des participantes, mais actuellement elles bénéficient d’un fonds en provenance d’Europe. Ces caisses solidaires servent au développement de jardins familiaux, et à la formation sur les questions d’équité entre les sexes.

Une émission de radio permet de diffuser les connaissances et les activités de la Fondation Runakunapak. « De cette manière, et malgré les difficultés techniques, nous nous maintenons en communication au niveau de l’Équateur et de toute l’Amérique latine. », commente Islao.

Key words

indigenous peoples, local development, rural exodus, comunity health, bilingualism, elimination of illiteracy


, Ecuador, Simiatug

file

Indigenous Peoples

Comments

La Fondation Runakunapak Yachana Wasi a travaillé de manière constante et solidaire avec les communautés de Simiatug, et, au bout de trente années, peut pointer du doigt avec fierté les résultats atteints : les communautés se sont organisées pour faire front face à un système qui les a exclues de manière permanente, et désormais elles peuvent vivre de manière digne. D’autre part, elles ont pu décider quel type de développement elles voulaient, fondé sur le respect de l’environnement, mais aussi autonome par rapport à l’État, lequel n’a pas su répondre à leurs nombreux besoins.

Notes

Fiche réalisée sur la base d’un entretien avec Islao Yanchiliquinga, membre de l’équipe dirigeante du bloc Pachakutik, et participant à la seconde Rencontre mondiale des peuples de montagne, tenue à Quito entre le 17 et le 22 septembre 2002. Pour davantage d’informations, contacter YANCHILIQUINGA, Islao, Tel : 593 022 900559.

Fiche originale en espagnol : Educación bilingüe y capacitación, herramientas contra la migración. Traduction : Olivier Petitjean.

Source

Interview

IEE (Instituto de Estudios Ecuatorianos) - Calle San Igancio 134 y Av. 6 de diciembre, oficina 2, Quito, ECUADOR - Telf. (5932) 2504 496 - Telefax: (5932) 2904 098 - Ecuador - www.iee.org.ec - iee (@) iee.org.ec

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