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Le difficile accès des femmes à la terre dans les pays du Sud

01 / 2010

Comme dans tous les secteurs socio-économiques malheureusement, les femmes sont au cœur des discriminations que subissent les populations rurales, en particulier concernant l’accès à la terre. Au Brésil comme au Burkina Faso, ce sont pourtant les femmes qui assurent l’essentiel de la production agricole. Mais elles subissent le poids de la coutume, des préjugés et de la domination masculine, y compris dans les organisations paysannes ou de défense des sans-terre. Grâce à l’action de terrain, les campagnes et la formation des femmes, les choses changent progressivement.

Rappel sur la notion de genre et les inégalités homme/femme

Lorsqu’on parle de rapports homme/femme, on parle souvent de genre. La Conférence Mondiale de Pékin sur les Femmes a donné pour la première fois, en 1995, une dimension à ce terme. Le genre est un concept qui étudie les différences, les rôles et les attentes des hommes et des femmes, et qui sert à analyser les rapports de pouvoir et les inégalités entre hommes et femmes. Dans cette hypothèse, les inégalités définissent les différences dans un domaine donné et sont le résultat d’une perception dans une société entre ce que mérite un homme et ce que mérite une femme.

On remarque qu’avec la mondialisation, les inégalités entre les pays, mais aussi dans le genre, se sont accrues. Les femmes sont d’abord frappées par des inégalités économiques : salaires et accès au travail, accès aux services sociaux ayant un impact macro-économique, etc. Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, les inégalités frappant les femmes sont aussi sociales (marginalisation des veuves, malades, discrimination selon le comportement sexuel), culturelles (mariage forcé, transmission du patrimoine aux hommes), politiques (accès aux postes) et éthiques (normes morales appliquées différemment selon le genre).

Les femmes : premières exclues de l’accès à la terre dans les pays du Sud

Dans les pays du Sud, les personnes qui produisent la nourriture sont les femmes ; cependant ce sont toujours elles les moins protégées, et toujours elles qui se nourrissent en dernier à la fin de la journée, après le reste de leur famille. La femme se sacrifie toujours au profit de l’homme et de la famille. En Afrique, par exemple, les femmes contribuent à 80% de la production de la nourriture, alors que seulement 2% d’entre elles ont un accès à la terre.

Au Brésil, le Mouvement des sans terre (MST) mobilise de plus en plus de femmes et lutte pour leur droit à la terre. Dans la bataille pour la terre, si la participation des femmes est élevée lors des phases d’occupation des terres, on remarque qu’elles ont tendance à se retirer au moment de la réappropriation légale du foncier. Elles restent dans leur maison avec leur famille, remplissent des tâches nécessitant peu de technique, et ne participent pas aux procédures importantes comme les discussions relatives au crédit et la signature de documents concernant l’accès à la terre, qui semblent réservées aux hommes. Beaucoup d’entre elles n’ont même pas de papiers d’identité. Financièrement, leur situation est souvent précaire parce qu’elles ont peu d’accès aux aides sociales, même après naissance de leurs enfants. Elles ont rarement droit à une retraite car on ne considère pas qu’elles effectuent un « vrai travail ». Le Burkina Faso est un autre exemple criant des inégalités subies par les femmes pour l’accès à la terre. 80% de la population vit en milieu rural, 65% sont des femmes. Une loi de 1984 et la Constitution de 1991 disposent toutes deux que les terres doivent être attribuées sans discrimination, mais en pratique ces textes ne sont pas respectés. Le plus grand obstacle à l’accès à la terre pour les femmes est le poids de la tradition. En effet, les femmes sont les principales travailleuses des exploitations familiales. En zone de terroir, c’est-à-dire non aménagée par l’État, l’accès à la terre se fait selon la coutume. Cela est extrêmement discriminatoire pour les femmes, qui sont souvent exclues. Une étude de la FAO de 2004 indique ainsi que la superficie de terres octroyée à un homme est la même que la superficie de terres donnée à un groupe de 30 femmes. Dans un documentaire tourné au Burkina Faso, un chef de tribu insiste sur le fait que la terre appartient à la famille du mari ; que la femme ne peut pas mettre en place ses idées sur la terre, et qu’on ne peut pas la transmettre par alliance lors des mariages des femmes.

Le fort taux d’illettrisme des femmes représente également un frein pour leur accès à la terre. En effet, bien que les femmes soient conscientes de l’injustice de leur situation, comme elles ne sont pas instruites, elles ont peur d’aller au devant de davantage de difficultés si elles se lancent dans une conquête de la terre. Elles préfèrent alors se taire et gagner le peu qu’elles peuvent, au lieu de protester et risquer de se retrouver seules et dans la rue. De leur côté, les hommes craignent de voir les femmes accédant à la terre s’investir beaucoup et cesser d’être économiquement dépendantes d’eux. Ils ne pourront donc plus les contrôler comme ils le font actuellement.

Vers une amélioration de l’accès des femmes à la terre dans les pays du Sud

Comme nous l’avons vu, la situation des femmes est bien souvent délicate dans les pays du Sud. Cependant, les témoignages rapportés par les partenaires présentes à cette table-ronde ouvrent la voie à de nettes améliorations. De manière générale, le Mouvement des Sans-Terre a obtenu plusieurs victoires pour les femmes. Victoires dans la société brésilienne, mais aussi au sein du mouvement lui-même, où le rôle des femmes est finalement reconnu. Pour ce faire, elles ont dû lutter pendant des années. Désormais, elles se réunissent tous les deux ans pour faire le point et analyser ce qui a été fait, ce qui est en train d’être fait, et ce qui reste à faire dans leur combat pour l’égalité des genres. Elles ont également obtenu la parité dans les représentations du MST, à tous les niveaux de la structure de l’organisation. Cette année lors de la journée de la femme, le 8 mars, elles se sont massivement mobilisées pour lutter pour l’accès à la terre et pour la réforme agraire. De façon à exprimer leur désaccord avec le gouvernement du Président Lula, elles ont détruit de jeunes eucalyptus dans les zones de production ainsi que des plans de canne transgéniques.

Au Burkina Faso, les femmes sont tout aussi actives. À travers le Réseau Femmes en Action, elles agissent ensemble pour affronter les décideurs. Elles militent notamment pour la régularisation des mariages et l’établissement de papiers officiels d’identité, car sans eux, on ne peut rien régler. Elles luttent également pour la formation et la scolarisation dont les filles sont souvent exclues, et l’obtention de micro-crédits. Ces combats sont peu à peu récompensés ; récemment, le Gouvernement a instauré des quotas pour les femmes au niveau de la sécurisation foncière, et une loi en faveur des femmes est également en cours d’élaboration (cf. Des femmes en action au Burkina Faso).

Au niveau international, ActionAid a lancé une campagne intitulée FaimZéro. Cette campagne a été menée jusqu’ici dans 24 pays et 800 000 femmes y ont participé. L’urgence pour leur venir en aide, est de les informer sur leur rôle et leurs droits. Dans chaque pays où la campagne a été relayée, ActionAid et ses partenaires ont donc demandé aux femmes d’énumérer leurs droits, notamment fonciers, et d’élaborer des chartes remises aux autorités.

Key words

access to land, discrimination against women, gender, women's rights, countryman farming, international solidarity


, Brazil, Burkina Faso

file

L’accès à la terre dans le contexte de crise alimentaire, écologique, économique et financière mondiale

Notes

L’exposition de photos « HungerFREE Women », présente cette mobilisation en images et en mots, autour de portraits de femmes conscientes de leurs droits et mobilisées pour les défendre. Elle est disponible en contactant Peuples Solidaires (Marie-Anne Priout, ma.priout@peuples-solidaires.org).

Source

Colloquium, conference, seminar,… report

D’après les interventions de Marcela De La Pena Valdivia, Le Monde selon les femmes, Pérou ; Soraia Soriano, MST, Brésil ; Françoise Bibiane Yoda, réseau Femmes en Action, Burkina Faso ; et Ivy KAKIIZA, ActionAid International. Table ronde consacrée à l’accès des femmes à la terre dans les pays du Sud, dimanche 19 avril 2009.

Peuples Solidaires - 2B rue Jules-Ferry, 93100 Montreuil, FRANCE - Tél. : 01 48 58 21 85 et 10 quai de Richemont, 35000 Rennes, FRANCE - France - www.peuples-solidaires.org - info (@) peuples-solidaires.org

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