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Des femmes en action au Burkina Faso

Un réseau pour lutter contre les discriminations faites aux femmes

01 / 2010

Depuis 2003, le Réseau Femmes en action agit au Burkina Faso pour lutter contre les discriminations faites aux femmes agricultrices, en matière d’accès aux ressources, en particulier la terre. Dans un pays où les lois garantissent sur le papier l’accès des femmes à la terre, c’est un travail de terrain que mène le réseau pour faire évoluer les mentalités, renforcer les capacités des femmes et à terme faire changer les politiques.

La situation agricole et alimentaire du Burkina Faso

Le Burkina Faso subit de plein fouet la crise alimentaire mondiale. Ceci est en majeure partie imputable à l’accaparement des terres par l’agrobusiness, la spéculation foncière, au manque de moyens et à l’explosion démographique. La souveraineté alimentaire du pays est en danger et la pauvreté ne cesse de s’accroître. Selon le dernier classement du PNUD sur le développement durable, le Burkina Faso occupe l’avant-dernière place et le problème foncier apparaît comme l’une des causes majeures de cette contre-performance. La production nationale ne peut satisfaire la demande et la plupart des produits alimentaires sont importés, ce qui ne fait qu’augmenter la dépendance du Burkina Faso.

Des inégalités hommes/femmes criantes concernant l’accès à la terre

Le milieu rural constitue près de 80% de la population avec au moins 65% de femmes qui consacrent les trois quarts de leur temps aux activités agricoles. Principales actrices de la production agricole, les femmes sont paradoxalement mises à l’écart de la gestion foncière. Pourtant, les textes au plan national, régional et international prônent une véritable égalité des droits sans discrimination aucune, mais la mise en Ĺ“uvre des droits n’est pas effective. Les femmes accèdent à la terre difficilement malgré la volonté de prendre en compte le genre pour réduire les inégalités. Cette situation ne favorise pas l’accroissement de la production agricole, qui pourtant apparaît aujourd’hui comme la voie pour contenir la crise alimentaire dans le pays.

Le poids de la tradition

Au Burkina Faso comme partout ailleurs en Afrique, la terre revêt un caractère sacré et la femme est exclue de sa gestion. L’explication suivante est donnée dans le guide sur la sécurisation des droits fonciers des femmes rurales au Burkina Faso, produit par le Groupe de réflexion et d’action sur le foncier (GRAF) en 2006 à l’intention des animateurs d’associations et d’ONG de promotion des droits humains : Si la femme devait accéder à la terre, il n’y aurait plus de mémoires du foncier. On ne saurait plus à quel lignage appartient telle ou telle terre. Ce sera la mort de la tradition. La femme ne peut pas par exemple remonter les généalogies en raison de son statut. Un autre exemple de cette exclusion ancrée dans la coutume apparaît très clairement dans le film sur l’accès des femmes à la terre réalisé en 1992 par Franceline Oubda. Le Naba Sapilma, chef coutumier de Koupela (Région du Centre-est du Burkina Faso) est formel : « La femme ne se marie pas pour s’ingérer dans des questions de terres, mais pour servir la famille de son mari. Dans l’histoire de l’humanité, la femme n’a jamais réclamé la terre. Elle peut bien faire des propositions sur l’utilisation de la terre mais elle ne peut appliquer directement ses idées sur la terre. La terre appartient à la famille. Devrait-on morceler la terre à chaque fois qu’il y a un mariage. Il est très difficile qu’une femme hérite d’une terre alors qu’elle est alliée à une autre famille. Je ne vois pas comment on devrait lui donner la jouissance d’un patrimoine qui irait par alliance à une autre famille. C’est la loi des mâles en Afrique. »

Les combats de Réseau Femmes en Action (RFA) en faveur de l’accès des femmes à la terre

Le Réseau Femmes en Action a été créée en 2003 avec pour mission de contribuer à la réduction de la pauvreté au Burkina Faso par l’accompagnement des communautés de base dans le développement et le renforcement de leurs activités génératrices de revenus ; à promouvoir les droits et la citoyenneté des femmes, leur participation à la gestion des collectivités locales ; et à développer un partenariat entre les acteurs à la base pour travailler à la réduction des inégalités sociales.

L’organisation estime qu’il est primordial d’aider les plus vulnérables, les femmes et les jeunes, pour solidifier les bases de la société et bâtir ensuite un modèle plus à même de satisfaire ses citoyens. Au total, 36 organisations de base bénéficient des actions du réseau dans 8 régions du Burkina Faso. En vue d’une sécurisation des droits fonciers des femmes, RFA insiste sur la prise en compte de certaines recommandations, dont entre autres :

  • Renforcer les actions d’information et de sensibilisation sur les droits (notamment fonciers) au sein des collectivités locales avec la participation des responsables coutumiers et religieux ;

  • Encourager la régularisation des mariages ;

  • Poursuivre les activités de scolarisation, d’alphabétisation ;

  • Améliorer la participation/représentation des femmes dans les instances de prévention et de gestion du foncier ;

  • Faciliter l’accès des femmes à l’équipement agricole, aux crédits intrants pour les aider à moderniser leurs techniques agricoles ;

  • Reconnaître et prendre en compte la profession d’agricultrice dans laquelle se trouve la majeure partie des femmes ;

  • Faire attention à l’agrobusiness ;

  • S’inspirer des expériences réussies pour les répliquer dans d’autres zones en tenant compte des réalités ;

  • Pour les femmes ayant accédé à la terre malgré les difficultés, les former et les soutenir avec du matériel agricole performant pour qu’elles soient des modèles à diffuser.

Des réformes gouvernementales allant dans le sens des demandes du RFA

Les réalités du terrain dominées par la persistance des lois coutumières ont toujours mis en cause les nombreuses décisions administratives en matière de gestion et de distribution des terres. Le Gouvernement s’est récemment engagé dans un nouveau processus de reformes traduit en 2007 par l’adoption de la Politique Nationale de Sécurisation Foncière en Milieu Rural (PNSFMR) et d’un avant projet de loi en cours d’examen.

La Politique nationale de sécurisation foncière en milieu rural met en place un système de quotas sur les périmètres aménagés, et soumet des instances locales de gestion aux principes d’équité, d’égalité et de non exclusion. De plus, elle impose que les femmes soient également représentées dans les instances de suivi et d’évaluation.

Quant à l’avant projet de loi sur la sécurisation foncière en milieu rural, il propose le principe de distinction des terres (domaine foncier de l’État, domaine foncier des collectivités territoriales, domaine foncier des privés) et met en place des programmes spéciaux en faveur des femmes et des jeunes.

Certes, les femmes ne vont pas devenir propriétaires terriennes du jour au lendemain, mais petit à petit, des organisations telles que le RFA osent exiger une modernisation du système et parviennent ainsi à améliorer les conditions de vie de la population toute entière.

Key words

discrimination against women, access to land, food sovereignty, women's rights, land ownership management, real estate property, land ownership policy


, Burkina Faso

file

L’accès à la terre dans le contexte de crise alimentaire, écologique, économique et financière mondiale

Source

Colloquium, conference, seminar,… report

D’après les interventions de Françoise Bibiane Yoda, responsable plaidoyer du RFA, lors du Forum international sur l’accès à la terre des 18 et 19 avril 2009.

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