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L’économie populaire est-elle pré-capitaliste ou post-moderne ?

Thierry VERHELST

10 / 1993

Une rencontre entre théoriciens et praticiens sur le thème "L’économie populaire (dite informelle)constitue-t-elle un modèle ou une impasse ?" fut organisée par le Réseau Cultures en septembre 1993 à Bruxelles. François Houtart y indiqua que les enquêtes semblent contredire l’analyse marxiste dogmatique qui ne voit dans les organisations économiques populaires (OEP)et le "secteur informel" qu’un système retardé, co-existant avec le secteur capitaliste moderne. Cette économie serait en ce cas condamnée à disparaître. Dans l’optique marxiste, le rapport capital-travail est le passage obligé pour que se constitue une classe ouvrière révolutionnaire. Face à ce "lumpen-proletariat" que constitue l’économie populaire, "armée de réserve" du capitalisme moderne, les partis communistes latino-américains ont opté pour la collaboration avec les bourgeoisies modernisatrices. Choix logique en faveur du "progrès" ... En fait, la situation du "tiers-monde" actuelle est celle d’une forme de capitalisme où la relation capital-travail est incomplète. Seule une minorité est salariée. Marx appelait cette situation la "transition" : le vieux système (p. ex. le féodalisme)craque mais le nouveau a du mal à s’imposer (p. ex. le capitalisme manufacturier). Ainsi, au XVIIIème siècle, des artisans travaillaient chez eux pour un patron mais plus tard la division moderne du travail a dépossédé l’ouvrier de l’objet de son travail (usine, travail à la chaîne). Cependant, demande François Houtart, le tiers-monde se trouve-t-il vraiment dans une situation de transition au sens marxiste ? On dirait que non, dit-il. La situation actuelle semble permanente. Le capitalisme n’a ni besoin ni intérêt à intégrer le secteur informel et sa main d’oeuvre. On a donc tort de considérer les OEP comme pré-capitalistes. Elles présentent certes des formes précapitalistes mais ne sont pas en continuité avec le passé. Au contraire, les OEP sont le fruit du capitalisme, de la grande misère qu’il a créée et des méga-villes qu’il a suscitées. Il y a imbrication de formes anciennes et modernes (post-modernes ?).

Key words

popular economy, popular culture


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Comments

Il y a tension entre la solidarité fondée sur la conscience sociale collective des OEP et l’individualisme exacerbé provoqué par les besoins de survie et par le néo-libéralisme ambiant. Les OEP sont une réalité mais, à côté, se déploie un secteur informel anarchique, violemment concurrentiel et individualisant. Le risque d’absorption des OEP dans la mégamachine néo-libérale est réel. Ceci soulève un dilemme : soit on dit "Restons petits" mais c’est aux dépens de l’efficacité économique ou on proclame "grandissons" mais cela mène au triomphe de la logique individualiste et concurrentielle du capital. Face à ce dilemme, l’auto-production culturelle d’une autre économie est importante car le capitalisme ne peut sauver le monde.

Source

Colloquium, conference, seminar,… report

HOUTART, François

Réseau Sud Nord Cultures et Développement - 172 rue Joseph II. B-1040 BRUXELLES. BELGIQUE. Tel (19)32 2 230 46 37.Fax (19)32 2 231 14 13 - Belgium

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