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Les victimes nucléaires des atolls du Pacifique

La tranquillité illusoire de ces îles cache une histoire tragique des dégâts nucléaires et de l’apathie du public local

05 / 1995

Surnommé ’Moïse Moderne’, le Sénateur Jatun Anjain est depuis 1969 membre du Sénat de la République des îles Marchall représentant l’île Rongelap. Il a été honnoré du prix "Right livelihood Award" en 1991. Et il est mourant d’un cancer des os. Le sénateur Ajain est détesté par le gouvernement des îles Marchall et, est respecté partout ailleurs, en reconnaissance de son service inestimable envers les victimes de la contamination nucléaire.

Le 1er Mars 1954, le 1er essai de la bombe à hydrogène a été réalisé par les Etats Unis sur l’atoll Bikini des îles Marchall. Les habitants des îles Rongelap et Utrik ont été irradiés par la cendre blanche.

Quand les habitants ont aperçu une lumière rouge à l’horizon ouest, ils avaient peur qu’une autre guerre ne recommence. Mais bientôt ils voyaient des flocons de neige descendre. Les enfants jouaient avec les flocons et les ont même mangés.

Ces "flocons de neige" étaient des débris de corail carbonisé causé par l’explosion de la bombe en mars 1954 à l’atoll Bikini. Les autorités n’ont averti les habitants, ni sur la possibilité d’un tel événement, ni plus tard, sur les dangers potentiels. Depuis ce test nucléaire, il y avait une série inquiétante de maladies ’mystérieuses’.

Anjain ressent fortement que les Etats Unis se sont servis des habitants des îles Marchall comme de cobayes. Les Américains voulaient à l’époque montrer leur capacité aux Russes de produire une bombe à hydrogène.

Même aujourd’hui, le public est peu informé sur les dangers de contamination nucléaire. Pour Anjain, sans l’amélioration au sommet du gouvernement, rien ne changera effectivement aux îles Marchall. Elle resteront un terrain d’essai pour les missiles américaines et les peuples, des cobayes. En effet, les missiles Patriot utilisés par les Etats Unis pendant la guerre du Golfe ont été essayés à l’atoll Kwajalein de ces îles.

Anjain déclare que les Etats Unis ont refusé, jusqu’en 1985 de révéler toute information sur les effets nocifs de la contamination nucléaire des Rongelapais. Anjain ne s’est rendu compte de l’empleur du dommage qu’après avoir rencontré en 1983, Giff Johnson, journaliste très connu, travaillant au Marchall Islands Journal, qui était auparavent avec Greenpeace et le Centre d’information sur les Problèmes du Pacifique (Pacific Concerns ressources Center).

Entre 1983 et 1985, Johnson et Anjain lui-même avaient dressé des plans pour l’évacuation des habitants de Rongelap.

Le déplacement

Le Rainbow Warrior de Greenpeace a aidé à déplacer les habitants dans une île, à l’ouest de l’atoll Kwajalein. Sans l’assistance du gouvernement, ils y ont planté des cocotiers, des arbres à pain et des papayes.

Grâce aux services de David Welman, membre d’une organisation d’appui, Anjain a pu obtenir des témoignages probants au Département de la Défense et de l’Energie des Etats Unis, pour établir son dossier. Grâce à ses efforts inlassables, les Etats Unis ont finalement décidé de dédommager les victimes.

Le "Nuclear Claims Tribunal" établi par les Etats Unis sous le "Compact of Free Association" (CFA)en 1987 a jusqu’à présent dédommagé 450 personnes et un fonds - Nuclear Claims Trust Fund - de 150 millions de $ a été établi.

Environ 3.500 plaignants ont soumis leurs demande sous 5 catégories: dommage à la personne, dommage/perte au terrain, mort, dommage/perte aux biens personnels et d’autres revendications. Le nombre des plaignants a augmenté à environ 6.000.

D’après Sébastien Aloot, avocat américain spécialisé en questions nucléaires et président du Tribunal, ils auront besoin de presque 270 millions de dollars pour dédommager tous les ayant-droit.

Cette somme représente 4 fois le PNB des îles Marchall. Jusqu’en mars 1993, 45 millions de dollars ont été distribués, les dédommagements par personne touchant les 100.000 $.

Les rendements, peu économiques

D’après le Président, cette somme représente le double du montant auquel un citoyen américain aurait droit en cas d’accident nucléaire. Il est donc très douteux que le Tribunal puisse continuer à distribuer le reste des demandes, soit environ 225 millions de $.

Cette situation est due au rendement peu économique du Fonds de 150 millions de $, investis aux Etats Unis.

Sénateur Anjain conteste les déclarations du Tribunal et affirme que les personnes qui ont réellement perdu leur vie et leur terre ne reçoivent aucun dédommagement.

Par contre l’argent afflue dans les mains autres: celles des chefs et des membres du gouvernement.

"Je mène en ce moment une enquête sur Nuclear Claims Tribunal", dit-il. Les montants de compensation destinés aux victimes sont donnés aux chefs qui les distribueront plus tard. Et ceci, explique Anjain, est un détournement de fonds. Personne ne réclame, craignant pour la perte de ses droits, lesquels par loi, sont contrôlés par les chefs des îles.

Ironiquement, quand l’argent est rentré à titre de compensation, le peuple a tout simplement oublié les efforts d’Anjain. Plutôt, ils ont intenté un procès contre lui, prétendant qu’il a trop payé au ’lobbyist’ pour obtenir des informations cruciales.

Le Sénateur Anjain n’est pas content de la version officielle de l’étendue de la contamination nucléaire. Un comité indépendant des scientifiques est en train d’examiner les échantillons d’os pour les traces de plutonium.

Il est aussi frustré par l’apathie du grand public: "mes concitoyens n’apprécient pas mon travail", regrette Anjain.

Darleen K.J., une activiste antinucléaire maintenant chargée du programme des jeunes, est bien d’accord avec la plupart des observations du Sénateur. Elle dit que les incidences du syndrome de la méduse chez les bébés et aussi celles du cancer des organes reproducteurs se sont très élevées aux îles Marchall.

Elle critique également l’indifférence du peuple en remarquant, "ils ne s’inquiètent que du montant qu’ils recevront de tonton Sam; il y a peu d’orgueil national et point d’unité."

Elle se plaint du manque de conscience sur les aspects négatifs de la contamination nucléaire, et s’inquiète de l’absence de toute étude systématique sur le cancer et les facteurs qui le causent. Personne n’entretient de registre de cette maladie aux îles Marchall. "A quoi sert de frapper la poitrine si personne ne vous soutient ?" Son mari, le journaliste Giff Johnson, le premier à avertir les habitants des îles sur les dangers de la contamination, est aujourd’hui un homme déçu. Il remarque, "on s’apperçoit que les habitants des îles Marchall sont heureux d’être victimes d’une contamination nucléaire."

Les compensations, dérisoires au départ, sont vite devenues des millions et le problème est devenu une compétition. En échange de 150 millions de US $, les Marchallais ont renoncé à leurs revendications; l’argent écartant ainsi les problèmes de la santé et de l’environnement.___

Key words

nuclear pollution, ecology, human rights, environment, legislation, nuclear energy


, United states, Pacific Ocean, Iles Marshall

Notes

Mission du Pacifique sud d’ICSF.

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