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Décentralisation et reconstruction de la légitimité de l’Etat par le Président Virgilio Barco (1986-1990)

Pierre Michel ROSNER

02 / 1993

Lorsque V. Barco accède à la présidence, l’Etat colombien est déjà compromis auprès du FMI à mener une politique d’ajustement structurel. Afin de restaurer l’équilibre de la balance commerciale, le gouvernement dévalue le peso, réduit les salaires et réserve 70% du montant des exportations au service de la dette. Sur le plan social, ce plan est accompagné par le PNR, Programme National de Réaménagement, qui prétend soutenir le développement économique des régions les plus violentes mais consiste pour l’essentiel à construire des infrastructures au service des élites locales. D’autre part, fin 85, lors de la prise d’otage du Palais de Justice de Bogota, le mouvement de guerrilla M-19 a affirmé son refus de poursuivre des négociations de paix avec le gouvernement et l’oligarchie qui s’opposent par principe à toute réforme agraire. La tension est alors extrême: groupes paramilitaires, narcoterroristes et guerrilla redoublent de violence tandis que la population multiplie manifestations et "grêves civiques" en faveur de la paix. L’echec de la politique de paix est patent.

Malgré la difficulté du contexte, durant 4 ans V. Barco poursuit la politique initiée par son prédécesseur. Mais il modifie toutefois le mode d’action gouvernemental. Alors que B. Betancur s’était engagé dans une voie centrée autour de la figure présidentielle, V. Barco entreprend dès 1986 une profonde décentralisation: il instaure l’élection des conseils municipaux au suffrage universel alors que ceux-ci étaient désignés par les gouverneurs de province eux-mêmes nommés par le Président. Il crée les Conseils de réaménagement qui regroupent élus locaux, fonctionnaires, représentants d’organisations civiles, syndicales, communales et partisanes afin d’élaborer, de mettre en oeuvre, de suivre et d’évaluer les actions du PNR à niveau communal.

Après plus d’un siècle de clientélisme et les conseils étant en partie élus en partie nommés, les élites économiques locales gardent sans mal le contrôle des décisions et poursuivent sans changement les projets mis en place en leur faveur. Compromise par le processus électoral, la population se trouve rendue corresponsable de projets qui ne répondent guère à ses attentes. Mais la décentralisation étant accompagnée d’un transfert réel des ressources fédérales (10 à 15%), et le PNR jouissant d’un budget en hausse (+50%), la politique "sociale" de V.Barco est perçue de façon relativement positive.

Key words

state and civil society

development policy

repression


Colombia

Comments

La présidence de V. Barco est probablement l’un des moments les plus complexes de l’histoire récente de la Colombie. En mettant en évidence le succès relatif de la décentralisation et du PNR et le regain de légitimité de l’Etat, cette analyse fournit des éléments pour comprendre pourquoi l’Etat a pu tout à la fois laisser le champ libre aux forces armées et aux groupes para-militaires pour mener la "sale guerre" contre les groupes de guerrilla et mener des négociations de paix, l’un et l’autre conduisant le M-19 à déposer les armes au début 1990. On comprend aussi que les trafiquants de drogue du cartel de Medellin aient jugé utile, dans le même temps, d’intensifier leurs actions terroristes dirigées spécifiquement contre l’Etat.

Notes

Extrait de "Los límites de la modernización". CINEP: Centro de INvestigación y Educación Popular.

Source

Book

CORREDOR MARTINEZ, Consuelo, CINEP, CINEP, 1992/06 (Colombie)

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