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Agriculture biodynamique et développement en Egypte

L’expérience de la ferme de Sekem

Philippe BARRET

11 / 1994

A partir de l’expérience décrite par Mr Ahmed El Araby (Egypte).

Avant les années 40, l’agriculture biologique était déjà pratiquée en Egypte sur 1,5 millions d’hectares, et ce jusqu’à la mise en eau du barrage d’Assouan. Depuis que les boues fertiles du Nil ont disparu, l’escalade dans l’usage des produits chimiques a tout naturellement abouti aux problèmes conséquents que l’on connaît bien : fertilisation, contrôle phytosanitaire, etc.

A l’heure actuelle, la superficie concernée par l’agriculture biologique est de l’ordre de 100.000 ha, essentiellement couverte de coton mais aussi de fruits, légumes, plantes médicinales et ornementales afin de répondre à l’importante demande locale. En 1990, l’association COAE a été créée pour promouvoir la bio, élaborer des normes, s’occuper d’accréditation, de développement et de formation. Cet organisme collabore avec l’IFOAM, Demeter (Allemagne)et la CEE. Depuis peu, l’EBDA a repris à son compte les activités de recherche et de développement alors que le COAE garde à sa charge l’accréditation, la certification et l’inspection des exploitations.

Le mouvement bio égyptien est confronté aux mêmes problèmes que les autres pays du Sud de la Méditerranée. Le manque de matière organique et les quotas d’élevage imposés par la CEE sont parmi les préoccupations majeures de ce secteur.

Dans une région désertique proche du Caire, près de 500 ha sont consacrés à la production maraîchère biodynamique depuis 1976 ainsi qu’à la culture de plantes médicinales qui sont en partie transformées sur place. La durabilité de ce projet est basée sur plusieurs critères :

- la formation de cadres nationaux ;

- l’existence d’un marché interne et d’exportation permettant de valoriser au mieux les productions ;

- la production d’une forte plus-value (transformation des plantes médicinales)directement ré-injectée dans le complexe ferme-usine ;

- les retombées sociales : plus de 700 emplois créés, construction de maisons, garderies, etc.

C’est dans un désert que la ferme de Sekem s’est installée en 1976 : températures de 13° à 45°C, mais surtout 20 à 80 mm de précipitations par an ! L’océan de sable (au départ il s’agissait de 55 ha)a été peu à peu transformé en une couche de terre arable grâce à l’apport régulier de matières organiques (compost, résidus d’élevage et de cultures, phosphate, alluvions du Nil...)et au creusement de plusieurs puits. Actuellement, 30 des 55 ha de la ferme sont entièrement irrigués. Des fermes aux alentours se sont progressivement intégrées à ce projet pour totaliser aujourd’hui 500 ha cultivés.

Elevage et polyculture pour multi-usages.

Une des originalités du projet est d’avoir misé sur une grande variété de cultures, permettant ainsi des rotations fréquentes et une diversification des risques au niveau commercial. Trois grandes "familles" de cultures sont ainsi pratiquées : arbres fruitiers, plantes médicinales et plantes maraîchères.

La ferme élève également des animaux : vaches laitières, moutons, pigeons, poulets, deux chameaux utilisés comme animaux de trait ainsi que des abeilles pour la pollinisation des arbres fruitiers, des plantes médicinales et la production de miel.

La luzerne constitue un des éléments de base de la ration animale ; de plus elle améliore progressivement la structure profonde du sol grâce à son système racinaire. La ration est cependant complémentée par des aliments riches en énergie, importés sur la ferme. Une partie du lait est pasteurisée ou transformée en fromage et la viande des différents animaux est auto consommée ou vendue localement. Les légumes, calibrés et emballés, sont destinés soit au marché local, soit au marché européen (légumes de contre saison). Quant aux fruits, ils sont vendus sur place. A noter, que depuis 2 années, une vente locale de la plupart des produits s’effectuent dans de supermarchés de quartiers résidentiels du Caire.

Les plantes médicinales sont séchées naturellement (ou si nécessaire à l’air chaud)et empaquetées pour l’exportation. Quelques-unes sont également destinées au marché local (tisanes variées). Depuis peu, une production d’huiles essentielles a été mise en place. Globalement, c’est 40% de la production qui est exportée vers des compagnies spécialisées, notamment en Hollande et en Allemagne. La certification Demeter (des contrôleurs étrangers passent régulièrement sur la ferme)permet d’obtenir d’intéressantes plus values sur les plantes médicinales et, dans une moindre mesure, sur les légumes.

Source d’emplois et d’avantages sociaux.

La ferme elle-même emploie près de 200 personnes, et l’usine de médicaments avec laquelle elle collabore a 500 employés. De plus, de nombreuses fermes aux alentours s’intègrent petit à petit au projet. Quelques expatriés travaillent en permanence à la ferme et quelques ingénieurs agronomes égyptiens assurent le suivi des 500 hectares mis en production. De nombreux séminaires sur l’agriculture biodynamique sont organisés pour tous les travailleurs. Une partie des bénéfices de l’entreprise serait utilisée pour la construction de logements, salles de réunion, garderies...

Enthousiasme excessif (où sont les problèmes ?), manque de données économiques chiffrées, présence étrangère non négligeable, "intégration" des paysans, ... d’un côté.

Techniques "douces" mais productives , échanges Nord-Sud aux avantages réciproques (plus-values importantes), minimisation des risques (de par la diversité des produits et des marchés), un taux de main d’oeuvre locale important bénéficiant de programmes de formation et d’avantages sociaux... de l’autre côté.

Comment faire la balance entre les inconvénients et les avantages de la démarche ?

GEYSER (Groupe d’Etudes et de Services pour l’Economie des Ressources) - Rue Grande, 04870 Saint Michel l’Observatoire, FRANCE - France - www.geyser.asso.fr - geyser (@) geyser.asso.fr

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