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Les dynamiques entre le micro et le macro

Le cas du Crédit rural de Guinée SA

Yves FOURNIER

1996

En 1987, la Guinée connaissait une transition d’un système politique de type marxiste vers le libéralisme. La période était marquée par l’ouverture politique vers l’extérieur après une longue période d’isolement et la reconstruction économique du pays avec l’appel à l’investissement extérieur. Une nouvelle monnaie était mise en place, le système bancaire antérieur avait disparu et de nouvelles banques s’installaient. L’administration elle-même était l’objet d’une restructuration.

Cette même année, l’IRAM réalisait, à la demande de l’administration, une étude de faisabilité d’une nouvelle institution de crédit rural en remplacement de l’ancienne Banque de crédit agricole. Dans un contexte où le monde rural était marqué par l’abandon d’une aide au développement orientée vers les structures de production collectivistes conformes à l’idéologie de l’ancien régime et une rupture de la confiance avec l’administration, l’appel à l’épargne locale devenait difficile, et la difficulté était renforcée par une inflation élevée (environ 35 % l’an).

Tenant compte de ces constats, l’IRAM proposait et mettait en oeuvre une approche du crédit inspirée des principes de base de la Grameen Bank avec des adaptations tenant compte des facteurs culturels, économiques et sociaux propres à la Guinée. L’objectif était de centrer le crédit sur la grande majorité des paysans les moins aisés qui n’avaient jamais eu auparavant d’accès au crédit formel.

La méthodologie utilisée visait à construire une nouvelle institution de crédit avec la participation des bénéficiaires à sa définition, en trois phases. La première était de tester des modalités de crédit au cours d’une phase dite d’expérimentation aboutissant à la validation de la méthodologie, la seconde était une phase d’élargissement géographique de l’action et de mise en oeuvre d’une réflexion avec les bénéficiaires sur le processus d’institutionnalisation avec les premiers tests sur le terrain, la troisième, en cours, vise l’achèvement du processus institutionnel dans sa globalité.

L’organisation du crédit est centrée sur de petits groupes de caution solidaire, articulés autour d’une Caisse de crédit et d’épargne. Début 1996, on compte 50 caisses en place, 2 milliards GNF d’encours de crédit au 30.09.1995 (200 GNF = 1 FF)avec 35 000 bénéficiaires de crédits. L’épargne, engagée de manière décalée dans le temps par rapport au crédit, après acquisition de la confiance des bénéficiaires, atteint 1,5 milliard GNF (au 30.09.1995).

Très rapidement (1991), dans le cadre de la définition d’une Lettre de politique de développement agricole (LPDA), l’administration sollicitait le Crédit rural de Guinée ainsi qu’un autre réseau, le Crédit mutuel de Guinée, pour participer à la définition de sa composante de politique de l’épargne et du crédit rural. Les deux réseaux organisaient alors des forums de concertation et une table ronde permettait d’élaborer la proposition finale de cette composante. Parallèlement, la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) demandait aux deux réseaux cités de mener une réflexion sur une réglementation bancaire propre dans le cadre d’une révision de l’ancienne réglementation du secteur bancaire classique.

La composante crédit et épargne rurale de la LPDA prévoyait que les opérateurs du développement non spécialisés en matière de crédit et d’épargne devaient sous-traiter les composantes de financement de leurs programmes de développement aux réseaux Crédit rural et Crédit mutuel.

Le Crédit rural de Guinée procède actuellement à l’achèvement de son institutionnalisation qui repose, au niveau des caisses locales, sur un statut d’association (type loi de 1901) et, au niveau central, sur un établissement financier à statut de société anonyme (SA) gérant le réseau, capitalisé majoritairement par une fondation créée à cet effet, permettant d’assurer une orientation irrévocable du crédit au profit des paysans les moins aisés. Les caisses locales participent également à la capitalisation de l’établissement financier et devraient accroître progressivement leur part pour y devenir majoritaires par la suite.

Key words

micro macro relations, savings and credit system, rural environment, credit, rules and regulations, role of the State, history of success


, Guinea

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Microfinances pour le développement : diversité et enjeux des crédits alternatifs

Comments

En terme de dynamique micro-macro, le cas guinéen diffère de celui du Bénin (voir la fiche intitulée « Les dynamiques entre le micro et le macro : Le cas de la Fédération des CLCAM au Bénin") dans le sens où il y a eu un consensus entre les réseaux Crédit rural et Crédit mutuel pour répondre à une sollicitation de l’administration. Mais aussi parce qu’on a pu saisir l’opportunité de l’élaboration d’une LPDA pour parvenir à en définir la composante de politique nationale de l’épargne et du crédit rural. Globalement, il faut constater qu’il y a eu non seulement convergence entre les opérateurs de l’épargne et du crédit, mais aussi avec le pouvoir politique. Davantage que la taille des réseaux de crédit et d’épargne cités, encore réduite en 1991, c’est le facteur succès des méthodologies de promotion du crédit et de l’épargne mis en oeuvre dans un contexte de vide et de reconstruction de l’économie qui a favorisé l’attitude du pouvoir politique.

Le déterminant majeur a donc été l’ouverture et l’attitude d’écoute du pouvoir politique, fait notable lorsque l’on sait que, sous d’autres cieux, il a plutôt une tendance naturelle à imposer des schémas et stratégies descendantes en opposition avec l’observation des réalités et la prise en compte des acteurs locaux engagés dans le développement économique.

L’absence de conflit autour du développement des deux réseaux décentralisés de crédit et d’épargne cités, et les comportements convergents et fédérateurs des différents acteurs impliqués ont permis de nouer une dynamique du micro au macro touchant à la fois la définition d’une politique nationale de crédit et d’épargne, et leur institutionnalisation.

Source

Working papers

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