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Pas de gabegie pour l’énergie

Quels scénarios énergétiques pour le XXI siècle ?

Pierre Yves GUIHENEUF

02 / 1996

Aujourd’hui dans le monde, un Américain moyen consomme vingt-cinq fois plus d’équivalent-pétrole qu’un Indien et 40 % de la population mondiale est privée d’électricité, sans doute encore pour longtemps. L’inégalité est une donnée fondamentale de la question énergétique. Mais elle n’est pas la seule : croissance des émissions de gaz à effet de serre, pollution marine par les hydrocarbures, stockage des déchets nucléaires, déforestation... La seconde donnée est écologique.

Ces deux dimensions sont étroitement liées. Si on tente de réduire les inégalités en donnant à tous le même niveau de consommation, les problèmes écologiques explosent. Est-il alors possible d’alimenter toute la population du globe en énergie de façon satisfaisante ? Le Conseil mondial de l’énergie (CME)répond non : les réserves fossiles seraient épuisées, le nucléaire disséminé sans contrôle, la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère doublée. Alors, que proposer ? Deux solutions sont classiquement avancées : celle de l’apartheid (les pays pauvres ont un accès limité à l’énergie au nom des intérêts supérieurs de la planète)et celle de l’utopie scientifique (les chercheurs trouveront bien une solution...).

Si on refuse l’une et l’autre, reste une troisième démarche, qui consiste à repenser les modèles de production et de consommation d’énergie. Deux axes de recherche s’imposent : la diversification des sources d’énergie et l’augmentation de la productivité énergétique. Cette démarche se situe dans le droit fil du paradigme du développement durable.

Le scénario NOE (Nouvelles Options Energétiques)intègre le progrès technique dans ses projections, au niveau de la production comme de la consommation d’énergie. D’énormes progrès ont été faits et les pays qui s’équipent actuellement bénéficient de technologies plus performantes qu’il y a quelques décennies. Pour que ces progrès s’amplifient, il faut consacrer plus d’efforts encore à la réduction des consommations énergétiques des principales technologies (et moins peut-être à la réduction des besoins de main d’oeuvre).

Dans ce scénario, les énergies renouvelables sont appelées à jouer un rôle plus important, ce qui passe par la décentralisation des efforts d’adéquation entre l’offre et la demande. A l’horizon 2100, ce scénario prévoit une stabilisation de l’émission des gaz à effet de serre et du stockage de déchets radioactifs, alors que le scénario du CME envisage une augmentation de ces deux rejets.

Dans un pays comme la France, la mise en oeuvre de ces stratégies dépend d’autres facteurs, comme l’aménagement du territoire. Le choix d’infrastructures de communication, faites pour durer plus d’un siècle, est déterminant pour notre capacité à "piloter" la consommation d’énergie. Les réseaux de distribution de gaz ou d’électricité sont également des investissements lourds à propos desquels on devrait favoriser une réflexion sur l’efficacité énergétique ou la contribution à l’effet de serre. S’il faut envisager des scénarios de sortie du nucléaire pour éviter l’accumulation des déchets, il faut prévoir la production d’énergies renouvelables. Il est possible d’imaginer par exemple des entrepreneurs privés producteurs d’énergie (fermes éoliennes, centrales de gaz à bois...). Il faut aussi développer les énergies produites et consommées localement pour éviter des transports coûteux. Les énergies solaires, éoliennes ou géothermiques n’auront sans doute qu’un rôle réduit à court terme (vers 2020)mais le bois, les carburants verts et la méthanisation des déchets pourraient augmenter. Toutes ces sources représentent 12 % de l’énergie consommée aujourd’hui, mais leur part pourrait doubler en 2020.

Toutes ces options passent par la mobilisation des acteurs, notamment publics, autour du projet d’un nouvel ordre énergétique mondial fondé sur la négociation, par l’établissement d’un système de taxes sur la consommation finale d’énergie qui serait affecté à des programmes d’efficacité énergétique et par l’établissement d’un systèmes de réglementations et d’incitations. Le débat sur les choix énergétique ne doit pas être séparé des débats sur l’environnement, sur le développement, sur l’aménagement du territoire.

Key words

energy policy, energy production, renewable energy, energy saving, energy resources


, , France

Source

Book

DESSUS, Benjamin, Pas de gabegie pour l'énergie, AUBE, 1994 (France)

GEYSER (Groupe d’Etudes et de Services pour l’Economie des Ressources) - Rue Grande, 04870 Saint Michel l’Observatoire, FRANCE - France - www.geyser.asso.fr - geyser (@) geyser.asso.fr

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