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Les Etats-nations peuvent difficilement répondre aux revendications d’auto-détermination des minorités ethniques

Claudio CRATCHLEY

04 / 1998

Les événements qui ont suivi l’écroulement du communisme, et en particulier la guerre en Yougoslavie, ont jeté le discrédit sur tout ce qui peut relever de l’ethnique. Or, sans mettre au premier plan l’existence et le rôle des ethnies, la géopolitique ne présente qu’un cadre vide ; les ethnies, les peuples, les nations sont les vrais acteurs de l’histoire, créant et animant les États. Ce ne sont pas les mécanismes ethniques en cours, les prises de conscience et les recompositions des structures politiques, qui menacent la paix du monde, mais plutôt les résistances de certains États existants, crispés sur des formes institutionnelles condamnées.

Formations géographiques (pays), formations ethniques (communautés humaines)et formations politiques (États)sont inscrites dans trois types de trames spatiales superposées, dont ni le maillage ni la durée ne se recouvrent. Ces trois systèmes (géographique, ethnique et politique)touchent des espaces sans nécessaire coextensivité. La genèse des ces trois ordres de phénomènes, de ces trois niveaux d’organisation, mettent en oeuvre trois échelles de temps, qui permettent d’expliquer beaucoup de drames de l’histoire politique.

La géopolitique explique souvent par le jeu du système international comment un pays ou territoire est devenu un État et a créé ensuite sa nation. L’ethnopolitique constate plutôt que l’ethnie, ayant vocation nationale, veut se donner un État et que celui-ci ne peut se concevoir que sur un territoire. Mais, tout le processus, universel, d’autodétermination ne peut raisonnablement tendre à la simple multiplication indéfinie des États-nations. En outre, la non-coextensivité territoriale éventuelle de certaines formations étatiques et ethniques n’est pas, en soi, un drame, mais peut être une source d’enrichissement pour tous. Il faut donc imaginer plutôt des formes méta-nationales fédérales complexes, subsumant ces nécessaires souverainetés nationales. L’exemple du fédéralisme belge prouve, par ailleurs, que l’on peut bien combiner une fédération de régions avec une fédération de communautés linguistiques. Dans tous les cas, à partir de la reconnaissance de l’existence de chaque groupe ethnique, de son droit à la gestion du territoire, ainsi qu’à la préservation de sa culture et de sa langue, toute recherche des modes de coexistence interethnique débouche sur des réamenagements institutionnels particuliers, des redélimitations spatiales et des superpositions de systèmes d’organisation.

Key words

ethnic group, federal State, nation state, ethnic claim, State conception, rights of minorities, people's rights, geopolitics


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Comments

L’ouvrage propose une approche théorique complexe des rapports entre ethnicité et politique, approche qui s’appuie sur une solide connaissance de l’auteur des situations particulières dans les différents continents. Sur le plan théorique (identification des sujets et des processus, de l’ethnique au politique), ce travail est sans doute d’une grande valeur. On peut cependant garder une certaine réserve par rapport à la quasi identification que fait l’auteur entre ethnie et nation. Certes, les processus de formation nationale à partir d’une communauté ethnolinguistique sont nombreux, notamment en Europe. Mais ce n’est pas le seul et unique type de formation nationale possible.

Sa proposition d’explorer d’autres formes d’autogouvernement ne débouchant pas sur la création d’un État-nation est sans doute une piste très intéressante. Mais les échecs relatifs des formules de fédéralisme culturel et intercommunautaire tentées en Moravie (1905), Bukovine (1910), Lettonie (1919), Estonie (1920), au Liban (1943-1989)ou à Chypre (1960-1974), ainsi que les limitations du principe de la démarcation et autonomie territoriale, permettent-ils pour autant de conclure que l’opposition entre formes territoriales et personnelles de fédéralisme est caduque ? L’expérience belge est encore trop jeune pour constituer un modèle, et même si d’autres expériences de combinaison du principe personnel et territorial devaient voir le jour, la revendication d’un territoire propre semble rester, partout, la principale revendication des ethnies qui aspirent à une autonomie politique.

Notes

C.Cratchley est un sociologue chilien, spécialiste des questions touchant les minorités ethniques.

Source

Book

BRETON, Roland, L'ethnopolitique, PUF, 1995 (France)

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