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Brésil : sécurité alimentaire les citoyens en première ligne

Pierre Yves GUIHENEUF

04 / 1997

D’après les statistiques des Nations-Unies, le Brésil arrive en tête de tous les pays du monde en matière de concentration des richesses, de mauvaise répartition des revenus et d’exclusion. La moitié la plus pauvre de la population ne dispose que de 14 % du revenu national. Un actif sur deux travaille sans aucune protection sociale. Dans l’agriculture, 7 % des propriétaires possèdent à eux seuls 80 % des terres. 15 % de la population souffre de malnutrition, ce qui représente 32 millions de personnes. La faim est le produit d’un certain "développement" économique et du pouvoir politique qui en est responsable. Les aliments sont considérés comme des marchandises, des objets susceptibles d’être exploités et de générer des profits, au détriment de l’alimentation des peuples.

Depuis 1993, un vaste mouvement social tente de s’opposer à cet état de choses : la Campagne nationale contre la faim, sous la conduite du Mouvement des Citoyens.

Le Mouvement des Citoyens a débuté son action par des distributions d’aliments aux plus nécessiteux, invitant chaque Brésilien à faire quelque chose près de chez lui. Il suscite la création de comités locaux dont la priorité est d’établir un état des ressources nécessaires pour éradiquer la faim dans chaque communauté. Puis la campagne s’oriente vers la recherche de changements plus profonds : en 1995, elle revendique le droit à la terre et une démocratie plus effective. En 1996, elle se focalise sur la formation et la mobilisation des jeunes, rassemblant autour d’actions communes ceux des favelas, ceux des classes moyennes et ceux de la bourgeoisie.

Le Mouvement des Citoyens a bâti sa stratégie autour de trois axes. Le premier est celui de la mobilisation de la société civile au travers de groupes locaux dont le fonctionnement décentralisé repose largement sur l’initiative de leurs membres. Ces "Comités de Citoyens" sont éparpillés dans l’ensemble du pays sans coordination centralisée.

Le second axe de mobilisation concerne les médias. Des professionnels du marketing ont ainsi créé le "Comité Idées" qui produit des spots destinés à la télévision ou à la radio. Des groupes d’artistes ont monté des spectacles et conçu des affiches et des cartes postales. Les messages portés par les médias ont une importance stratégique pour le Mouvement. Les différents Comités y trouvent une unité, en particulier dans les idées et les appels d’Herbert de Souza, plus connu par son diminutif : Betinho. Défenseur des droits de l’Homme et des causes sociales, cette personnalité incarne le message d’indignation et d’engagement porté par le mouvement.

Enfin, le troisième axe stratégique consiste en un partenariat avec le gouvernement, qui a débouché en 1993 sur la mise en place du Consea, le Conseil de la sécurité alimentaire. Le gouvernement de F.H. Cardoso l’a remplacé en 1995 par la Communauté Solidaire. Ces structures n’ont pas encore apporté la preuve de la détermination du gouvernement à s’affronter aux problèmes dénoncés par la campagne. Au niveau officiel, le pas le plus consistant a sans doute été le soutien apporté par les grandes entreprises du secteur public, entraînées par l’adhésion de leurs employés plutôt que par la conviction de leurs directions. Malgré des résultats inégaux, le partenariat entre la société civile et le pouvoir politique s’est développé de façon novatrice. Dans de nombreuses villes, les élus ont ouvert à leurs concitoyens des espaces de participation.

Mais la campagne s’est aussi révélée capable de modifier les valeurs et les comportements de millions de Brésiliens. Selon des sondages réalisés par des instituts officiels, 30 % des personnes de plus de 16 ans ont mené des actions inspirées par la campagne et 11 % d’entre eux, soit environ trois millions de personnes, font partie des Comités de Citoyens.

Tous ces Brésiliens ont pris conscience que leur pays recèle un effrayant paradoxe : au cours des dernières décennies, le Brésil est devenu un grand exportateur de produits alimentaires, notamment de soja et des ses dérivés, de viande et de jus de fruits. Si on se place du point de vue des besoins du marché, ce sont des excédents qui sont ainsi exportés. Mais en réalité, il s’agit là de faim non assouvie. La faim au Brésil ne provient pas de catastrophes naturelles, pas même dans la région semi-aride du Nord-Est. Les aliments sont abondants et les terres immenses. Les hommes qui ont faim sont ceux qui n’ont pas accès aux moyens de production ou dont les revenus sont insuffisants pour acheter leur nourriture. En mettant cela en évidence, le Mouvement des Citoyens tient simplement à rappeler que toute société qui n’accorde pas à chaque citoyen le droit de se nourrir, donc de vivre, ne sera jamais une société démocratique.

Key words

agriculture and feeding, agriculture, countryman farming, nutrition, food sovereignty, food supply strategy, hunger, malnutrition


, Brazil

Notes

Ce texte fait partie d’une série de cas portant sur la question de la sécurité alimentaire, recueillis parmi les membres du réseau Agriculture paysanne et modernisation (APM)lors de la rencontre de Yaoundé, en septembre 1996.

Entretien avec GRZYBOWSKI, Candido

Source

Interview

1997 (France)

GEYSER (Groupe d’Etudes et de Services pour l’Economie des Ressources) - Rue Grande, 04870 Saint Michel l’Observatoire, FRANCE - France - www.geyser.asso.fr - geyser (@) geyser.asso.fr

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