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La confiance en soi et la confiance des autres manquent souvent aux femmes qui veulent créer une entreprise au Burkina Faso

Félicité TRAORE, Maryvonne CHARMILLOT, Séverine BENOIT

12 / 1998

Madame Félicité Traoré, CAPEO (Cellule d’Appui à la Petite Entreprise de Ouagadougou): « Si on voit sous l’angle des hommes entrepreneurs, leur besoin essentiel à eux, ils disent que c’est le problème du financement pour démarrer et avoir des équipements. Mais si je me mets sous l’angle du conseiller qui travaille pour la PME, moi je me dis que les premières difficultés, c’est surtout la capacité et leur réalisme. On peut voir un entrepreneur qui a le talent, mais qui veut entreprendre dans un domaine qu’il ne maîtrise pas du tout. Quelqu’un qui est dans un domaine qu’il maîtrise bien, par exemple un menuisier bien formé veut démarrer une menuiserie, quand tu le reçois en entretien tu te rends compte que ce n’est vraiment pas un entrepreneur. L’idéal serait d’avoir le couple entrepreneur/idée. On aimerait avoir en quelque sorte un promoteur, qui a la maîtrise de son produit, qui a les compétences pour gérer, qui a les compétences pour aller chercher les marchés. C’est ce qu’attend le conseiller pour sentir que le projet et l’entrepreneur vont ensemble et qu’on peut mettre du financement là-dedans. Mais l’entrepreneur, lui, dit : « J’ai mon idée de projet, je peux aller loin, je veux du financement ». Par exemple, un entrepreneur qui me dit qu’il veut aménager un point touristique : « Je veux construire des bungalows, j’ai un ami aux Etats-Unis qui veut me vendre un hélicoptère, je veux faire là-bas une piste d’atterrissage ». Je lui demande combien cela fait et il répond : « Le projet est autour de 800 millions CFA » (80.000 FF). Je lui dis : « Et toi tu as combien ? ». Il dit : « Moi, les partenaires vont m’aider . Je n’ai pas grand-chose ». Je lui dit : « Il faut au moins 20%, 20% de 800 millions tu vois ce que cela fait ? ». Et il n’a même pas un million de francs CFA. C’est pratiquement du rêve. Les gens pensent qu’on peut tout faire. Le problème majeur reste celui du professionnel d’entreprise. En général, le promoteur fait cela parce qu’il n’a pas d’emploi et que c’est sa porte de sortie. Mais il y en a plein qui se cassent le nez.

Envers les entrepreneurs-femmes, la difficulté pour un conseiller est beaucoup plus de convaincre son interlocutrice qu’on peut (et qu’on va)réussir là-dedans. L’homme en général, quand il arrive est tellement convaincant qu’on se demande si ce n’est pas un escroc, alors que la femme, elle, n’arrive pas à convaincre un partenaire ou un bailleur. Est-ce que c’est elle qui n’arrive pas à convaincre ou bien est-ce que c’est la société qui a des préjugés et qui pense que parce que c’est une femme elle ne devrait pas pouvoir exécuter un marché de 100 millions ? Je ne sais pas. Mais c’est vraiment la question de convaincre, que ce soit des partenaires financiers ou de convaincre des clients qu’on est capable de faire. Quand c’est un petit projet (elle vend des cacahuètes ou elle fait des galettes)c’est facile, mais quand c’est une entreprise où tu dois démarrer une fabrique de jus ou de sirop avec des équipements de l’ordre de 10 millions et un million de fonds de roulement, c’est dur. Quand tu dépasses les 5 millions, pour une femme, tout le monde se tourne et se demande si c’est normal que tu demandes tant. Moi-même j’ai cette réaction quand c’est une femme qui demande; sans le vouloir, je me pose la question automatiquement : « Son mari fait quoi, est-ce qu’il pourra payer ?" Comme si c’était son mari qui s’engageait ! Alors que, quand un homme vient pour s’engager, on ne pense pas à sa femme, on ne pense pas à savoir quel est le statut de sa femme au cas où lui ne pourrait pas payer. Les femmes sont obligées, toujours, d’être parrainées par quelqu’un. Et là ce n’est pas facile parce que quand c’est des affaires d’argent, personne ne veut discuter avec toi, même si c’est ton mari. En général il te dit : « Tu vas là-dedans, c’est toi qui va là-dedans, je ne peux pas engager mes biens. Si tu donnes la maison en garantie et que tu n’arrives pas à payer, où est-ce que mes enfants vont dormir ? ». Et il ne t’épaule pas.

Celles qui réussissent à dépasser cela deviennent pratiquement des banques ! Parce qu’elles réussissent mieux que les hommes dans beaucoup de domaines. Des femmes qui sont vraiment connues par les bailleurs de fonds, qui sont connues par les banques comme étant des battantes, là cela passe. Elles se sont tellement battues que, quand tu les vois, tu ne penses pas qu’elles ont des maris. Tu te dis qu’elles s’autosuffisent. Comme dirait quelqu’un : « Elle est mieux qu’un homme ». Donc, quand tu traites avec celles-là tu ne penses pas à un homme pour la couvrir. En général celles qui sont "déjà dehors" se battent et elles se font connaître. Quand tu réussis un premier coup, puis un deuxième coup, ensuite les gens te font confiance. Mais obtenir la confiance du milieu, la confiance des partenaires, au début pour les femmes c’est difficile. Pour tout le monde d’ailleurs, mais pour les femmes encore plus.

Je pense qu’il y a quand même une élite de femmes qui monte. Ce sont des gens qui disent : « Maintenant c’est fini, il faut que je gagne ma vie ». Quand la femme dit : « Il faut que je sorte de là », elle sort de là. Mais quand elle a peur et qu’elle dit : « Je reste », elle va rester aussi. L’entreprenariat en général, on sent que cela bouge à Ouaga et les gens s’investissent de plus en plus dans les affaires. Du même coup, il y a certaines femmes qui accompagnent ce mouvement-là. Mais est-ce que c’est un nombre satisfaisant, cela je ne sais pas".

Key words

woman, gender, company creation


, Burkina Faso, Ouagadougou

Comments

Une conseillère burkinabé en gestion d’entreprise remet en question sa propre tendance à voir, dans les femmes qui cherchent à fonder une entreprise, des candidates moins rassurantes que ... leurs maris !

Notes

Entretien avec TRAORE, Félicité

Source

Interview

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