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Tout doit-il être équitable dans un produit équitable ?

Le cas complexe du chocolat

Emmanuel JEUDY

04 / 1998

Les produits alimentaires du commerce équitable (café, thé, sucre, miel, banane, chocolat...)doivent respecter différents critères sociaux. Mais certains d’entre eux contiennent plusieurs ingrédients. Le chocolat par exemple est un mélange de cacao et de sucre (chocolat noir), de lait (chocolat au lait)... Parfois même il ne contient pas de cacao (chocolat blanc). Dans quelle mesure ce chocolat est-il équitable ? Doit-il être composé entièrement d’ingrédients équitables ou bien suffit-il d’un seul ? Les réponses divergent selon les organisations de commerce équitable et selon les pays.

Certifier l’équité des produits

C’est ainsi qu’aux Pays-Bas, Max Havelaar certifie un chocolat fabriqué seulement avec du cacao équitable. C’est à la fois pour des raisons de prix, de qualité et d’impact pour les producteurs, que cette organisation n’exige pas des fabricants européens l’incorporation de sucre équitable. En Suisse par contre, le même label Max Havelaar prévoit l’ajout, en plus du cacao, de sucre de canne équitable. En effet, le sucre de betterave est produit pour moitié en Europe où il est subventionné. Le sucre de canne fait vivre des producteurs du Sud et est plus avantageux que le sucre de betterave, soutiens déduits. En outre, Max Havelaar Suisse estime que le sucre de canne n’a pas d’influence sur le goût du chocolat.

A partir de ces deux exemples, on comprend mieux la polémique qui a eu lieu aux Pays-Bas entre Max Havelaar et les Magasins du Monde sur ce qui fait qu’un chocolat peut avoir ou non le label équitable. La décision d’incorporer tel ingrédient équitable dans le produit final peut en augmenter le coût. Dès lors des distorsions de concurrence peuvent apparaître entre deux chocolats qui semblent identiques en terme d’équité pour un consommateur non averti.

Cette diversité d’approche est un problème pour la Commission européenne qui souhaite voir harmoniser les critères d’équité des produits pour la crédibilité du mouvement. Ce souhait de normalisation pourrait encore s’étendre si les prix payés aux producteurs différaient selon les organisations de commerce équitable.

Quantifier l’équité des différents ingrédients

Afin de rendre plus transparent le produit équitable, on pourrait suivre l’exemple des produits de l’agriculture biologique ou de ceux contenant des matières grasses. Dans le premier cas, il s’agirait d’avoir un minimum d’ingrédients équitables pour bénéficier de l’appellation produit équitable. Dans le second, il pourrait être indiqué sur l’emballage la mention 20 %, 50 % ou 100 % équitable. Devrait-on alors considérer le poids des ingrédients équitables du produit ou leur coût ? S’agit-il uniquement du coût des matières premières ou du coût des matières et de toutes les opérations (raffinage, torréfaction mais pourquoi pas transport...)? Cette dernière possibilité donnerait une prime à la valeur ajoutée pour les pays producteurs qui transforment leur matière première. En faisant le rapport entre les coûts équitables et les coûts totaux amenant le produit à être commercialisé sur notre marché, c’est une façon d’encourager les producteurs à transformer (par exemple un conditionnement sur place contre une importation en vrac).

Prenons l’exemple du miel distribué par OS3, la centrale d’achat suisse du commerce équitable. En comptant les coûts équitables, on obtient 49 %, alors qu’en poids de produit équitable on obtient évidemment 100 %. Les coûts non équitables sont représentés par le fret, l’assurance, les frais de douane, le remplissage, les pertes, les analyses de laboratoire, l’emballage. Autre exemple, des sandales vendues en Belgique obtiennent 80 % d’équité.

Si on définit le rapport avec le seul poids des produits, un produit comme le café donnera, comme le miel, 100 % d’équité tandis que dans la fabrication du chocolat interviennent de multiples ingrédients, ce qui rend l’obtention d’un 100 % difficile. Ainsi le chocolat suisse fabriqué à base de cacao et de sucre de canne payés équitablement atteint 69 % de produits équitables dans sa composition.

Quelle que soit l’option retenue, ce mode de comptabilisation donne la meilleure information au consommateur, qui pourra choisir entre un produit 75 % ou 100 % équitable. En prenant une formule octroyant 100 % aux deux produits, on défavorise les Magasins du Monde qui font un effort supplémentaire, difficilement visible pour le consommateur.

Mettre un logo

Pour informer clairement le consommateur sur le contenu équitable d’un produit transformés on pourrait concevoir un logo en forme de boussole, à côté des informations usuelles sur la nature équitable du produit. Il s’agit d’utiliser une forme simple pour faire passer un message. Le cercle pourrait être plus ou moins colorié en fonction du degré d’équité du produit. Des couleurs symbolisant l’autorisation et la direction " à suivre " (le vert et le jaune)et un chiffre en pourcentage sur le volume d’équité du produit, seraient des attributs unifiés dans toute l’Europe. En terme de marketing, le plus simple, le plus visible et le plus identifiable est toujours préférable. Du texte pourrait être ajouté, par exemple la mention " équitable " ou " commerce équitable " écrite dans toutes les langues des Etats membres.

Seule cette marque finale a un réel besoin d’être unifiée dans un premier temps et, à travers elle, les critères du commerce équitable. Les différentes structures d’importation et de distribution peuvent coexister sans problème, les uns pouvant être plus à la pointe en défrichant des aspects futurs du marché, les autres assurant une large diffusion pour le plus grand nombre de consommateurs.

Key words

fair trade, production cost, chocolate, ethical label


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Pour un commerce équitable : expériences et propositions pour un renouvellement des pratiques commerciales entre les pays du Nord et ceux du Sud

Comments

L’intérêt de quantifier chaque opération et chaque ingrédient équitable n’est pas négligeable en terme d’impact international. Cela peut être un outil pour sensibiliser les consommateurs sur le fait que les produits qu’ils achètent sont le fruit d’une longue chaîne, dont chaque maillon reçoit le produit du maillon précédent, effectue une opération qui a un coût, et transmet le produit au maillon suivant. Cela remet l’accent sur des acteurs souvent oubliés : les producteurs.

Source

Original text

SOLAGRAL (Solidarité agricole et alimentaire) - n’existe plus

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