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Sekem

Des filières équitables qui irriguent le delta du Nil

Christophe BEAU

04 / 1998

A l’origine, Sekem est une entreprise familiale agricole gérée par la famille Abouleish, située dans le delta du Nil (Egypte). Ibrahim Abouleish, le père, a fait ses études en Europe et en particulier en Autriche dans les années 70. Par son dynamisme et son efficacité, cette entreprise a fait tache d’huile dans cette région grignotée par les effets pervers du barrage d’Assouan (salinisation des terres, baisse de fertilité, abandon des systèmes de drainage...). Actuellement 400 producteurs se sont regroupés au sein d’un groupement de producteurs, l’EBDA, et associés à Sekem, ce qui représente environ 3 000 hectares de terres soigneusement cultivées et reconquises sur le désert.

Sekem a su mettre en place un circuit économique solide tourné vers l’exportation, basé sur le label biodynamique "Demeter" et ainsi a pu proposer des contrats aux producteurs associés.

Pas à pas, pour une filière économique plus juste

Les travers de l’intégration économique, où le rapport de force est toujours chez celui qui détient le maillon commercial, ont su être évités. Sekem négocie des contrats d’approvisionnement au préalable avec ses interlocuteurs européens. Ceux-ci anglais, hollandais, allemands... ont d’ailleurs, au bout d’une dizaine d’années, créé une sorte d’association économique qui, deux ou trois fois par an, gère et régule en transparence avec Sekem la demande et les prix. Sekem est alors en mesure de signer des contrats avec les producteurs. Les prix de campagne sont fixés à l’avance, prix moyens stables d’un bout à l’autre de la saison et le plus souvent au-dessus de la moyenne de la courbe inévitablement plus fluctuante des cours locaux, de tomates ou de poivrons par exemple. Pour certains producteurs qui le souhaitent, un autre type de contrat peut être signé : on fixe un prix plancher valable toute la saison, puis un ajustement supplémentaire, qui représente une sorte de participation aux bénéfices, se fait en fin de campagne.

La notoriété plus efficace que les labels

Il est clair que Sekem s’est développé sur la base d’un marché d’export, notamment en ce qui concerne les pommes de terre et légumes frais, ce qui n’est pas le cas des plantes aromatiques et médicinales, un des points forts de Sekem. Isis, qui est la marque pour le thé et les tisanes (plus de 15 sortes de tisanes), est reconnu partout en Egypte pour la qualité et la diversité des produits, la qualité des emballages et surtout pour leur prix raisonnable. Isis est distribuée autant dans les grandes surfaces que dans les petites épiceries rurales ou les pharmacies. Le label "bio" n’est même pas mentionné sur les emballages, car la marque a une notoriété importante dans toute l’Egypte. Si l’exportation a été un puissant moteur de développement au départ, ce n’est plus vrai aujourd’hui. Il semble que globalement 50 % des produits sont commercialisés en Egypte. Les produits pharmaceutiques (médicaments naturels)sont vendus en pharmacies sous la marque Atos. L’alimentaire (fruits, légumes, pains, lait...)prend maintenant une forte importance sur les circuits locaux. Sekem dispose en propre dans la ville du Caire de sept superettes, bientôt douze (boutiques Sekem-nature’s best)ainsi que des espaces du même nom dans plusieurs chaînes de supermarché. Une quinzaine de petits camions font continuellement la navette entre ceux-ci et la ferme des Abouleish où se trouve l’essentiel des ateliers de transformation. Isis et Atos sont plutôt commercialisées sur le marché local et sans mention explicite au label bio. Sekem et Cotton’s people organic, la dernière née des marques commerciales pour les articles en coton, sont plutôt destinées à l’exportation.

Une conscience économique collective

Simultanément à ce travail de production et de commercialisation, des débats et des formations sont organisés tant dans l’exploitation de la famille Abouleish que par l’EBDA : débats d’ordre général, réunions techniques, discussions sur de nouvelles options de travail... Un programme de visites collectives de fermes est également proposé et largement suivi. Depuis 1987, un centre de formation populaire, le Mahad, propose des séminaires pour les pédagogues, les médecins, les pharmaciens et les agriculteurs.

C’est un véritable tissu économique et social qui s’est bâti à partir des initiatives de Sekem. Cela se chiffre en tonnes de pommes de terre, en millions de sachets de tisane, en milliards de lires égyptiennes de revenus partagés. C’est aussi 3 000 ha de terres soigneusement entretenues qui font vivre 500 personnes, une région qui renaît de la désertification, des marques commerciales qui se sont imposées tant à l’exportation que sur les marchés locaux.

L’essentiel de cette expérience est dans les gestes économiques pratiquées qui ont permis une intégration positive des agriculteurs dans des filières économiques Sud-Nord plus justes ce qui a permis par la suite l’accès à leur autonomie par une forte croissance des débouchés sur le marché égyptien.

Bien entendu, il y a des voix discordantes sur le système commercial mis en place par Sekem. Ces oppositions proviennent principalement de groupes de producteurs qui ont pris leur autonomie et créé de nouvelles structures. Et c’est heureux. On peut aussi évoquer l’omniprésence de techniciens et d’experts allemands (au moins une vingtaine sur place, pour l’agriculture, la clinique, l’école, etc.), sûrement efficace mais parfois pesante.

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