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L’engagement pour la non-violence d’un maire au Kosovo

Lufti Hazari a participé à des mouvements de lutte non violente avant, pendant et après la guerre du Kosovo

Marion BAILLIARD, Ina RANSON

12 / 2001

Né et élevé au Kosowo, Lutvi Hazari a pu faire ses études de biologiste en partie en Suisse où ses parents avaient dû s’exiler bientôt après sa naissance. Il s’intéresse très tôt à la politique et dès le début des années 90, il soutient activement le mouvement de lutte non violente pour l’indépendance du Kosovo. Quand, vers le milieu des années 90, une partie de la jeunesse s’impatiente et aspire à des actions de lutte armée, il est de ceux qui refusent d’entrer dans une spirale de violences meurtrières et incontrôlables. Lutvi continue d’organiser des manifestations non violentes, misant sur leur efficacité à long terme. Pourtant, son engagement lui vaut d’être arrêté et emprisonné en 1997 et en 1998. C’est en empêchant ainsi les leaders non-violents d’exercer leur influence que le pouvoir serbe favorise la montée de l’impatience de ceux qui sont prêts à prendre les armes.

A la fin de la guerre, Lutvi Hazari est convaincu que pour relever le défi de la reconstruction du pays il est primordial de travailler à l’intégration de toutes les communautés vivant au Kosovo. Il réussit à convaincre de ses idées une large majorité de la ville de Gjilan où il est élu maire.

Gjilan est située au sud-est du Kosovo, proche de la frontière serbe. 80 pour cent des 135.000 habitants sont albanais, 13 pour cent serbes, et 7 pour cent appartiennent à d’autres communautés (turques, roumaines, tsiganes...). Centre régional, Gjilan est entouré par sept villages où vivent toujours des communautés mixtes. Lutvi Hazari s’engage avec toutes ses forces à recréer les conditions d’une vie commune. Il s’agit avant tout de convaincre les uns et les autres à participer à un projet commun, à créer des relations de confiance. " Nous avons si longtemps vécu ensemble sans problèmes, dit-il. Il importe de miser maintenant sur les expériences historiques positives. " Seulement une minorité de Serbes a quitté la ville. Les autres ont osé rester, conscients du fait que leur avenir est lié à celui des albanais. " Aujourd’hui, tout le monde est préoccupé d’abord par la survie économique. Reconstruire l’économie, c’est une tâche commune. Il faut commencer par cela. C’est en y travaillant ensemble que se fera peu à peu la reconstruction sociale." Il souligne que les 49 membres de l’Assemblée municipale à Gjilani - représentants des parties politiques et des différentes communautés - ont compris que la coopération est indispensable.

Pour faciliter le dialogue entre les délégués et les communautés, la municipalité organise depuis un an des réunions avec les habitants, auxquelles chacun peut participer. C’est le début d’une réelle démocratie locale qui, au cours des prochaines années, devra se développer beaucoup plus.

Aujourd’hui, les tensions entre les Serbes et les Albanais ont considérablement diminué à Gjilan. " Evidement, il y a encore énormément de choses à faire. Mais le processus de reconstruction est en cours. Chez nous, les gens ont compris qu’ils doivent se mettre à la tâche. Beaucoup ont reconstruit eux-mêmes leurs maisons. Je crois que nous pouvons être fiers de ce qui a déjà été réalisé. Si vous comparez ce qui a été fait chez nous avec ce qui a été mis sur pied par exemple en Bosnie, vous voyez que chez nous l’élan de reconstruction a permis d’aller beaucoup plus loin !" Lutfi admet qu’il existe encore des minorités extrémistes qui refusent la réconciliation entre les communautés, mais il souligne qu’il s’agit de minorités qui ont une influence très limitée. "Le pourcentage des extrémistes est moins élevé qu’en Allemagne ! "

La privatisation des entreprises d’Etat est en cours (par exemple dans le domaine de l’industrie agroalimentaire, de l’industrie du tabac, de la production de radiateurs) La création d’entreprises moyennes ou de petite taille est encouragée et aidée. De nombreuses ONG se sont constituées. Lentement, la société civile se rétablit. Les efforts de reconstruction sont soutenus notamment par la Suisse, par la Finlande et par l’Allemagne, sans oublier le budget du "Pacte de stabilité" de la Communauté européenne.

Pour Luter Hazara il est primordial d’impliquer de la même façon toutes les communautés dans la reconstruction économique. "Nous faisons là un travail de faiseurs de paix qui est moins spectaculaire que les actions de guerre. "

Key words

non violence, transition from war to peace, peace and development, peace craftsman


, Kosovo, Gjilani

Comments

Il serait souhaitable que les actes de résistance non violente, de résistance à la violence et le patient travail de reconstruction soient aussi bien médiatisés que les actes de violence ! En effet, ils requièrent souvent plus de courage, plus d’énergie et toujours plus de ténacité que la guerre.

Notes

Contact : Hazara, Glaçon, Kosovo, 00381 - Tél. : (0) 280 201781-782 - mgj_mayor@hotmail.com - www.gjilan.kosova.itgo.com

Lutfi Hazari est le président d’une association de plusieurs municipalités du Kosovo dont l’objectif est de favoriser l’échange d’expériences entre les différentes villes pour qu’elles ne se sentent pas isolées dans leurs efforts, en cette période difficile.

Cette fiche a été rédigée lors de l’Assemblée mondiale des citoyens organisée par l’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire, Lille, décembre 2001.

Entretien avec Hazara, Glaçon

Source

Interview

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