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De l’action technique au construit social

Les groupements paysans initiés par le Programme fleuve Rouge (Nord Viêt-nam)

Elisabeth PAQUOT

03 / 2002

Ce document a été élaboré à partir des exemples de Thanh Ba Ha Hoa et Cho Don, deux sites du Programme Fleuve Rouge au Nord Viet-nam. Il étudie l’impact social et politico-institutionnel des organisations paysannes et démontre que ces dernières ne correspondent pas ou peu aux projets de développement imaginés au préalable par leurs créateurs.

L’analyse des organisations s’est faite au travers d’une approche croisée des groupements fondée sur une analyse de discours ainsi qu’à partir d’une analyse des structures de ces organisations.

Ces groupements à vocation technico-économiques visent initialement et principalement à combler un vide préexistant. Aux yeux des coordinateurs, ils sont perçus comme des laboratoires de recherche-développement qui ont pour but d’améliorer les conditions de vie des bénéficiaires (pour le Thanh Ba-Ha Hoa) et qui servent de lieux de formation aux cadres de l’équipe (pour le Cho Don). Concrètement, ils sont décrits comme une structure idéale pour la formation des cadres et répondent clairement à une volonté participative. L’action collective s’inscrit dans un registre idéologique et toutes les composantes du travail d’équipe qu’elle engendre sont censées contribuer à la construction d’une société civile. Pourtant, le groupement est paradoxalement défaillant sur le plan organisationnel puisqu’il privilégie le contenu au détriment des actions sur le contenant ou des modalités organisationnelles.

En effet, les cadres du projet ne comprennent pas toujours les organisations paysannes et n’entreprennent d’ailleurs aucun contrôle rétroactif de leurs actions. Leurs contacts avec les paysans se limitent souvent à la vulgarisation de l’information technique. Les responsables d’organisation, véritables pivots du projet permettant d’entrer dans la réalité quotidienne des groupes, ne sont animés eux, que par le sujet du crédit qu’ils ont la responsabilité de gérer.

Force est de constater que ces organisations qui sont apparemment fondées sur des mécanismes " démocratiques " d’action collective ne le sont pas réellement. En effet, les paysans qui sont censés entrer librement dans ces organisations en y " cotisant volontairement " ne sont en fait pas libres de leurs mouvements. Leur adhésion est en effet filtrée par les responsables qui font finalement de ces organisations des sortes de clubs privés. Les motivations des responsables sont d’ordre économique, social et politique. Les autorités locales jouent en effet un rôle primordial dans la gestion du crédit et des droits de veto des membres.

Les paysans invoquent deux motifs à leur adhésion aux groupements : d’une part le niveau de compétence de l’activité de l’agent d’élevage et de l’autre l’accessibilité et la durée des cycles d’emprunts. L’information-vulgarisation ne fait pas partie de leurs priorités ni même le fonctionnement financier des organisations, qui est opaque. Et pour cause. Les autorités locales gèrent en effet l’ensemble de l’organisation; depuis le choix des membres, jusqu’à leur adhésion.

Pour conclure, si le groupement est fidèle à son modèle initial basé sur la pertinence des thèmes techniques et celle des formations, il ne l’est pas sur le plan de l’organisation puisque aucune méthode ou structure préalable n’est mise en place et appliquée. Au vu des conséquences engendrées par ces pratiques empiriques, il convient de rappeler que si les objectifs organisationnels originels étaient appliqués, ils ne remettraient pas en cause la pérennité de ce type d’organisation. Parmi les objectifs, rappelons notamment que les groupements devraient être ouverts à tous et aux plus pauvres et qu’il faudrait enrayer la fermeture des groupements autour de réseaux exclusifs. Mais agir sur ce facteur ne reviendrait-il pas à perturber les structures politiques préétablies qui sont impliquées dans ces groupements ? L’autre aspect qu’il serait nécessaire de combattre est la structuration en étoile du groupement et le rôle central de son responsable. Il serait en effet très important, pour la durabilité de ce type d’entreprise, que les membres aient davantage de responsabilités partagées. Par ailleurs, la question des crédits autogérés par le groupement devrait être revue puisqu’elle limite l’accès au service pour les non membres. Désolidariser le crédit de l’activité des groupements permettrait d’impliquer progressivement les non adhérents et constituerait un gage de légitimité et de transparence de l’organisation mais aussi de pérennité. Cela permettrait enfin de mesurer l’impact social des organisations.

Pour finir, notons que l’opérateur doit toujours impérativement prendre en compte le contexte socio-politique dans lequel il intervient.

Key words

countrymen’s organization, rural credit, agricultural popularization, analysis, dialogue, citizens network, financial transparency, community action


, Vietnam

Source

Internal document

TESSIER, Olivier, Gret, Direction scientifique, De l'action technique au construit social, Gret , 2001/07 (France), Document de travail n°23 , 31

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