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Un village irrigué de l’Inde du Sud

Enrichissement pour tous les propriétaires, mais afflux d’immigrés misérables

Frédéric LANDY

11 / 1993

L’économie du sud de l’Etat du Karnataka a été bouleversée lorsqu’en 1932 le grand barrage du Krishnarajasagar, sur le fleuve Kaveri, a été achevé. Construit à l’instigation du premier ministre du maharaja de Mysore, il permet aujourd’hui à 72 000 ha d’être irrigués par un dense et assez efficace réseau de canaux. Au coeur de la saison sèche, en mars, alors que tout le Karnataka est marqué par la couleur jaune ou brune des champs en jachère, le vert des cultures frappe soudain une fois qu’on a pénétré en zone irriguée. Le village de Mottahalli (2100 hab)borde le canal principal: il reçoit donc de l’eau presque toute l’année au contraire d’autres villages plus éloignés, ce qui lui permet d’avoir les trois-quarts de son finage irrigués en éleusine (millet), riz, et surtout canne à sucre. 25 ans avant la Révolution verte indienne, le village faisait la sienne: variétés améliorées, engrais chimiques... Aujourd’hui, les rendements de paddy (riz non décortiqués)atteignent en moyenne 75 q/ha, et ceux de canne à sucre 100 t/ha.

Alors que riz et éleusine sont surtout des cultures vivrières, la canne est la culture commerciale: elle peut être vendue à la raffinerie publique de la ville voisine de Mandya (120 000 hab), où les prix obtenus sont fixés assez hauts par l’Etat. Ou bien elle peut être broyée sur place, dans des moulins artisanaux où le jus est ensuite bouilli puis refroidi pour donner du "jaggery" (sucre brut avec molasse). On compte 30 moulins à Mottahalli: tous appartiennent à de "gros" propriétaires, ayant plus de 3 ha irrigués. Ceux-ci sont riches, mais ne le montrent que par l’achat d’un scooter, plus rarement d’une TV en noir et blanc, et par le coffre-fort qui trône au milieu de la pièce centrale de leur maison, construite traditionnellement "à la romaine", avec atrium et impluvium: aucun meuble. On dort par terre et on est vêtu des mêmes pauvres vêtements que les micropropriétaires. Son argent, on le réinvestit dans une rizerie, dans l’éducation des fils et dans la coûteuse dot de ses filles, ou dans la politique. Il faut dire aussi que l’agriculture coûte cher, pas tellement en matériel (il n’y a que 3 tracteurs au village, et à peine plus de motoculteurs), mais en main-d’oeuvre: il faut en effet nombre de bras pour le repiquage du riz et sa moisson, la coupe de la canne et sa transformation. Un seul moyen pour s’assurer de la main-d’oeuvre: faire des avances sur salaires, souvent sans intérêt, qui obligeront le débiteur à venir travailler sur la terre du créancier au premier appel. Qui sont ces journaliers endettés? Pas tellement les micropropriétaires, car eux-mêmes ont beaucoup de travail en période de pointe sur leurs quelques ares; en outre, un demi-hectare irrigué suffit à nourrir à peu près convenablement une famille de 5 personnes. Les salariés agricoles viennent d’ailleurs: de villages distants de parfois plus de 60 km, où il n’y a pas d’irrigation. On émigre alors pour la saison du "jaggery", de juin à septembre, ou bien l’on part pour de bon pour plusieurs années avec femme et enfants. Il arrive alors que l’on vende ses terres du village d’origine pour s’installer définitivement à Mottahalli: véritable prolétarisation (le migrant sera incapable de racheter une terre à Mottahalli tant celle-ci coûte cher), mais qui ne correspond pas à un appauvrissement. Si les migrants sont partis, c’est qu’ils sont mieux pauvres à Mottahalli que misérables là-bas.

30% des maisonnées du village sont donc d’origine émigrée, toutes sans terre. Certains immigrés sont employés à demeure chez un gros propriétaire, et peuvent même vivre chez lui: ils ont obtenu une grosse avance de sa part, et la remboursent petit à petit en la déduisant de leurs petits salaires (6 Rs/jour). Ils sont cependant bien moins nombreux que les salariés indépendants: ceux-ci gagnent davantage (environ 10 Rs)et ont une avance moins importante à rembourser, mais ils n’ont pas de travail garanti toute l’année. Ils ont cependant l’assurance d’être appelés en priorité quand le propriétaire a besoin de bras. Les autres journaliers de Mottahalli, qui sont libres de toute dette, n’ont pas cette garantie, et connaissent du même coup de dures périodes de chômage. Ils en arrivent à envier les travailleurs "asservis" ("bonded labourers"), alors même que cette forme de travail pour dettes est interdite par la loi. Dans le dilemme qui opposait "Le loup et le chien" de la fable de La Fontaine, la plupart des pauvres préfèrent le choix du chien. La liberté vaut moins que la sécurité alimentaire. Et à quoi sert de gagner plus en salaire horaire, si l’on gagne moins sur toute l’année? Adieu alors l’espoir d’acheter une bufflesse laitière, qui procure un revenu non négligeable (5 Rs/litre)... si elle survit à une hygiène et à une alimentation souvent déficiente. Des programmes gouvernementaux comme l’"Integrated Rural Development Programme" sont là pour faciliter l’acquisition d’un tel animal, et il est sûr que l’administration à Mottahalli fonctionne mieux que dans les zones non irriguées et laissées pour compte du Karnataka: on trouve des "boutiques à prix réduits", offrant des grains et de l’huile à bas prix aux pauvres, bien mieux achalandées que dans les zones d’émigration.

Palabras claves

caña de azúcar, asalariado agrícola, desarrollo rural, irrigación, migración


, India, Karnataka, Mandya

Comentarios

L’agriculture du sud irrigué du Karnataka peut être considérée comme une agriculture capitaliste. Mais une bonne part des capitaux n’est pas immobilisée dans du matériel ou des intrants manufacturés: le capital, c’est l’énergie humaine, ce sont ces journaliers que l’on s’attache par l’endettement. De telles relations de travail existaient traditionnellement dans la région, mais dans une moindre mesure: c’est l’irrigation et le "progrès" agronomique qui les ont généralisées.Comme quoi la "modernisation" d’une agriculture peut fort bien se faire sur des bases de semi-servage... Il reste que globalement, c’est l’ensemble de la population villageoise qui vit mieux qu’avant l’arrivée de l’irrigation. Même les tout petits propriétaires peuvent vivre de leur terre, et l’exode rural est ici inconnu. Notons tout de même que les prix de la canne sont tirés vers le haut par l’Etat, qui veut limiter les importations de sucre: qu’adviendra-t-il de la région si les cours se rapprochent des cours mondiaux?

Notas

Cette fiche a été élaborée à partir de ma thèse qui doit être publiée en 1994 sous le titre : "Paysans de l’Inde du Sud", chez Karthala.

Fuente

Tesis y memoria

LANDY, Frédéric

Université de Paris 10 (Centre d’étyudes de l’Inde et de l’Asie du sud) - 59 Rue Bazire, 76300 SOTTEVILLE LES ROUEN. FRANCE. Tel 33 (0) 140 97 75 58. Fax 33 (0) 140 97 70 86 - Francia - frederic.landy (@) wanadoo.fr

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