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La difficile conjugaison entre liberté de presse et responsabilité des médias

Jean Pierre GONTARD

10 / 1994

Les médias en Afrique ont constitué ces dix dernières années à la fois un instrument efficace pour les changements et un des refuges de l’opposition face aux pouvoirs abusifs. La nouvelle presse africaine fait preuve d’un grand dynamisme mais la profession de journaliste reste en général mal protégée et les règles de déontologie ne sont pas souvent respectées. La presse véhicule souvent des appels à la désobéissance civile indiscriminée. Les médias internationaux traversent les frontières et couvrent de plus en plus les événements d’Afrique centrale mais suivant les règles du marché et en fonction de la demande du public des pays occidentaux.

Peut-on laisser à la presse écrite, lue par une élite seulement, la fonction de critique constructive et aux médias électroniques (radio et TV), captés par la grande majorité de la population, la fonction d’intoxication et de propagande au service d’un pouvoir abusif ? Les médias peuvent-ils assurer une surveillance permanente du sort des minorités ethniques, régionales et politiques ? Les médias peuvent-ils infirmer ou confirmer les rumeurs ? Une rumeur non vérifiée confirmée par la radio a jeté des milliers de Sénégalais dans la rue pour massacrer les Mauritaniens. Les médias peuvent-ils assurer une surveillance permanente d’un système judiciaire pas toujours neutre et efficace ? Le rôle de promoteur des droits de l’homme et de l’Etat de droit que certains veulent voir jouer aux médias est-il compatible avec la demande des lecteurs en faits divers, histoires personnalisées, drames…?

Quand le pouvoir est personnalisé, les médias locaux peuvent-ils faire autre chose que louer ou critiquer les personnes qui incarnent ce pouvoir ? Les journaux de pouvoir pourraient-ils vivre sans des subventions plus ou moins cachées, comme la souscription de quelques milliers d’abonnements au prix fort par les services publics ? Les règles universelles de la communication poussent les organes de presse à personnaliser leurs papiers. Un journal qui soutient un candidat à la succession peut-il continuer à critiquer le pouvoir lorsque son candidat s’en empare ?

Les médias officiels ont parfois été contraints, comme au Rwanda, à une attitude plus neutre et respectueuse de l’ensemble des habitants. Au nom de la liberté de la presse, certains extrémistes sont passés du secteur public au secteur privé où ils ont pu se livrer à tous les excès. La liberté de la presse a permis la création des stations de radio comme Radio Mille Collines. Paradoxalement, les pouvoirs quels qu’ils soient, légitimes ou abusifs, semblent s’accommoder d’une presse libre de mauvaise qualité : ils ont des avantages en termes d’image et peu d’inconvénients réels.

Les Eglises, les partis politiques, les syndicats, les ONG ont créé ou parrainent de nombreux médias dans la région des Grands Lacs. Ont-ils pour autant favorisé la discorde et la violence ou ont-ils enrichi le tissu social en mettant en évidence des regroupements d’intérêts sur des bases autres que ethniques et régionales ? Le rattachement à une institution est-il une garantie de liberté et de professionnalisme ? Le rattachement à un individu ou à un groupe financier signifie-t-il nécessairement vision personnelle et opportunisme ?

La radio en Afrique est souvent le véhicule moderne de la rumeur, mais elle peut être aussi, quand elle est locale, un instrument de développement. Les futures radios du Rwanda pourraient-elles souscrire à quelques règles communes, peu nombreuses, mais contraignantes, en s’engageant par exemple à ne pas diffuser de messages publics ou privés pouvant être interprétés comme des encouragements à la violence ? Pourraient-elles diffuser ensemble certaines émissions visant à promouvoir l’Etat de droit et la défense des droits de l’homme, sous la surveillance d’une commission tripartite : autorités, radio et société civile ?

Est-il souhaitable que les radios étrangères et périphériques diffusent des messages constructifs et pratiques et que, dans un même temps, des radio locales diffusent des messages négatifs : des mises en garde et des avertissements ? L’auditeur a maintenant souvent la possibilité de changer de station. L’exemple récent de la radio des Nations Unies au Cambodge pendant les huit mois qui ont précédé les élections montre qu’un programme positif et impartial a pu considérablement apaiser les esprits, alors que la presse écrite jetait de l’huile sur le feu.

La communication au service du développement signifie non seulement que les médias diffusent des messages techniques favorisant une meilleure utilisation des ressources naturelles et des capitaux, mais aussi donnent la parole aux divers acteurs de développement pour raconter ce qu’ils font et exprimer leurs aspirations. Le but recherché est de renforcer la cohésion sociale et le sentiment d’appartenance à un groupe utile.

La grave crise au Rwanda a suscité un intérêt dans l’opinion publique internationale pour le peuple rwandais. Cet intérêt n’est pas durable mais il devrait se maintenir après la crise, tout au moins dans les milieux professionnels et politiques. Faut-il tenter d’alimenter directement et indirectement les médias internationaux en informations intéressantes et positives sur l’évolution du pays ? Faut-il privilégier l’information en direction de l’opinion des pays ou attendre l’arrivée des journalistes de passage et bien les informer ? L’image du Rwanda dans la presse internationale sera-t-elle longtemps une image de mort ? L’exemple du Nigéria montre qu’une telle image peut changer. Un million de morts au moins pendant les trois ans de guerre civile, … qui s’en souvient 25 ans plus tard ? Faudra-t-il 25 ans au Rwanda ?

Pour un programme régional de formation pour des média de qualité

Les médias de la région des Grands Lacs peuvent jouer un grand rôle en faveur de la paix, de la réconciliation et du développement durable. Les journalistes feront un travail de qualité, s’ils reçoivent une bonne formation professionnelle qui les rendent conscients de leur rôle et de leurs responsabilités. Peut-on envisager qu’un programme de formation soit mis en place en alternance entre la sous-région et des pays étrangers amis intéressés par le développement de média de qualité ?

L’invasion de journalistes et de techniciens attirés par l’odeur de la mort et se faisant concurrence a donné aux habitants des pays des Grands Lacs une idée partielle et caricaturale des grands médias internationaux. Une réflexion interne systématique pourrait favoriser la mise en place d’un tissu régional d’organes d’information divers, contribuant à la construction de la paix et de la réconciliation dans la région.

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