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GEYSER : réciprocité, quand tu nous tiens ! (2)

Christophe BEAU

03 / 1995

L’ARGENT CONTRE LA RECIPROCITE.

Voilà qui nous transporte sur un sujet brûlant : la réciprocité sur les flux d’argent ... ou de biens. Tous (ou presque)les objets de coopération à Geyser sont, qu’on le veuille ou non, "suspendus" à des financements. Et bien entendu toutes ces subventions (ou presque)viennent du Nord. Préalable indispensable : les élaborations de dossiers et les négociations si possible se font en partenariat, même si cela fait "perdre" du temps... et de l’argent.

Et les rémunérations ou indemnisations des partenaires ? Là dessus Geyser pratique depuis longtemps la transparence la plus saine possible ; on dit et on sait ce qui est rémunéré ou pas, et à quel montant. La modération est toujours de mise et des débats (parfois longs !)visent à construire l’équité entre le partenaire du Sud et celui du Nord. On fait cela à l’intérieur de Geyser, alors à plus forte raison à l’extérieur. Ex : en 1987, pour le programme PASOS (ERA-Geyser, etc...), combien d’heures ont été consacrées à évaluer une équivalence des pouvoirs d’achat pour les parties françaises et mexicaines du projet (réponse : 1 gros SMIC français = 1 salaire de Prof d’Université à Mexico !). Mais bien que cet effort de réciprocité sur l’argent contribue à la confiance, quid des autres maillons du projet, à savoir les organisations paysannes impliquées dans le programme ? L’équité déborde-t-elle du cadre ONG ? Et puis dans le fond, au delà de la recherche d’équité, comment démonétariser la base des échanges ? Utopique sans doute, mais lorsque, pendant des phases transitoires l’une ou l’autre personne de Geyser "contribue" en se mettant momentanément au "pair" chez l’autre ou se fait rémunérer en nature (matériel végétal, artisanat,...)et donc en équivalent devises locales (ex : en 1991 avec le partenaire tunisien), il y à des choses à creuser. Les Etats font bien, eux, du troc à grande échelle sur l’armement ou l’alimentaire... ! Autre anecdote : actuellement le programme filières de bois "vert" avec les mexicains paraît pouvoir plus facilement se financer l’appui technique à partir du Mexique. Pourquoi les ONG du Sud ne financeraient elles pas la participation du Nord, dans la mesure où celle-ci est indispensable ?

Sur cette question de l’argent, aussi brûlante donc qu’elle peut être le vice à la base de bon nombre de coopérations, il y a sans aucun doute, un grand champ de mécanismes de réciprocité à approfondir.

DIFFERENCES DES CULTURES : L’EVITEMENT... OU LA CONFRONTATION POSITIVE.

Ce thème de l’argent fait glisser sur celui de la réciprocité dans le respect des valeurs, des rythmes, des modes de vie d’un continent à l’autre. Les échanges impliquent continuellement des confrontations culturelles. Ex : on est pressé... et efficace (?)au Nord, on donne du temps au temps et on est spontanément disponible à tous les événements du quotidien au Sud.

Si la confrontation est riche dans le "faire" ensemble, c’est une autre paire de manches à distance. Le collectif x, la fondation y en Europe demandent réponse à la question demain matin. Comment faire sans bousculer nos partenaires pour leur contribution, voire pour ne pas agir par défaut ?

LA RECIPROCITE CONTRE L’ENGAGEMENT DE TERRAIN ?

A Geyser, l’obsession de la réciprocité ne finit-elle pas par nous envahir et par nier l’impact des actions de coopérations plus engagées, plus sur le terrain ? La relation récente de François Greslou sur les expériences en Amérique latine n’est-elle pas là cependant pour nous y conforter ? (voir son excellent ouvrage "le coopérant, missionnaire ou médiateur ? Rencontres de cultures et développement dans les Andes : un témoignage" FPH-Syros, 1984, 245p.).

Il n’empêche, après nos engagements anciens sur le terrain, nous y retâtons de temps à autre. Missions ponctuelles pour le compte du CCFD, de la CEE, du FIDA,..., 1, 2 mois maximum pour des identifications, des appuis techniques, des évaluations. Et la réciprocité lors de ces "incursions" ? bien malin qui la dénichera. Réciprocité sur le sujet, rarement ; sur les valeurs et les rythmes, très peu ; sur l’argent, jamais ; ... ; sur la conduite du projet (de la mission), parfois. Exception cependant lorsqu’il s’agit d’une mission exploratoire d’identification de partenaires ; et encore, l’argent du "projet" ne biaise-t-il pas dès le départ la convergence ?

SUD-NORD OU NORD-NORD : LA RECIPROCITE, MEME COMBAT !

A y réfléchir de plus près, de plus proche, n’a-t-on pas exactement ces mêmes interrogations à l’intérieur des pays du Nord eux-mêmes ? Lorsque l’Etat ou la commission européenne engagent des dispositifs correcteurs pour des politiques agricoles plus respectueuses de l’environnement, lorsqu’une Chambre d’agriculture met à disposition des agents pour promouvoir des filières économiques "durables", où se trouve et comment se gère la réciprocité ?

Manifestement nos réflexions sur la réciprocité dans les coopérations Nord-Sud sont tout aussi nécessaires et utiles dans les projets au Nord.

Une dernière note pour alimenter le débat "réciprocité" (Issu de "l’économie solidaire : une perspective internationale" de J.L. Laville. Ed. Desdée de Brouwer, 1994 335p.): "La réciprocité correspond à la relation établie entre plusieurs personnes par une suite durable de dons. La réciprocité est en conséquence fondée sur le don comme fait social élémentaire, l’existence du don étant liée à un contre-don. L’aspect essentiel de la réciprocité est que les transferts sont indissociables des rapports humains... Le fondement du don est que les objets ne sont pas détachés de l’accomplissement de prestations sociales... Par le don on mêle son âme à celle de l’autre..."

Palabras claves

intercambio de saber

desarrollo rural

cooperación

red de intercambio de experiencias

flujo de capitales

alianza


América Latina

Francia

Notas

GEYSER est un groupe de travail à l’interface des questions d’agriculture, d’environnement et de développement. GEYSER anime des réseaux, systématise et diffuse des informations utiles pour l’action, fournit des appuis techniques ou méthodologiques. Pour plus d’information, voir fiche 21

GEYSER (Groupe d’Etudes et de Services pour l’Economie des Ressources) - Rue Grande, 04870 Saint Michel l’Observatoire, FRANCE - Francia - www.geyser.asso.fr - geyser (@) geyser.asso.fr

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