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Des sols et des hommes : récits authentiques de gestion de la ressource sol

Réalisé par Rabah LAHMAR

1998

Les récents acquis scientifiques attribuent au sol de nombreuses fonctions qui permettent de saisir l’étendue de son implication dans les diverses sphères : atmosphère, biosphère, hydrosphère et lithosphère. Elles permettent aussi de mieux comprendre les enjeux que les sols représentent pour les individus, pour les sociétés humaines et pour leurs diverses activités, et de mieux cerner les menaces qui pèsent sur cette ressource naturelle.

Le sol permet la production de biomasse qui entretient la vie. La biomasse végétale, en particulier, nourrit les animaux et les hommes (racines, tiges, feuilles, fleurs, fruits, graines), fournit de l’énergie renouvelable et des matériaux que nous utilisons dans nos constructions ou dans nos activités artisanales (bois, tiges, feuilles). Le sol abrite une diversité biologique, microscopique et macroscopique, végétale et animale, loin d’être entièrement connue. Le sol contribue au bon fonctionnement et à la qualité de la chaîne alimentaire et du cycle de l’eau. Ses propriétés physiques (porosité, perméabilité), chimiques (absorption, échange) et biologiques (transformations, catabolisme, métabolisme) lui permettent de jouer un rôle important dans le remplissage des aquifères souterrains et dans la régulation des régimes hydrologiques des cours d’eau ; dans l’interception et dans la transformation des produits polluants venant de l’atmosphère ou rejetés par les activités humaines. Le sol stocke sous forme de matière organique le gaz carbonique atmosphérique, gaz à effet de serre. Le sol supporte les infrastructures (logement, industries, réseaux de transport, décharges, installations de loisirs et de détente, etc.). Le sol est le matériau que les sociétés humaines utilisent dans leurs constructions ou pour leurs activités artisanales. Le sol renferme des concentrations minérales. Le sol assume même une fonction culturelle puisqu’il recèle de nombreux trésors archéologiques, témoins de l’évolution humaine… C’est dire combien le sol est important pour l’homme et pour la vie sur la planète.

A la lumière de ce qui précède, on comprend mieux les origines des problèmes alimentaires et environnementaux que les sociétés humaines connaissent aujourd’hui. Mieux encore, on perçoit de manière claire les pistes à suivre pour trouver des solutions viables à ces difficultés.

En inventant l’agriculture, les sociétés humaines ont commencé par solliciter la fonction de production des sols. Tant que les sols produisaient, ces sociétés se multipliaient et leur demande alimentaire augmentait. Quand l’aptitude à produire du sol ne répondait plus à la demande, au risque de disparaître ou d’entrer en conflits, des solutions devaient être trouvées. C’est ainsi que des innovations sont apparues. L’adoption de modes de vie et de cultures respectant les rythmes de renouvellement de la fertilité des sols (agriculture itinérante, jachère), ou qui l’entretiennent (fumure organique d’origine végétale en premier puis d’origine animale par la suite) ; la mise en Ĺ“uvre de techniques permettant l’amélioration de la productivité des sols (irrigation) ; la correction de certains défauts soit en les modifiant (chaulage des sols acides), soit en adaptant les cultures aux contraintes (salinité), en sont quelques exemples.

Avec le développement industriel, urbain, et l’expansion démographique qui allaient suivre, les autres fonctions du sol ont été plus sollicitées et la fonction de production a commencé à être cantonnée, du fait de la concurrence pour l’espace, à des surfaces de plus en plus réduites. Ce processus se poursuit encore de nos jours. Les avancées scientifiques et technologiques ont apporté de nouvelles solutions pour augmenter les productions : mécanisation, engrais minéraux, pesticides, sélection variétale, drainage, etc. Mais, si l’intensification agricole n’a pas atteint les résultats escomptés partout où elle a été tentée, en revanche, elle a eu, partout, les mêmes effets, malheureusement souvent négatifs, sur les sols et sur l’environnement comme le montre ce dossier.

Là où le sol ne le permettait pas, même si, par ailleurs, l’eau était disponible, l’intensification a été éphémère et, dans beaucoup de cas, elle s’est soldée par la destruction du sol et du milieu sans compter les répercussions sur les sociétés humaines.

Là où le sol et les disponibilités en eau (pluies ou irrigation) le permettaient, des surproductions sont obtenues. Les surplus agricoles sont alors devenus des biens marchands, obéissant aux lois du marché. La persistance d’une demande alimentaire de plus en plus forte a favorisé le passage à une agriculture industrielle. Une agriculture de plus en plus technique ; de plus en plus artificielle ; générant, directement ou indirectement, de plus en plus de déchets. Et ses conséquences sur le sol et sur l’environnement sont pour le moins désastreuses. Les grandes plaines agricoles d’Amérique et d’Europe, les grands périmètres irrigués des zones arides regorgent d’exemples.

On observe ainsi que l’opulence matérielle est souvent associée à la destruction des sols, de leurs fonctions. Ce qui, par voie de conséquence, finit par atteindre l’environnement, l’eau, la biodiversité, les grands équilibres de la nature. D’autres exemples, dans ce même dossier, tendent à montrer que les sociétés en situation de pauvreté ne font pas mieux. Dans un monde où la nourriture devient une arme décisive, les pays pauvres luttent pour leur survie, pour parvenir à une sécurité alimentaire. Et bien souvent dans ces pays, notamment ceux de la zone tropicale où les sols sont naturellement pauvres, les paysans pauvres, dans une quête de survie, s’enfoncent de plus en plus dans la pauvreté en appauvrissant leurs sols. Il est peut-être utile de rappeler qu’actuellement plus de 700 millions d’êtres humains vivent en dessous du seuil de pauvreté.

La terre porte actuellement près de 6 milliards d’humains ; elle en portera, selon certaines prévisions, près de 10 milliards vers le milieu du XXIe siècle alors que ses ressources, notamment en sols productifs, sont limitées. Si les rapports actuels entre les sociétés et entre les humains n’évoluent pas, il est permis de penser que même si, sous la pression des préoccupations environnementales, le productivisme amorce un déclin et qu’une agriculture, moins gourmande en rendements, réinvestisse les espaces considérés jusque-là comme marginaux, même si la biotechnologie réalise des prouesses, la pression sur les sols ne va pas diminuer. Au contraire, elle va s’accentuer et les sols potentiellement riches seront de plus en plus convoités.

Il est donc nécessaire, sans tarder, de revoir le rapport de l’homme au sol, de revoir notre gestion de cette ressource naturelle fondamentale, rare et difficilement renouvelable. Une bonne gestion des sols est possible. Avec quelques principes simples de prudence, de modération et de préservation, il est possible d’utiliser au mieux les différentes fonctions des sols, de les entretenir, de les enrichir et d’éviter les évolutions irréversibles. Le lecteur s’apercevra que des solutions existent et que l’homme n’a, heureusement, pas fait que détruire les sols, il en a construit, il a construit des fertilités qu’il a gérées durablement. Les exemples de bonne gestion des sols que nous lui offrons sont malheureusement peu nombreux et cela nous ne l’avons pas vraiment voulu. Pour trouver quelques histoires de bonne gestion des sols, il nous a fallu beaucoup chercher ; alors que, sans trop chercher, nous avons trouvé beaucoup d’histoires de mauvaise gestion des sols. Cela traduirait-il la réalité des faits ?

Notre souhait est que les histoires relatées dans ce dossier puisse interpeller les décideurs, les différents utilisateurs du sol, les techniciens, les ingénieurs, les chercheurs… : le citoyen, sur la question des sols. Il nous faut prendre conscience du fait que les problèmes de sol ne sont pas uniquement des problèmes d’agriculture. Ce sont aussi des problèmes de culture, des problèmes de société. Tout problème de société peut nécessiter un débat et nous espérons que ce dossier pourra contribuer à ouvrir un véritable débat sur la question du sol.

Rabah Lahmar, Mireille Dosso, Alain Ruellan (1998)

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