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Projet « I-Jumelage » : Réinventer le panafricanisme à l’ère du numérique

Julien Brygo et VECAM

09 / 2009

« Fracture numérique » : la formule illustre le fossé entre le Nord et le Sud en matière d’accès aux technologies de l’information et de la communication (TIC). En Afrique, si les indicateurs de connectivité à l’Internet sont largement en hausse (1), l’état des infrastructures constitue un frein majeur au développement des TIC et en particulier l’accès à Internet. En Afrique subsaharienne, une personne sur 400 a accès à Internet (1 sur 15 dans le reste du monde), ce qui porte le nombre d’internautes à environ 2 millions, sans compter l’Afrique du Sud. Comme l’illustre toutefois la percée du téléphone portable en Afrique (certains pays comme la RDC ou la Guinée ont vu leur nombre de lignes mobiles dépasser celui des lignes fixes il y a déjà plus de dix ans), les outils modernes de communication sont déjà au cœur des actions et des préoccupations des citoyens ainsi que des militants africains.

Du Maghreb à la côte occidentale de l’Afrique, de plus en plus d’ONG s’appuient sur les TIC pour sensibiliser, éduquer, militer (lire l’article En Afrique, quand la force de l’image transforme les TIC en outils de sensibilisation). Qu’il s’agisse de sensibiliser sur les questions du droit des femmes (lire l’article Internet permet de sensibiliser aux problèmes des droits de la femme), des questions environnementales ou de la justice (lire l’article Internet, un outil de réconciliation nationale en Guinée ?), les TIC sont perçues comme un possible levier de développement à plusieurs niveaux. Si la logique qui régit l’équipement informatique des pays du Sud reste similaire à d’autres secteurs - c’est-à-dire d’un côté une forte présence des sociétés occidentales et de l’autre, le développement d’une coopération née du constat que l’Europe se sépare de ses vieilles bécanes et qu’il convient de les « retaper » pour les acheminer à moindre coût vers l’Afrique (lire l’article Ordinateurs retapés d’Europe pour continent africain sous-équipé) -, la connectivité du continent reste en grande partie tributaire du niveau des infrastructures, notamment électriques. Le cas de la Guinée, véritable « trou noir » de l’Afrique, est ici éclairant (lire l’article En Guinée, les TIC au bon vouloir du courant).

Une évolution qu’ont bien compris les firmes occidentales et les institutions internationales, qui soutiennent de diverses manières, et avec diverses incidences, l’équipement informatique du continent africain (lire l’article Ordinateurs retapés d’Europe pour continent africain sous-équipé). L’entremise des sociétés et des institutions occidentales joue ainsi de manière déterminante dans la façon dont s’articulent les projets associatifs basés sur l’appropriation des TIC (lire l’article Des miettes pour l’Afrique, mais les logos des sponsors sont colorés). Face à la prise de conscience de l’intérêt des nouvelles technologies dans l’aboutissement de projets éducatifs, pédagogiques, socio-culturels ou économiques, plusieurs initiatives visent à développer une véritable interconnexion africaine. Ainsi, en mai dernier, à Conakry (Guinée), une trentaine d’associations africaines (Maroc, Guinée, Sénégal, Mali), réunies par des « facilitateurs » basés dans chaque pays, se sont réunies sous la bannière d’« I-Jumelage », un projet en construction posté par cinq associations dont Vecam, côté français, et Les Amis du Futur, côté africain (Guinée). Pendant quatre jours, il a été question de faire émerger des micro-projets de coopération entre ONG, qui seront financés par des subventions en grande partie européennes. Une plateforme à l’état de projet, mais, à en juger par l’enthousiasme des participants, pourrait permettre de développer un véritable panafricanisme du XXIème siècle (lire l’article Projet « I-jumelage » : comment les TIC peuvent réinventer le panafricanisme ?).

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À l’heure où l’émergence de la société numérique provoque, au Nord, une profonde modification dans le fonctionnement des tissus socio-économiques et dans les rapports sociaux qu’entretiennent les citoyens, de l’autre côté de la Méditerranée, beaucoup de militants africains se disent conscients de la sublimation que la toile peut engendrer et considèrent qu’Internet doit rester un outil. L’Afrique ne peut pas rester en marge de cette évolution planétaire et dans différents pays, le développement technologique fulgurant de ces dernières années pousse de plus en plus de figures de la société civile à s’appuyer sur cette évolution majeure. Ainsi de Saran Kaba, fondatrice de la REFMAP, en Afrique de l’Ouest, dont une des volontés est de faire émerger des « femmes-leaders » en Afrique (lire l’article Le combat de Saran Kaba pour un « leadership » des femmes en Afrique). Dans d’autres pays, les TIC constituent un véritable enjeu pour permettre à des structures déjà existantes d’élargir leurs domaines de compétences et d’action, comme c’est le cas à Yoff (Sénégal), où une bibliothèque communautaire, la Bosy, cherche à ne pas manquer le virage de l’informatique, tout en axant son action sur l’intérêt du livre (lire l’article « Il y a un manque d’intérêt pour les bibliothèques et pour l’éducation en Afrique »).

À l’ère d’Internet, la coopération interafricaine pourrait logiquement connaître un nouveau souffle. L’objet de ce dossier est d’illustrer, à travers des portraits, des témoignages, des rencontres et des descriptions d’expériences, la façon dont les ONG africaines s’appuient sur les TIC pour mettre en place leurs projets de développement. Si l’avenir est aux réseaux en tous genres, les TIC peuvent ainsi constituer un levier de développement puissant, qui pourrait permettre, à terme, de s’émanciper de la tutelle occidentale.

(1) À l’échelle du continent africain, la « télédensité réelle », qui atteste du niveau d’utilisation des lignes fixes et mobiles, est passée de 1,61 pour 100 habitants à 28,11, entre 1993 et 2007.

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