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L’habitat solidaire, ou habitat groupé avec des personnes en précarité sociale

Pascale Thys, Habitat & Participation

2010

Ce dossier est un inventaire de fiches de cas sur l’habitat groupé où vivent des personnes en précarité sociale, ce qu’on appelle, depuis peu en Belgique, l’habitat solidaire. Ce travail a été la continuation d’une recherche sur l’innovation sociale menée en 2001–2002. En effet, lors de cette recherche, nous avions identifié un gros problème dans la législation belge, à savoir que les personnes en précarité qui cohabitent avec d’autres et qui reçoivent pour vivre un revenu de remplacement, via les Centres Publics d’Action Sociale, se voient pénaliser car elles perdent une partie de ce revenu. En Belgique, le système d’aide sociale (chômage) se base d’une part sur la situation de non emploi des personnes, d’autre part sur le mode d’habitat des personnes (seule, isolée ou avec charge de famille). Les montants varient donc en fonction de ces deux composantes principalement.

Ayant mis le doigt sur le problème de cette cohabitation pénalisée financièrement pour les plus précaires, nous avons commencé le travail d’investigation en allant à la rencontre de ces projets, menés par des associations la plupart du temps, et qui permettaient à des personnes précarisées de vivre en collectivité.

Nous avons alors réalisé des vidéos reportages, permettant tout à la fois de découvrir les porteurs de projets et les bénéficiaires de ces projets. Ces vidéos ont été montrées lors d’un colloque que nous avons organisé sur le sujet, colloque qui était aussi l’aboutissement d’une étude permettant de mettre en avant la réalité de terrain suite à une enquête que nous avons mené. Les vidéos sont des médias très utiles afin de rendre compte de l’aspect émotionnel de l’expérience.

A l’évidence, le contenu émotionnel des vidéos d’expérience ainsi que l’étude plus technique a fait mouche auprès des pouvoirs publics invités au colloque de restitution de l’étude. Nous avons été contactés par le Ministre fédéral belge en charge des Affaires sociales qui nous a demandé de réalisé une nouvelle étude ‘Habitat Solidaire’ permettant tout à la fois d’objectiver la réalité de terrain, de mesurer le coût pour les pouvoirs publics belges si les cohabitants ‘solidaires’ étaient considérés comme des isolés et de proposer un dispositif juridique pour cadrer la/les mesures à proposer.

C’est le travail que nous avons réalisé en collaboration avec un bureau d’étude flamand (Sum Research) et les facultés universitaires Saint Louis avec Monsieur Nicolas Bernard. Le comité d’accompagnement de la mission était composé de quasiment tous les ministères des 3 régions de la Belgique.

Les fiches présentées sont donc issues de ces différentes phases de travail, études, recherches, rencontres.

Actuellement, les résultats de ces divers travaux sont :

  • Des modifications dans le code du logement wallon afin prendre en compte la possibilité de vivre en petits collectifs sans être pénalisé au niveau habitat (obligation légale d’adaptation du logement pour les petits logements collectifs). Ces adaptations ne sont plus nécessaires pour les petits habitats groupés (5 personnes maximum).

  • Des accompagnateurs sociaux sont financés à Bruxelles afin de promouvoir ce type de logement pour les personnes en précarité.

  • De nouveaux projets ‘habitats solidaires’ ont vu le jour tant en région wallonne que bruxelloise depuis cette étude, certains ayant été inaugurés avec la présence de ministres compétents.

  • Certains CPAS (Centres Publics de Services Sociaux) acceptent de déroger aux règles de réduction des revenus de remplacement en cas de cohabitation pour soutenir la dynamique de ces ‘habitats solidaires’.

En conclusion, il s’agit d’un véritable travail de capitalisation, dont une des étapes est la fiche d’expérience ou la vidéo d’expérience, et qui a débouché sur des études complémentaires et des temps de diffusion afin d’arriver à la prise de mesures par le politique. C’est en cela qu’on peut parler d’un ‘processus de capitalisation’ dont la phase de recueil d’expériences n’est qu’un des moments. Il nous semble aujourd’hui évident qu’il est plus facile d’influer sur les politiques lorsque l’on est capable tout à la fois d’amener la dimension humaine, émotionnelle de la réalité de terrain et la dimension analytique, réflexive d’une étude qui a aussi été l’occasion de réunir des groupes de travail.

L’auto construction bois pour les personnes en précarité sociale

A ces fiches, nous en avons relié quelques autres dont la problématique est transversale à celle de l’habitat solidaire, à savoir l’autoconstruction bois par les personnes en précarité sociale. Il s’agit au départ d’une étude à la demande de la Région wallonne de Belgique sur la faisabilité de l’autoconstruction en bois de logement par les personnes qui vivent des problèmes de logement et souhaitent se former aux techniques du bâtiment tout en acquérant un logement. Cette étude fut l’occasion de visiter des projets en France et en Angleterre où ce type de processus existe. Les projets visités en Angleterre montrent qu’à la fois on aborde la question de l’autoconstruction et de l’habitat collectif ou groupé.

Cette étude de faisabilité – et ce pour diverses raisons – n’a pas à ce jour connu de réalisation concrète en Région wallonne de Belgique, ce que l’on peut déplorer. Ceci démontre aussi qu’un même processus de capitalisation n’aboutit pas forcément aux mêmes résultats. Parmi les raisons, il y a certaines maladresses de notre part pour impliquer les autorités responsables (par exemple les bailleurs sociaux). Mais il est vrai aussi que les pouvoirs publics belges sont frileux par rapport à la capacité (voire l’intérêt) qu’auraient les personnes en précarité à autoconstruire leur logement. Enfin la dimension financière joue également en défaveur de ce type de projets : si le coût de construction est moindre, il faut y adjoindre celui de l’accompagnement social et technique, ce qui mène à un coût total équivalent à celui de la construction traditionnelle.

Ce dossier reprend des expériences que nous avons eu l’occasion de visiter personnellement lors de nos visites aux Pays Bas principalement en 2002 et en 2003. Nous avons alors exploré deux types de logements collectifs destinés aux personnes âgées : l’habitat groupé (ou woongroepen en néerlandais) et les homes écologiques.

Lire Projet intégré d’auto construction d’habitat en bois (PowerPoint)

L’étude menée pour la Fondation Roi Baudouin (2001)

Une étude a en effet été menée sur les habitats groupés en Hollande, afin de montrer qu’il existait là bas des alternatives dans le choix des lieux de vie pour les personnes vieillissantes. Souvent confrontées à l’alternative simple de rester chez soi ou d’aller en home, les personnes âgées se trouvent prises dans un dilemme ne leur permettant plus de vivre en autonomie tout en étant entourée si besoin était, tout en (re)créant des liens sociaux de voisinage.

Nous avons donc été à la rencontre de plusieurs projets d’habitat groupé pour ou avec des personnes âgées. Nous avons réalisé un canevas d’interview destiné à la rencontre de ces groupes. Ces fiches sont donc le point de vue des habitants eux-mêmes, rencontrés en petits collectifs, le plus souvent dans leur lieu de vie communautaire.

Dans la foulée, nous avons aussi découvert que la Hollande possédait un système original afin de guider les personnes vieillissantes et les familles dans leur choix habitationnel : les steunpunten ou points relais. Vous y trouvez un accueil et des documents à disposition afin de vous informer sur toutes les formes possibles d’habitat pour les personnes vieillissantes. Un choix en pleine connaissance de cause peut être fait.

Une analyse transversale des projets a été réalisée, analyse qui portait sur :

  • les origines, objectifs et typologies de ces habitats groupés

  • les montages financiers et partenariaux

  • la maîtrise de la personne âgée sur l’organisation de sa vie

  • les modes de participation, de communication et de gestion de conflits

  • la cohérence du bâti et des aménagements spécifiques

En conclusion, cette étude nous a permis de revenir vers notre réalité belge, d’appréhender différemment l’habitat pour personnes âgées chez nous, de porter vers les autorités publiques locales des messages forts liés aux besoins spécifiques des ces personnes. Encore aujourd’hui – en 2010 – nous sommes régulièrement amenés à témoigner dans des colloques de cette réalité belge et hollandaise. Un montage Dias a été réalisé pour cela, tant sur des habitats groupés hollandais que belges.

Une visite d’expériences sur des homes écologiques en Hollande et en Suède

Le Ministre des Affaires sociales et de la Santé en Région wallonne de Belgique nous a demandé d’organiser à l’intention de son cabinet une visite d’expériences afin de découvrir des homes écologiques hors de la Belgique. Nous les avons emmenés en Hollande dans le projet Pelgromhof situé à Zevenaar et en Suède dans le projet Vigs Ängar situé à Köpingebro. Un second groupe de responsables de Maisons de Repos nous a également demandé de leur organiser une visite d’expériences uniquement en Hollande. Nous sommes retournés à Pelgromhof et avons découvert le projet Melkweg situé à Wageningen.

L’objectif était de montrer aux responsables des fédérations de Maisons de Repos et de Soins qu’il est possible de développer des Maisons de Repos ayant une dimension plus écologique que ce qui se passe aujourd’hui : en matière de construction des bâtiments, d’énergie, d’approche des difficultés des personnes vieillissantes, de gestion des déchets, etc.

Après avoir emmené ces groupes à la découverte sur place de projets (discussions avec les responsables, architectes, habitants, soignants), nous avons organisé deux journées de formation destinées à tous ceux qui n’avaient pas pu bénéficier de ces voyages.

En conclusion, nous avons pu remarquer – par rapport à l’échange d’expériences – que ceux qui ont réalisé les voyages ont été bien plus facile à convaincre que les changements sont souhaitables et possibles que ceux qui n’ont pu assister qu’à des journées de formation, illustrées des expériences visitées. Ce qui nous a semblé faire la différence, c’était la dimension émotionnelle de l’expérience, de la rencontre de l’autre, de la possibilité de palper une autre réalité. En effet, le second groupe a pu obtenir des informations techniques que le premier n’a pas eu (sur les matériaux, les dispositifs potentiels au niveau légal), mais l’information technique ne séduit pas comme peut le faire la visite d’expériences.

Rapport sur l’Habitat Solidaire, version pdf

Annexes du Rapport, version pdf

 

Pascale Thys, Janvier 2010

Habitat et Participation

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