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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Les figures de la facilitation de la coopération avec les TIC

Frédéric Sultan et Stéphane Couture

03 / 2010

Ce dossier est le résultat d’une aventure commencée à Belém au Brésil, lors du Forum Social Mondial en 2009. A l’initiative de VECAM y fut organisé un atelier sur le thème « Les figures de la facilitation de la coopération avec les TIC ». À la suite de cet atelier, nous avons demandé aux personnes qui le souhaitaient de rédiger un article à partir de leur propre expérience dans ce domaine, ou d’une analyse générale basée sur des cas concrets. Quelques personnes ont rejoint le projet par la suite.

Le dossier réalisé se compose de neuf articles et d’une synthèse. Les articles peuvent être lus indépendamment les uns des autres. Quelques-uns ont été réalisés à partir d’entrevues, de comptes-rendus de présentation, voire même d’un commentaire sur la postface d’un livre. L’usage des outils numériques auquel il est fait référence dans les articles se rapporte à des contextes variés, tels que l’éducation, la formation et l’appropriation des TIC, l’animation de réseau et de collectifs et le travail collaboratif, l’édition et la publication de contenus numériques et l’accès à l’information, ou encore par exemple le partage de ressources et la coopération.

L’article de Claire Brossaud présente un processus de facilitation au sein d’un forum de discussion portant sur une catastrophe naturelle qui s’est déroulée à Bourg-en-Bresse (France) en 2005. Claire Brossaud considère le processus de facilitation « comme une façon de faire advenir des échanges sociaux outillés par la technique dans une perspective collaborative ou participative » et fait ressortir trois figures du facilitateur, soit le « modérateur » qui stimule la participation des acteurs, le « passeur » qui aide à définir un espace réflexif pour les acteurs, et finalement, l’«animateur » qui organise le cadre social de la rencontre.

Pour Andrew Feenberg et Cindy Xin, le facilitateur dans le contexte numérique doit « construire la réalité sociale de la rencontre électronique en choisissant un modèle de communication pour le groupe » et permettre à chacun de s’y sentir à l’aise. Pour cela, il doit être habile pour intervenir en permanence auprès des participants et apporter des « méta-commentaires » qui seront autant de repères sur le cadre de la conversation pour les participants.

À partir d’une expérience professionnelle de facilitation du réseau Beijaflor, Claude Henry propose de considérer que la facilitation n’a pas seulement comme objectif de produire du contenu, mais aussi de « produire du collectif ». À partir de son expérience personnelle, l’auteur montre la nécessité de « sentir » les différentes forces, et d’agir en tant que passeur, sans s’interposer.

Joëlle Palmieri soutient pour sa part la nécessité de politiser la facilitation, en proposant une réflexion féministe sur les pratiques liées aux technologies de l’information et de la communication (TIC). Elle note que beaucoup d’efforts pour faciliter l’appropriation des TIC se limitent souvent à l’outillage sans le dépasser, ce qui a pour effet de favoriser les individus ou groupes sociaux – et notamment les hommes - possédant déjà la capacité d’utiliser ces outils. Exposant différentes initiatives réalisées par et pour des femmes, notamment sur le continent africain, elle insiste sur la nécessité de laisser émerger les savoirs des femmes et des jeunes.

Dans l’article « Au-delà du conflit d’intérêt », Jean-Michel Cornu expose les possibilités offertes par les schémas heuristiques pour aider un groupe à tirer profit de ses conflits. À cette fin, le rôle du facilitateur peut être d’aider le groupe à voir ses divergences. L’auteur illustre son propos avec des expériences de « cartographie mentale » de débats publics.

Nicolas Taffin, dans une entrevue réalisée par Frédéric Sultan, décrit également le rôle de l’outil dans l’activité de facilitation. Typographe de métier, il insiste sur l’importance de l’interface d’utilisation, de l’ergonomie. Un bon outil doit aider son utilisateur à faire ce qu’il veut faire comme il veut le faire, plutôt que de lui imposer une manière de faire. Pour reprendre ses termes, l’outil est un objet qui dialogue avec la matière ; un bon outil permet d’amplifier l’humanité contenue dans le geste productif.

La présentation que fait Frédéric Sultan des éditions C&F Éditions met en lumière le rôle des organisations dans la facilitation de coopération avec les TIC. C&F Éditions joue un rôle de passerelle entre les milieux activistes et de la recherche. Elle mène également de front réflexion et expérimentation sociale et technique. De par cette situation, C&F Éditions rejoint d’autres structures apparentées à l’éducation populaire. La facilitation n’est donc pas seulement une affaire d’individu animateur de réseau, renvoyée à des pratiques personnelles. Un groupe peut également tenir un rôle de facilitation, et s’inscrire ainsi dans une dynamique collective plus large.

Dans une transcription d’une présentation sur le rôle des technologies de l’information et de la communication dans la construction du Forum Social Mondial, Gustave Massiah affirme que bien que les techniques ouvrent de nouveaux horizons, elles ne sont pas en elles-mêmes porteuses de formes d’organisation sociale qu’elles tireraient du néant. Les technologies et l’organisation du FSM s’influencent au contraire réciproquement. Il souligne également que les technologies sont une source de tension, en particulier pour une nouvelle génération dont beaucoup de chômeurs qui s’en emparent, et participent à l’émergence d’une culture du net.

Dans la postface de l’ouvrage « Le document à la lumière du numérique », Jean-Michel Salaün raconte l’aventure qu’est devenue la rédaction collective de cet ouvrage par le réseau RTP-doc, réseau de recherche du CNRS sur le document numérique. Frédéric Sultan s’appuie sur ce récit en forme de note méthodologique, ainsi que sur une interview de Jean-Michel Salaün, pour décrire la forme d’organisation adoptée par ce réseau. Il propose de la comparer à la figure du « dictateur bienveillant », souvent mise en avant pour son efficacité par les membres de la communauté des développeurs de logiciels libres.

Enfin, dans une synthèse de ce dossier, nous (Frédéric Sultan et Stéphane Couture) avons cherché à mettre en évidence quatre éléments structurant les visions de la facilitation qui ressortent des expériences racontées et analysées. Le premier élément concerne la perception des rôles respectifs des technologies et des humains dans la facilitation de la coopération et de leurs possibles complémentarités. Un deuxième ensemble de réflexion faire apparaître la facilitation comme une mise en scène d’une expérience de coopération, mise en scène qui implique des styles particuliers et une part d’intuition. Troisième élément structurant, largement partagé, est l’idée que la facilitation a pour objectif de « produire du collectif ». Enfin, la nécessité de politiser la facilitation est le dernier de ces éléments structurant les descriptions de la facilitation.

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