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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Les utopies technologiques : alibi politique, infantilisation du citoyen ou lendemains qui chantent ? (Les cahiers de Global Chance n°20, février 2005)

Réalisé par Global Chance

02 / 2005

Un vingtième numéro des Cahiers de Global Chance, presque deux par an depuis 12 ans, c’est évidemment un motif de satisfaction et de fierté pour notre association qui s’est fait une place dans le débat citoyen. Mais c’est aussi l’occasion de rappeler les préoccupations de notre premier numéro largement consacré aux réactions suscitées par « l’Appel d’Heidelberg », lancé pendant la conférence de Rio par 264 scientifiques, dont 94 Français, certains prestigieux, qui s’alarmaient de « l’émergence d’une idéologie irrationnelle qui s’oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement économique et social ». Avec le groupe de Vézelay, nous avions lancé un contre-appel « L’appel à la raison pour une solidarité planétaire » bientôt signé par plus de 200 de nos collègues chercheurs (voir page) pour nous élever contre l’impérialisme scientifique que révélait ce texte et rappeler que la science et l’industrie, malgré leur utilité reconnue, ne pouvaient à eux seuls sauver la planète.

Douze ans et 20 numéros plus tard, où en sommes-nous, alors que quelques scandales comme la vache folle sont venus nous rappeler les limites et les effets pervers d’un progrès technique mal maîtrisé ? Il nous a semblé utile d’y revenir alors qu’à la fois :

  • L’administration américaine vient de renouveler à Buenos Aires son refus d’entrer dans le processus de Kyoto en arguant des ruptures technologiques qu’elle attend dans les prochaines années et qui sont censées résoudre le problème des émissions de gaz à effet de serre sans nécessiter aucune mesure de restriction de consommation d’énergie.

  • Les chercheurs du domaine nucléaire clament l’urgence de la constitution d’un stock de plutonium important pour pouvoir disposer vers 2040 ou 2050 d’assez de combustible pour déployer en grand et mondialement les réacteurs de la génération IV dont ils nous assurent l’arrivée, vers 2040, à condition bien sûr, qu’entre temps, ils disposent des budgets indispensables aux recherches nécessaires.

  • L’analyse descriptive des génomes sert à justifier diverses manipulations dont la maîtrise n’est absolument pas assurée, et un nouveau concept (nanobiotechnologie) fait miroiter une fabrique révolutionnaire du vivant.

  • La plupart des multinationales promotrices de ces utopies technologiques s’engagent dans des opérations lourdes de communication sur le « développement durable ».

En ce début de siècle, les chercheurs, les ingénieurs et les industriels ne manquent pas de projets enthousiasmants : fusion thermonucléaire, hydrogène, captation et stockage souterrain du CO2, thérapies géniques, OGM…

Autant de « solutions technologiques » présentées au citoyen comme « la » réponse dans chacun des domaines concernés, énergie, santé, alimentation, au double défi d’un développement exponentiel, mais égalitaire de l’humanité, et de préservation de la planète. Les promoteurs de ces technologies potentielles du futur, qu’on pourrait appeler des « utopies technologiques » dans la mesure où la démonstration de la possibilité technique, économique et sociale de leur emploi à grande échelle reste encore du domaine de la simple conjecture, leur attribuent des caractéristiques évidemment alléchantes :

  • Leur capacité potentielle à résoudre entièrement ou presque et pour des siècles, voire pour l’éternité, les problèmes croissants auxquels l’humanité va se trouver confrontée dans chacun des domaines considérés.

  • Leur totale innocuité environnementale, la très faible probabilité d’occurrence et la bénignité des accidents qui pourraient éventuellement survenir.

  • Leur très faible coût, dès les étapes indispensables de la démonstration de faisabilité et du développement industriel franchies.

Mises en avant, non seulement par des communautés scientifiques passionnées, ou parfois plus prosaïquement, en quête de crédits récurrents, ou des lobbies industriels, mais aussi par les politiques dans leurs déclarations, et largement répercutées sans analyse critique par les médias, elles apparaissent bien souvent comme un élément majeur de réponse aux questions les plus délicates qui se posent à l’humanité.

Tout le monde ou presque semble admettre sans discussion l’ampleur des enjeux qui s’attachent à leur développement. Le débat se cantonne donc aux chances du succès, à son échéance et aux coûts de mise au point. Par contre pas de débat sérieux sur l’adéquation de la « solution » proposée au problème qu’elle est censée résoudre, ni sur les causes et les implications du problème en question.

Ce cahier de Global Chance se propose d’essayer d’apporter un éclairage objectif sur un ensemble de questions soulevées par l’engouement très largement partagé qui se révèle pour ces « utopies technologiques ».

Nous y abordons plusieurs questions :

Comment tout d’abord apprécier la réalité des enjeux affichés, la dynamique temporelle d’implantation possible des technologies, leurs effets potentiellement pervers, etc.? Faisant nôtre la devise d’Auguste DetÅ“uf « Ce n’est pas au pied du mur qu’on voit le maçon, c’est en haut ! » nous tentons de mieux apprécier pour chacune des technologies étudiées, à partir d’exemples concernant l’énergie et l’environnement global, la fusion, l’hydrogène, la captation et le stockage du C02, la géothermie et le photovoltaïque, et plus marginalement la santé et l’alimentation (OGM et thérapies géniques), les conséquences physiques, économiques, sociales et environnementales d’un éventuel succès, avec une attention toute particulière pour les pays en développement.

Nous nous interrogeons ensuite sur les raisons de l’engouement général d’un certain nombre d’acteurs (hommes politiques, médias, pouvoirs publics, communauté scientifique, industriels, organisations professionnelles et citoyens).

Trouve-t-on des caractéristiques communes à l’engouement pour ces différentes technologies (la fascination devant la science, le besoin de rêve, etc.) ? Devons-nous suivre Philippe Roqueplo quand il nous dit que « ce qui oriente concrètement le développement technique et scientifique n’est pas sa fécondité mesurée raisonnablement et collectivement par l’ensemble du corps social, mais mesurée ponctuellement par des chefs de guerre inéluctablement en lutte les uns contre les autres et se condamnant les uns les autres à transformer cette fécondité des sciences et des techniques en une fabrique d’armes pour dominer chacun ce champ de bataille que l’on nomme marché » ? Ou ceux qui défendent ces utopies au nom de la mobilisation qu’engendrent « les grands projets » et de leurs retombées bénéfiques, ou de la nécessité de proposer des rêves à l’imagination des hommes dans un temps où les utopies idéologiques ont du plomb dans l’aile ? Ou encore ceux qui balayent toutes les objections en jetant l’anathème du passéisme sur tous ceux qui auraient l’outrecuidance de poser des questions sur la finalité du progrès technique ?

Quelles sont les motivations ou les intérêts des différents acteurs de la société dans la promotion de ces utopies ?

Pour clore ce numéro, devant les risques de dérive constatés, Global Chance a réuni des personnalités d’horizons et de préoccupations diverses qui s’interrogent sur les moyens de lutte et de contrôle à mettre en place pour éviter de faire fausse route et d’entraîner l’humanité sur des pistes irréversibles, sans pour autant récuser les avancées scientifiques et techniques.

Benjamin Dessus, février 2005

Les fiches de ce dossier ont été publiées dans le numéro 20 des Cahiers de Global Chance, en février 25.

Appel à la raison pour une solidarité planétaire

Paru dans « Libération » du 23 juin 1992

Scientifiques et intellectuels impliqués dans la réflexion et l’action pour un développement durable, nous nous élevons tout autant contre les comportements d’extrémisme écologique qui sacrifient l’homme à la nature que contre les comportements d’impérialisme scientifique qui prétendent sauver l’humanité par la science seule.

La démarche des scientifiques qui ont publié, à la veille du sommet de Rio, une déclaration connue sous le nom d’Appel d’Heidelberg, relève de cette seconde approche. Le message est clair: faisons pleine confiance à la science et à l’industrie pour résoudre l’ensemble des problèmes, évitons de les brider. En attaquant « une idéologie irrationnelle qui s’oppose au progrès scientifique et industriel et qui nuit au développement économique et social », les signataires jettent indistinctement la suspicion sur tous ceux qui s’interrogent sur le progrès technique et ses conséquences.

Au nom de la raison, nous refusons autant l’irrationalité écologique qu’ils condamnent que l’intégrisme scientifique qu’ils proposent. Nous affirmons au contraire la nécessité de prendre pleinement en compte l’ensemble des critères culturels, éthiques, scientifiques et esthétiques pour engager le monde dans la voie d’un développement équitable et durable.

La démarche scientifique a largement contribué à attirer l’attention sur les menaces globales pour l’environnement auxquelles l’humanité se trouve confrontée et à la prise de conscience des indispensables solidarités à développer pour les surmonter.

Mais aujourd’hui, l’urgence est à l’action ; les techniques qui permettraient un développement plus juste et respectueux de l’environnement, à commencer par la réduction des gaspillages d’énergie et de matières premières par le Nord existent pour la plupart; Il faut les adopter. D’autres sont à inventer.

Les percées scientifiques et techniques sont certes nécessaires. Mais ce dont l’humanité a le plus urgent besoin, c’est bien d’une volonté de solidarité planétaire au service de quelques objectifs clairs: faire reculer la pauvreté dans le monde et promouvoir un développement diversifié et durable des sociétés humaines dans le respect de l’environnement. C’est ainsi que le progrès technique, démocratiquement débattu et maîtrisé, permettra à l’humanité de faire face aux menaces globales que les scientifiques ont mis en évidence en cette fin de siècle.

Global Chance, Groupe de Vézelay

Sommaire

De quoi s’agit-il ?

La civilisation hydrogène : mythe ou réalité ? Benjamin Dessus, Global Chance

Com’, ou information scientifique ? Le cas d’ITER, Jacques Treiner, Université Pierre et Marie Curie

Problèmes d’effet de serre, réponses des sciences de la terre, Jacques Varet, Association 4D

Nucléaire de quatrième génération : l’utopie comme stratégie de survie, Yves Marignac, Wise Paris

Les limites de l’utopie photovoltaïque décentralisée pour les PED, Bernard Devin et Edgar Blaustein, Global Chance

Un triporteur à hydrogène pour sauver la planète du réchauffement ?, Michel Colombier, Global Chance

Pourquoi un tel engouement

D’une confiance aveugle en la technologie à la nécessité d’une science en conscience, Christine Zelem, Certop

Scientifiques, journalistes, citoyens : un jeu de rôle aux règles confuses, Dominique Chouchan, journaliste scientifique

Traquer l’Utopie, Bernard Devin

Comment réagir ?

Débat entre Marie Blandin (Sénatrice), Jacques Testart (chercheur à l’INSERM, membre de Science citoyenne), Guillaume Duval (journaliste à Alternatives économiques), Yves Marignac (Wise Paris). Animation Benjamin Dessus (Global Chance)

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