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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Des ruraux inventent de nouvelles solidarités : initiatives locales de militants du CMR, Chrétiens dans le monde rural

Réalisé par le CMR, Chrétiens dans le monde rural

06 / 2001

En réponse à une mondialisation qui manque d’humanité, nombre d’initiatives associatives tentent de construire de nouveaux modes de vie locaux, où la solidarité remplace la concurrence, où le dialogue prime la rentabilité.

De Seattle à Porto Alegre, les mouvements anti-mondialisation s’expriment médiatiquement par la nécessaire contestation de masse des institutions internationales non démocratiques. A l’ombre des projecteurs, cette contestation s’incarne dans une myriade de petites actions qui, par leur modestie même, montrent qu’un autre monde est concrètement possible.

Le monde rural est sans doute le plus immédiatement propice à l’éclosion de ces expériences solidaires qui protègent l’environnement et créent des structures « à taille humaine », loin des grands ensembles et de leur anonymat.

Ces expressions citoyennes prennent les formes les plus variées qui soient : animer des lieux d’échanges avec les citadins, créer des emplois grâce au recyclage des déchets, rendre cohérents logement social et entretien du patrimoine rural, créer une coopérative laitière biologique ou une coopérative de matériel agricole, construire une station d’épuration en roseau et non en béton dans une commune à petit budget…

En retour, ces innovations techniques, économiques et sociales ne sont jamais loin d’une réflexion sur la mondialisation. La mise en place d’une cantine scolaire indépendante ne se fera pas sans lutter contre les grands groupes de l’agroalimentaire qui se partagent le marché de la restauration collective ; un lieu d’accueil et de découverte d’une région deviendra vite un lieu de débat sur les OGM ou le réchauffement climatique ; la culture collective d’un champ de pommes de terre donnera lieu à une grande fête autour de la récolte, mais aussi à de beaux gestes de solidarité avec des Indiens du Guatemala qui se relèvent de trente ans de guerre…

Le monde entier est là, à portée de main.

Le programme « Agriculture paysanne, sociétés et mondialisation » (APM) de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’Homme (FPH) a engagé depuis plus de 10 ans (1989 à 2002) une réflexion sur la contribution de ces initiatives locales à une mondialisation des valeurs de solidarité. Un réseau s’est bâti autour de mouvements paysans, d’associations et d’experts sur les quatre continents, en vue d’élaborer des stratégies collectives pour mieux aborder, dans le cadre de la mondialisation, certaines échéances internationales.

Dans le même temps, le programme APM favorise les échanges d’expériences et, à ce titre, a trouvé dans les équipes locales du CMR (mouvement des Chrétiens dans le monde rural) une pépinière d’initiatives à la fois variées et cohérentes, sur l’ensemble du territoire français.

Les fiches de ce dossier donnent une idée de la diversité des actions que peuvent mener des petits groupes de ruraux engagés localement, à partir d’une réflexion sur la solidarité et la dignité humaine.

Anne-Sophie Boisgallais, CMR

Présentation de la démarche

De septembre 1998 à mai 2000, le mouvement Chrétiens dans le Monde Rural (CMR) a décidé d’analyser la situation du monde rural en France, afin d’apporter un soutien et une aide concrète à tous ceux qui vivent sur ces espaces.

De libres expressions des membres du CMR ont été recueillies dans les départements pour établir un diagnostic de leur territoire. L’ensemble de ces consultations a contribué à préciser tant les fragilités que les atouts du monde rural et à faire émerger les attentes des habitants.

Parmi les fragilités soulignées, on constate tout d’abord la transformation et l’éclatement de l’espace rural liés à l’évolution agricole et aux conséquences de l’aménagement du territoire.

Des populations désormais très diversifiées (ruraux, citadins, néo-ruraux, vacanciers…) cohabitent et la situation sociale de chacun (actifs, chômeurs, personnes en situation précaire…) donne lieu à des relations et des échanges spécifiques. La montée de l’individualisme et le désengagement collectif se traduisent par l’absence de projets citoyens et la mise à l’épreuve de la cohésion des territoires ruraux.

L’uniformisation des modes de vie entre ruraux et urbains rend difficile le maintien de la culture et des valeurs rurales.

En contrepartie, des atouts permettent de développer une qualité de vie et une économie solidaire : la vie associative, au-delà de la création de lien social, permet de répondre aux attentes et aux besoins de la population. Personnes âgées, personnes en difficulté, adolescents peuvent ainsi se retrouver pour échanger, se divertir, apprendre…

L’attente première exprimée vis-à-vis du CMR est celle d’un lieu de dialogue, de réflexion et de propositions qui prenne en considération l’homme à travers l’évolution du milieu rural, avec le souci d’analyser et de comprendre, afin de pouvoir agir.

Le mouvement doit veiller à ce que le territoire rural permette à chacun de vivre pleinement, de trouver sa place, son utilité sociale et de donner un sens à sa vie.

Les remontées de cette consultation ont donné lieu à une analyse collective lors de l’université d’été du CMR à Issoudun. De cette recherche, sont apparus les défis posés au monde rural, à partir desquels le mouvement veut s’engager pour bâtir un avenir solidaire. Cette confrontation a permis de dégager six champs d’actions prioritaires :

  • partager avec le monde rural la recherche du sens de la vie,

  • contribuer à l’émergence de projets citoyens,

  • articuler économie et solidarité pour lutter contre la précarité et l’exclusion,

  • habiter autrement l’espace rural,

  • oser prendre la parole, être porte parole,

  • devenir partenaire avec les jeunes générations.

Suite à l’université d’Issoudun, un travail de validation a été engagé auprès des membres des équipes locales. Ce travail a été effectué à partir d’un questionnaire reprenant chacun des défis pour lesquels les équipes s’exprimaient en trois points :

  • En quoi partagent-elles ces priorités ?

  • Exemples concrets (individuels ou collectifs) de faits de vie ou d’initiatives qui répondent à ces enjeux ;

  • Réflexions, actions ou projets en cours dans leur équipe.

L’ensemble de ces expressions, enrichi par les différentes démarches de consultation et validé par le conseil d’administration, a permis l’élaboration de la charte « CMR 2000 » proclamée lors du congrès national en mai 2000.

Sur cet espace de vie spécifique qu’est le milieu rural, la démarche entreprise par les membres du CMR aboutit à la définition d’engagements collectifs et individuels pour réaliser une ambition :

« Nous, hommes et femmes, engagés en CMR, habitants au quotidien du monde rural,

Citoyens engagés dans ce monde rural dans la vie associative, syndicale, politique,

Chrétiens partageant en équipe notre vie et nos espoirs pour un monde plus solidaire,

Avec tous ceux qui partagent notre conception d’un développement contré sur l’homme, nous nous engageons à être porteurs d’initiatives pour relever ensemble les défis d’aujourd’hui :

  • habiter autrement l’espace rural en étant partenaire des jeunes générations,

  • favoriser l’émergence de projets citoyens en articulant économie et solidarité,

  • partager la recherche de sens en osant une parole. »

L’ambition qu’affirme la charte se traduit par des initiatives et des engagements déjà à l’œuvre. Nous avons donc souhaité présenter des engagements concrets de ruraux que ce dossier met en lumière.

Ces défis pour le monde rural identifiés par le réseau CMR, ne sont naturellement pas cloisonnés, mais au contraire très cohérents et interpénétrés. Les fiches sont donc regroupées autour des trois thématiques dominantes sans qu’il y ait d’exclusive entre ces défis.

Habiter autrement l’espace rural en étant partenaire des jeunes générations

Afin d’habiter autrement l’espace rural, il faut inventer un « mieux vivre ensemble » dans la diversité, dans un espace qui reste source de qualité de vie, pour soutenir la vocation économique de nos territoires et favoriser l’accueil, le partage et le dialogue des cultures.

Le soutien de la vocation économique d’un territoire peut prendre différentes formes.

Des initiatives professionnelles peuvent créer du lien social, favoriser la transmission des savoirs et développer une nouvelle culture rurale enrichie des valeurs de chacun. Dans la fiche « Quand la confection de pain biologique transforme le rapport au travail » où un boulanger biologique met en œuvre une nouvelle façon de travailler, la concurrence cède la place à un réseau fondé sur des rapports humains plus sains et permet de plus l’installation de jeunes. Dans un autre domaine, BIOLAIT, un groupement de producteurs de lait biologique opte pour le développement durable, ce qui suppose un effort économique important qui doit être reconnu (fiche « Biolait, une laiterie coopérative").

S’impliquer dans le développement local pour un aménagement du territoire qui contribue à une qualité de vie partagée, exige de croire au potentiel économique de cet espace de vie. En réhabilitant un bâtiment en gîte rural pour faire découvrir le pays de Nied en Moselle, un couple exprime son engagement dans la valorisation de son patrimoine local avec un projet porteur de sens pour l’ensemble de la population du village. (fiche « Le gîte rural, un moyen de valoriser le patrimoine local")

Une nouvelle culture rurale doit être enrichie des valeurs de chacun : des personnes aux compétences professionnelles complémentaires créent « Liganum, le lieu du lien, un espace d’accueil en montagne » pour enfants, adolescents et handicapés. Dans le même esprit, dans le Pas de Calais, trois couples font vivre une maison d’accueil pour dynamiser le monde rural autour de cinq pôles d’activités : animation, formation, insertion, accueil, auto-production. (fiche « « Au carrefour des patelins », une maison d’accueil et d’animation du monde rural")

Un espace rural plus humain doit aussi permettre de vivre les moments importants de la vie au plus près de chez soi. A travers l’association « A Pithiviers, un hôpital c’est vital », un groupe de parents s’est mobilisé face à la menace de fermeture de la maternité pour le maintien d’un service public alliant qualité et proximité. On peut aussi interpeller les décideurs économiques et politiques sur une alternative aux stations d’épuration pour les petites communes quand la décision générale ne répond pas au mieux à l’aménagement de l’espace et du paysage. C’est « Le roseau contre le béton ».

Des réorganisations en rural peuvent avoir des effets très négatifs sur l’économie : c’est pourquoi, les ruraux refusent de subir les effets de la mondialisation qui va à l’encontre du développement des économies locales. « De la mondialisation à la privatisation des cantines scolaires » montre comment des personnes s’interrogent sur la restauration scolaire et l’intégration des OGM dans l’alimentation. Se mobiliser pour la création d’une halte garderie permet également de renforcer la cohésion sociale, territoriale et respecte les équilibres familiaux (fiche « Les indispensables haltes-garderies de nos campagnes").

Pour habiter l’espace rural autrement, avoir à cœur de renforcer les liens entre générations, inviter les jeunes à prendre leur place dans les lieux où se décide leur avenir sont également des attentions nécessaires. C’est pourquoi, le CMR des Vosges a voulu dynamiser son approche des jeunes à l’aide d’un document vidéo qui invite au débat « 25-40 ans, une vie pleine de sens ».

Favoriser l’émergence de projets citoyens en articulant économie et solidarité

Pour contribuer à l’émergence de projets citoyens dans le monde rural, le CMR mise avant tout sur la construction de projets collectifs. Cet engagement nous conduit à refuser de laisser des minorités au bord du chemin, à favoriser une intercommunalité qui permette le développement économique et l’exercice de la démocratie, et à être acteurs du développement solidaire du local à l’international.

Lutter contre l’exclusion sociale en milieu rural, c’est par exemple cultiver une parcelle de blé pour faire du pain pour les restos du cœur. Ailleurs, une association de lutte contre le gaspillage permet d’articuler économie et solidarité en assurant le recyclage. Cette activité créatrice d’emploi est une opportunité pour l’insertion de personnes en situation précaire. (fiche « Matière à recycler, manière d’insérer")

Dans la fiche « Veiller au bien-être des jeunes, des personnes âgées et de l’environnement", une association populaire familiale et syndicale agit au profit des enfants et des personnes âgées. Elle éveille les consciences citoyennes en dénonçant, par exemple, le déversement sauvage de carburant.

Une maison des CUMA, conçue comme un réseau d’intégration des jeunes agriculteurs, a également permis la création d’un emploi à plein temps.

Le CMR veut promouvoir les actions qui permettent aux plus pauvres de prendre en charge leur avenir. Le réseau d’échanges réciproques de savoirs est une association où chacun vient proposer un savoir et en apprendre un autre. Son objectif est de reconnaître les individus et de tisser des liens. Dépasser les divergences syndicales a permis la création d’une association d’aide aux agriculteurs en difficulté dans le Rhône. « Aid’agri » joue un rôle de prévention mais surtout accompagne techniquement et moralement les professionnels en détresse.

Certaines initiatives choisissent de créer des liens entre des personnes d’horizons et de cultures différentes : la fiche « Des vacances pour les familles défavorisées » détaille les difficultés de plusieurs couples en équipe CMR qui ont créé un camping social pour l’accueil de familles défavorisées en vacances. De même, pour articuler économie et solidarité et créer des liens entre ruraux et urbains, un groupe ATTAC s’est constitué dans le Pas de Calais.

Une association de famille active pour l’emploi des jeunes a organisé un réseau local de mise en relation employeurs-demandeurs d’emploi. D’autres initiatives telles que la création de logements sociaux en intercommunalité contribuent à une vision citoyenne de la solidarité. L’intercommunalité c’est en effet « faire ensemble ce qu’on ne peut pas faire seul ! », et c’est aussi un choix de développement économique et solidaire en région toulousaine.

Prendre part aux débats dans les lieux où se prennent les décisions qui les concernent est un engagement citoyen en cohérence avec l’esprit CMR : conseil municipal, comités des fêtes, conseil pastoral ; action syndicale pour lutter en faveur de la création d’emploi et non pour défendre des intérêts particuliers. Quand on n’a pas intégré un conseil municipal, on peut aussi exercer une opposition constructive en créant un groupe d’action municipal pour l’information et la formation civique (fiche « Inform’action, l’information est un contre pouvoir").

Pour favoriser l’émergence de projets citoyens, il faut permettre au plus grand nombre de s’engager. Les semaines citoyennes ont été organisées dans le Pas de Calais pour présenter des expériences de terrain, organiser une réflexion conduisant à l’action citoyenne des habitants.

La solidarité humaine transcende les frontières : à l’heure de la retraite, certains deviennent citoyens du monde en offrant un peu de leur expérience aux chômeurs et jeunes en difficulté en France et à l’étranger (fiche « Pour un retraite active au service des autres").

Le CMR invite en effet chacun à être acteur du développement solidaire du local à l’international : à partir d’un voyage d’étude d’un groupe d’agriculteurs de l’Hérault en Amérique centrale, sont nés ouverture, partage et dialogue entre les cultures. D’autres agriculteurs, engagés dans un comité de solidarité France-Brésil, ont acheté une exploitation brésilienne pour aider le développement de l’économie locale. « L’amitié fût un préalable pour établir cette coopération décentralisée ».

Partager la recherche de sens en osant une parole

Parce que nous croyons que le spirituel est une dimension constitutive du développement humain, nous affirmons que la foi chrétienne est indissociable de la foi en l’homme. Aussi, conscients que nous ne sommes pas seuls à chercher et à donner un sens à la vie, le CMR souhaite contribuer au développement d’une culture de la solidarité, vitale pour un monde rural fraternel. La dignité de l’homme se joue dans nos choix de développement.

Etre présent aux autres est une autre dimension du mouvement CMR, elle s’illustre par de nombreuses actions qui exigent :

Les fiches de ce dossier ne représentent pas la totalité des actions des 1500 équipes du CMR, loin s’en faut. Elles montrent juste l’amplitude de la diversité des actions propulsées par la réflexion collective et le désir commun de bâtir un monde plus humain.

Jérôme Dulau, CMR

35 fiches

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