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Pauvreté économique à cause de la pauvreté écologique

L’insuffisance de ressources naturelles empêche le décollage économique local

Anju SHARMA, Anil AGARWAL, Sunita NARAIN, Achila IMCHEN

03 / 2002

Il est clair que la mondialisation en cours va laisser au bord de la route des milliards de pauvres, et ce, pendant des décennies, tant qu’ils n’auront pas la possibilité d’accéder eux aussi aux marchés nationaux et mondiaux. Ces populations marginalisées vivent dans des conditions vraiment déplorables : elles n’ont pas accès à l’eau potable, à une nourriture suffisante, aux soins de santé essentiels. Dans les pays en développement, pour presque un tiers de la population l’espérance de vie ne dépasse guère les 40 ans.

Peu de gens se rendent compte que dans une bonne partie des pays en développement, la pauvreté des campagnes est la conséquence non pas d’une soi-disant « pauvreté économique » mais de la « pauvreté écologique » , c’est-à-dire une insuffisance de ressources naturelles qui empêche le décollage économique local. D’après l’« Etat de la pauvreté rurale », un rapport publié par le Fonds international de développement agricole (FIDA), plus d’un milliard de personnes vivent dans une pauvreté absolue, et une bonne partie de ces gens habitent sur des terres dégradées. La remise en état de ces espaces sera déterminante pour relancer l’agriculture et l’élevage. Pour cela il faut une gestion appropriée des sols et de l’eau afin d’assurer une bonne production de biomasse : arbres, herbe, cultures. Malheureusement on ne s’intéresse pas beaucoup à la pauvreté écologique parce que la plupart des économistes ne comprennent pas ce que signifie gestion de l’environnement et des ressources naturelles, et la plupart des environnementalistes ne comprennent pas non plus la nature de la pauvreté.

Si les terres et les écosystèmes sont en bon état, si les gens les exploitent de manière durable, ils devraient pouvoir mener une vie saine et digne. Dans bon nombre de pays en développement, à l’instigation des pouvoirs publics ou d’organisations non gouvernementales, des projets exemplaires ont été menés à bien. Ceux-ci ont démontré qu’avec une bonne gestion des ressources naturelles, basée sur des systèmes communautaires de récolte de l’eau, on finit par obtenir une transformation radicale de l’environnement local, de l’économie locale. Ralegan Siddhi, situé dans une région très abîmée du Maharashtra, était sans doute, dans les années 1970, l’un des villages les plus pauvres de l’Inde. Aujourd’hui ce serait l’un des plus riches : plus du quart des ménages ont des revenus annuels qui atteignent 12 000 dollars.

Pour les temps qui viennent, il faudra mobiliser les populations marginalisées, accorder à ce milliard de gens des droits et des responsabilités afin qu’ils puissent se sortir de la pauvreté écologique en mettant en valeur les ressources naturelles de l’environnement et redynamiser l’activité locale. Il faut arrêter la dégradation des ressources naturelles, il faut remettre en état les ressources naturelles. Au cours du XXIème siècle, pour résoudre les problèmes de développement économique et de marginalisation, on devra impérativement trouver la bonne gouvernance, celle qui donnera aux populations locales le pouvoir de s’assumer et de se libérer de la pauvreté écologique.

Dans notre monde interdépendant, parmi tous les droits de l’Homme, il en est un d’absolument fondamental : celui pour chacun d’assurer sa survie. Le chômage et la pauvreté frappent une multitude de gens et leur imposent des privations qui sont injustifiables à la fois selon des critères moraux, juridiques et socio-économiques. Avec cette multitude qui n’a pas de travail ou qui n’a pas assez de travail, on devrait pouvoir lancer un programme massif, mondial de réhabilitation de l’environnement, de restauration des ressources naturelles d’où les pauvres tirent leur subsistance quotidienne. Cela est particulièrement vrai dans les campagnes des pays du Sud. Partout en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie, les villageois pourraient améliorer leur environnement, les écosystèmes, les pratiques culturales afin d’assurer la pérennité des communautés. Pour cela il faudra planter des arbres, refaire les pâturages, protéger les sols, récolter l’eau sur place, produire de l’énergie à petite échelle. En mettant en Ĺ“uvre un programme mondial de l’emploi orienté vers la réhabilitation de l’environnement, on arrêterait la progression de deux grandes calamités : la pauvreté, la dégradation de l’environnement.

Pour s’attaquer aux problèmes d’environnement, on doit adopter une approche intégrée qui prenne en compte le local et le mondial : l’action locale dans une perspective mondiale, l’action mondiale dans une perspective locale. L’Agenda 21 a sans doute longuement abordé les relations entre pauvreté et environnement, un problème qui concerne au plus haut point les pays pauvres. Mais au cours de la décennie qui a suivi le Sommet de la Terre à Rio, on n’a pas vraiment essayé de trouver des solutions concrètes à cette question. C’est pour cette raison que les mouvements associatifs (la société civile) impliqués dans l’action locale doivent sans tarder pouvoir intervenir dans le débat mondial. Les groupes qui militent pour l’environnement et le développement feront bénéficier les programmes mondiaux de leur expérience et, plus important encore, pèseront sur les orientations. Le processus de mondialisation en cours exige de « penser localement et d’agir mondialement » au lieu de « penser mondialement et d’agir localement » . C’est seulement ainsi que la gouvernance mondiale et ses règles et structures commenceront peut-être à prendre en compte l’intérêt des pauvres et des marginalisés.

Mots-clés

dégradation de l’environnement, mondialisation, agenda 21, lutte contre la pauvreté, gestion des ressources naturelles, économie rurale, développement local, écologie


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dossier

Environnement et pauvreté

Les Agendas 21 des villes en France

Commentaire

Ce texte constitue une bonne introduction à la série d’articles portant sur le thème « environnement et pauvreté ». L’osmose étant continue entre écosystèmes locaux et le grand tout planétaire, de plus en plus il importe à la fois d’oeuvrer à ras de terre et de renforcer en même temps les réseaux militants internationaux.

Source

Texte traduit en français par Gildas Le Bihan et publié dans la revue Notre Terre n° 8 - mars 2002

Texte d’origine en anglais publié dans le livre : AGARWAL Anil, NARAIN Sunita, SHARMA Anju, ACHILA Imchen, Global Environmental Negociations 2 - Poles Apart, Centre for Science and Environment, 2001 (INDE, New Dehli), p. 3-4, 81-86906-29-0

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