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Pour le respect du sol

Hommage à la motte de terre, oubliée de tous

T. V. JAYAN

10 / 2005

L’humble motte de terre, rouge, brune, noire, jaune, sableuse, argileuse ou alluviale, porte sur ses épaules une lourde charge : continuer à faire battre le cœur de l’Inde. Et pourtant son histoire n’apparaît pas dans les Grandes Heures du pays né voici cinquante-six ans. On peut trouver cela choquant, mais il n’y a pas de quoi être surpris.

Après tout, qu’est-ce qu’une motte de terre ? Elle influence sans doute nos vies plus sûrement qu’une guerre ou qu’un MacDo. Mais on fait comme si elle n’existait pas, tant son influence sur nous reste discrète et cachée. Tous les jours nous avons affaire à elle, mais nous gardons nos distances. La motte est une variable écologique petite et grande à la fois, un maillon essentiel dans les relations entre l’homme et la nature. Elle génère des équations complexes qui jouent sur la vie et la santé. Elle soulève des questions d’équité, des problèmes de haute politique, mais elle échappe à tous nos calculs. Comment caractériser cette chose mystérieuse finalement ?

Imaginons le nombre d’usages et de servitudes, le tout emmêlé, que la motte supporte sans broncher ! La charrue passe et repasse dessus. Elle fait l’objet de maintes stratégies, elle fait vivre de petits paysans, et de gros cultivateurs en tirent de gros sous. On a construit des canaux d’irrigation qui lui laissent les pieds dans l’eau. L’homme a mis au point des rotavateurs et toutes sortes de mécaniques pour la raboter et lui donner une forme appropriée. Il l’imprègne de pesticides et d’engrais pour la requinquer. Puis viennent les récoltes qui la bousculent.

La motte n’empêche pas les pommes de terre de pousser dans ses entrailles ni le riz de prospérer sur son dos. Elle accepte même d’ancrer la longue tige du tournesol qui poursuit le soleil. Elle donne à manger aux chèvres comme aux gens des villes. Elle fait prospérer les marchés et les intermédiaires, elle fait prendre du poids aux grands chefs et aux exportateurs. Elle donne de l’importance aux commerçants, elle donne des itinéraires aux camionneurs, elle donne aux douaniers et à leurs tarifs de bonnes raisons d’exister.

La Bourse réagit aux aléas de la motte, et c’est la même chose pour ce qu’on appelle le produit intérieur brut. Ce n’est pas elle qui pousse l’agriculteur au suicide mais c’est elle qui, directement et indirectement, justifie à Delhi l’existence des ministères de l’agriculture, du pétrole et du gaz naturel, des ressources en eau, du commerce, de l’alimentation et de la consommation, de l’industrie, du développement rural, et enfin et tout naturellement de l’environnement et des forêts.

Avec une étonnante facilité de caractère, la motte a accepté tout ce que les diverses Commissions du Plan ont élaboré pour elle. Aujourd’hui encore, benoîtement, elle laisse notre Gouvernement central concocter des choses incroyables pour notre avenir.

Si la motte perdait toutes ses forces, nous serions dans de beaux draps !

Mots-clés

mise en valeur du sol, dégradation des sols, politique agricole

dossier

Environnement et pauvreté

Commentaire

Si la motte de terre perdait ses forces, nous serions dans de beaux draps ! C’est bien là, exprimé au plus court, l’objet du débat.

Source

Texte traduit en français par Gildas Le Bihan et publié dans la revue Notre Terre n°11 - avril 2003

Texte d’origine en anglais publié dans la revue Down To Earth : JAYAN T.V., Down To Earth vol. 11 n°17, Center for Science and Environment, janvier 2003 (INDE), p.29

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