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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Prise de conscience au Nord et au Sud

Un partage équitable des ressources mondiales implique de concevoir des modes de consommation durable

Anju SHARMA, Anil AGARWAL, Sunita NARAIN, Achila IMCHEN

03 / 2002

La société civile dans les pays du Sud

La société civile a un rôle essentiel à jouer pour cette transformation. Dans les pays occidentaux elle représente une force tandis que dans les pays du Sud, même si la démocratie élective semble y être de plus en plus acceptée comme principe de gouvernement, elle commence tout juste sa croissance. Pour l’heure les mouvements citoyens des pays du Sud ne participent que de façon très marginale aux nouvelles structures mondiales pour la gouvernance de l’économie et de l’environnement. La conséquence de cela c’est que les programmes d’action mondiaux négligent bon nombre des problèmes environnementaux des pays du Sud : dégradation des sols, désertification, et les droits des pauvres sur l’environnement afin qu’ils puissent assurer leur survie.

Les mouvements écologiques des pays occidentaux essaient de représenter les intérêts de toute l’humanité, mais ils se cantonnent généralement à des programmes où prédominent des objectifs de conservation de la faune et de la flore. Il n’y a pas lieu de s’en étonner, étant donné les niveaux de développement économique atteints par ces pays. Très peu de représentants de la société civile des pays du Sud sont intervenus dans le débat sur le changement climatique, qui constitue pourtant un problème écologique majeur. Le principe d’un partage équitable des droits sur l’atmosphère a été largement accepté, mais les possibilités d’intervention des groupes écologistes des pays du Sud dans les processus de négociation sont restés très limitées. Cela coûte cher et le pays d’origine ne peut fournir qu’un appui limité. Et peu de donateurs occidentaux acceptent de faire un effort soutenu pour favoriser une telle participation. Il faut bien constater que là où la société civile est tout juste en train d’émerger, là où elle reste faible, de puissants lobbies vont pouvoir plus facilement influencer le gouvernement, notamment dans la sphère économique. Et les choses ne vont pas s’améliorer avec la croissance économique. Il ne faut pas s’étonner que les négociations de l’Organisation mondiale du commerce soient devenues beaucoup plus importantes que les négociations internationales pour la protection de l’environnement.

Il faut mettre en place un cadre approprié pour faciliter l’adoption de nouvelles technologies à la fois respectueuses de l’environnement et équitables. Il faut créer un système qui pénalise les modèles de développement nocifs. Sous l’effet du boom économique de l’Asie dans les années 1980, certains pays de la région sont maintenant parmi les plus pollués de la planète. Aujourd’hui les responsables gouvernementaux ont le fervent espoir que la mondialisation leur apportera la prospérité économique. Mais il sont peu nombreux à comprendre que le modèle économique occidental est très consommateur d’énergie, très technique et finalement très toxique. Avec la forte croissance économique de l’après-guerre, des villes comme Tokyo ou Los Angeles ont été rapidement confrontées à d’énormes problèmes de pollution de l’air et de l’eau. Les sociétés occidentales ont tiré les leçons de leurs erreurs et ont adopté un comportement plus discipliné vis-à-vis de l’environnement, et elles ont réalisé d’assez gros investissements dans des technologies plus propres. Mais la bataille est encore loin d’être gagnée. L’activité économique fait toujours entrer d’énormes quantités d’éléments toxiques dans l’écosystème planétaire. Les cycles du carbone et de l’azote sont perturbés et cela n’est pas bon pour l’avenir de l’humanité. Or la croissance économique à l’occidentale entraîne dans son sillage une partie sans cesse croissante de la population mondiale. Qu’en sera-t-il des grands équilibres écologiques de la planète ?

Pour créer des richesses, les acteurs économiques vont accroître leur pression sur l’environnement naturel et produire une énorme pollution. Au cours des années 1970 et 1980, l’Asie du Sud-Est et de l’Est a connu une croissance économique sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui cette région est aussi la plus polluée de toute la planète : on respire très mal à Taipei, à Delhi, etc. Des études de la Banque mondiale nous apprennent que lorsque le produit intérieur brut de la Thaïlande doublait dans les années 1980, ses taux de pollution étaient dans la même période multipliés par dix ! Le Centre pour la science et l’environnement de Delhi a aussi réalisé une étude d’où il ressort qu’au cours des années récentes l’activité économique indienne a doublé, que la pollution d’origine industrielle a été multipliée par quatre, que la pollution automobile a été multipliée par huit. Ces tendances vont persister jusqu’à ce qu’il y ait une prise de conscience massive des dangers que cela représente pour la santé publique et l’avenir à long terme de l’humanité. Puisque c’est la généralisation du modèle technologique occidental qui est à la source d’une pollution urbaine et industrielle croissante, il faut que quelque chose de nouveau se passe à l’échelle mondiale dans le domaine technologique. Pour répondre à la fois aux impératifs du développement et de la lutte contre la pollution, les pays en développement ont besoin de technologies d’un bon rapport coûts avantages. Il faut faire preuve de hardiesse et encourager ces pays à passer d’emblée à des techniques innovantes (pile à combustion, pile solaire…) non polluantes au lieu de cheminer par les divers stades de la modernisation classique.

Et si l’on accepte de tendre vers un partage équitable des ressources mondiales, il faudra forcément concevoir des modes de consommation durables. On peut y parvenir de diverses façons :

  • Par des procédés plus performants. On apprendra à faire mieux avec moins, on développera des technologies de nouvelle génération à la fois durables et équitables.

  • En se mettant d’accord sur des « niveaux de satisfaction », c’est-à-dire des limites supérieures à la consommation en tenant compte de divers critères écologiques et éthiques pour parvenir à un peu plus d’équité et de justice sociale.

On pourrait faire aujourd’hui beaucoup de choses pour « dématérialiser » et « désénergifier » les façons de faire et d’être, sans pour autant s’imposer une baisse du niveau de vie. Mais pour favoriser les technologies appropriées innovantes, pour que les gains de performance se répandent à grande échelle, il faudra nécessairement agir par le biais des incitations fiscales. Une nouvelle technique plus efficace, plus performante peut sans doute nous aider à reculer un peu dans l’avenir le moment où nous devrons nous imposer des « niveaux de satisfaction ». Cela ne suffira pas malheureusement car si la consommation continue à croître rapidement, il faudra des gains d’efficacité énormes pour limiter l’impact écologique du développement aux niveaux actuels.

Mots-clés

société civile, coût de l’énergie, consommation responsable, écologie, pollution, consommation d’énergie


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dossier

Environnement et pauvreté

Source

Texte traduit en français par Gildas Le Bihan et publié dans la revue Notre Terre n°8 - mars 2002

Texte d’origine en anglais publié dans le livre : AGARWAL Anil, NARAIN Sunita, SHARMA Anju, IMCHEN Achila, Global Environment Negociations 2- Poles Apart. Center for Science and Environment, 2001 (INDE), p. 6-7, n° bleu 3556, ISBN 81-86906-20-0

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