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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Quand les habitants s’organisent pour défendre leur droit à vivre dans leur quartier

Denis MURAT

2002

Le Collectif Logement du 3ème est un rassemblement de militants associatifs et de demandeurs de logements sociaux. Le constat est simple : 1200 familles du 3ème arrondissement de Paris demandent un logement social et le parc HLM (Habitat à Loyer Modéré) existant est notoirement insuffisant. Notre action ne se situe pas sur un plan purement revendicatif, contrairement à d’autres associations qui agissent sur le même terrain. Bien sûr, cet aspect est fort et même fédérateur au sein de notre groupe. Cependant, la négociation avec les institutions (mairie, préfecture, bailleurs,...) est privilégiée dans notre action. Nous connaissons les habitants, nous connaissons notre arrondissement, ces institutions ont les moyens pratiques : des services techniques, des financements. Lorsqu’une réelle volonté de création de logements sociaux existe de la part des institutions, alors les relations que nous entretenons avec ces dernières nous permettent d’avoir une action plus efficace.

Un collectif, c’est en premier réunir les gens, les faire se parler, se comprendre, qu’ils prennent conscience qu’unis, ils ont plus de chance de faire “valoir leurs droits” que seuls face à une “grosse machine administrative”. L’exemple de l’îlot Saint Gilles illustre parfaitement ce principe. Les immeubles du 10, 12 et 14 rue Saint Gilles à Paris constituent ce qui est communément appelé la cour de Venise ou l’îlot Saint Gilles. Ils appartenaient au consortium de redressement d’une banque française, le Crédit Lyonnais. Une action militante avait empêché la destruction de ce lieu à proximité de la place des Vosges où une opération immobilière de luxe était prévue.

Dans le cadre de la loi Périsol (dispositif temporaire d’une durée de 5 ans qui a permis à l’Etat dans le cadre de la lutte contre l’exclusion de réquisitionner des appartements vides propriétés d’investisseurs institutionnels), ces immeubles avaient été réquisitionnés et des habitants placés dans les lieux par la préfecture. La fin de la période de réquisition approchait lorsque nous sommes allés voir pour la première fois les habitants de l’îlot Saint-Gilles pour leur parler de la vente prochaine de leurs immeubles et de la nécessité de s’unir pour ne pas être les oubliés de cette opération.

Cette première réunion a été plutôt décevante. Les habitants de la cour de Venise étaient méfiants, ils doutaient aussi de nous et de leurs chances de succès dans la reconnaissance de leurs besoins dans l’opération immobilière future : qui étions-nous ? Que voulions-nous ? Que pouvions-nous faire pour eux ? Nous sommes revenus plusieurs fois les voir, ils ont commencé à nous parler de leurs problèmes matériels : l’escalier qui s’écroule, la gouttière percée et le mur humide... Petit à petit, nous avons appris à nous connaître et lors d’une deuxième réunion, un comité de défense des habitants de l’îlot Saint-Gilles regroupant quelques familles est né. Sa première tâche a été de mobiliser les autres habitants.

Les immeubles ont été rachetés avec le concours de la ville de Paris par deux bailleurs sociaux : Alliance Immobilière et Sagéco. La demande des habitants et du Collectif Logement était que le programme ait un caractère social, voire très social. Avec l’appui de la Mairie du 3ème arrondissement, ceci a été obtenu.

Un comité de suivi de l’opération a été constitué et mis en place par le maire du 3ème arrondissement. Il comprend des membres du Collectif Logement, des membres de l’Atelier Local d’Urbanisme (autre association du 3ème arrondissement) et des habitants de l’îlot Saint-Gilles. Son but est de suivre l’ensemble de l’opération de réhabilitation, de servir d’interface entre les différents intervenants, et de défendre les intérêts des habitants.

Nous avons obtenu la signature d’une convention Etat - Ville de Paris - Bailleurs pour : le relogement, de préférence dans Paris, des occupants actuels pendant les travaux ; la possibilité pour les familles qui le souhaitent de revenir rue Saint Gilles après les travaux.

Ainsi, ce "droit au retour" que nous revendiquions est maintenant consacré dans une convention qui donne un minimum de garanties aux habitants actuels.

Certains habitants de l’îlot Saint-Gilles se sont investis énormément dans ce comité de suivi. Lors de la création des conseils de quartier, il nous est apparu naturel que le Collectif Logement en tant qu’association soit candidate et c’est une habitante de l’îlot Saint-Gilles qui nous représente au conseil de quartier Rambuteau - Francs Bourgeois (la partie “chic” de notre arrondissement). Leur intégration dans le quartier est ainsi renforcée. Les inquiétudes des habitants des environs de l’îlot sont moindres puisque par le biais des conseils de quartier, ils ont entendu s’exprimer les habitants de la cour de Venise et chacun sait que ce qui est connu fait moins peur.

Bien évidemment, nous n’échappons pas à quelques réactions hostiles de certains voisins et à la défiance de certains habitants, mais ceci reste marginal. Les liens ainsi tissés sont solides. Résisteront-ils sur toute la durée des travaux ? Ceci est en fait le principal danger. Comme tous les collectifs, nos structures sont précaires et liées aux militants qui les composent. Nos “victoires” sont tout aussi fragiles. Le programme peut à tout instant dériver du caractère social qu’il revêt pour l’instant, comme cela c’est déjà vu dans le passé. L’aspect non définitif de nos avancées doit nous inciter à la cohésion.

Collectif Logement du 3ème arrondissement de Paris - 2 rue Eugène Spuller, 75003 Paris, FRANCE - Tél. : 33 (0)1 42 74 14 45 - France - atelierlocal3 (@) free.fr

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