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Les échelles de production chez Braudel

Un rappel utile de François-Xavier Verschave

Aurore LALUCQ

04 / 2006

Les différents niveaux de production et d’échange

Pour nourrir le débat contemporain sur la mondialisation et au-delà, sur l’économie d’une façon générale, François Xavier Verschave nous rappelle, dans ce papier, la façon dont Fernand Braudel avait schématisé, catégorisé les niveaux de production et d’échange économiques. En voici une brève description :

  • On trouve tout d’abord le rez-de-chaussée. Y est confinée l’économie dite de subsistance, celle qu’ont connu les hommes pendant des millénaires et que connaissent encore certaines régions du monde. A ce niveau, les règles régissant l’économie de marché ne sont pas observables.

  • Au premier étage, dominent les formes locales de développement économique : les relations entre la campagne et la cité, les petits commerces, l’artisanat, les unités de production à tailles réduites etc... Il s’agit de l’économie de marché local. C’est ici que se sont constituées les règles de l’économie de marché.

  • Enfin à l’étage supérieur – soit au dernier étage – on trouve une économie des échanges au loin : le commerce des épices, de la soie, puis la division internationale du travail, et enfin les firmes multinationales... Respectivement facilités par le développement de la marine, du fer, de l’aviation et des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Alors qu’il doit paradoxalement son existence à la consolidation de l’étage inférieur, la dimension géographique et les volumes financiers en présence ont permis au dernier étage de s’affranchir des règles édifiées antérieurement. Cet affranchissement et cette absence de reconnaissance sont également présents dans la théorie contemporaine où : « on néglige ou on méprise leurs richesses et potentiels propres, comme leurs fonctions de contrepoids ou contre-pouvoirs ; on évacue de la pensée éducative leurs apports spécifiques (apprendre à survivre et à vivre avant de "naviguer", et toute une problématique de seuils, d’escaliers, que seule autorise une perception étagée des apprentissages sociaux ; on exclut ainsi une part croissante de la population ; on s’interdit de penser les articulations et les passages entre les niveaux que le jargon désigne par "micro" et "macro", et que la théorie réduit à des abstractions quantitatives » , résume F.X Verschave.

Niveaux et logiques politiques et sociales

A ces différents étages de l’économie correspondent des logiques politiques et sociales :

  • Au rez-de-chaussée, dominent les relations familiales, de clan, les liens spécifiques à l’économie dite informelle. Les droits politiques en sont donc absents.

  • Le premier étage, est soumis au débat public et politique, à une certaine dignité des rapports sociaux et une vérité des relations sociales.

  • Le denier étage est quant à lui régenté par un rapport de force, parfois illégal.

Tout l’enjeu pour notre auteur – ce qu’il considère être l’un des principaux défis de nos économies – réside dans le renforcement du premier étage, le seul à respecter les règles.

Une société sera alors qualifiée de dynamique, de société dilatée par la confiance ou le ballon gonflé, si son étage intermédiaire est l’étage le plus important, la société se caractérise par la domination de jeux coopératifs à sommes positives, par un rez-de-chaussée réduit et un dernier étage redistribuant ses richesses.

A l’inverse, une société sera dite oppressive, en sablier ou en ballon crevé, si l’étage intermédiaire est l’étage le plus réduit.

Les jeux y seront à somme nulle et les rapports entretenus se caractériseront par une domination de la pensée unique.

De ce bref rappel, F.X Verschave conclue que "ce n’est pas la mondialisation des échanges qui est dangereuse, c’est leur accaparement par cette société-monde qui joue à la fois des effets de taille et d’indistinction. Elle parle de marché, mais n’en est plus depuis longtemps […], c’est cette société-monde là, tendant à se poser en société-monde, que Braudel, au terme de son parcours historique, appelle le ’capitalisme’".

Mots-clés

économie, gouvernance


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dossier

Économie, société et environnement : des éléments de réflexion pour une société durable

Source

Articles et dossiers

On joue mieux avec un ballon gonflé, F.X Verschave.

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