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Origines et dynamiques de la globalisation financière

Les États à l’origine de la globalisation financière ?

Aurore LALUCQ

04 / 2006

Ce sont les investissements de portefeuille qui composent aujourd’hui la très grande majorité des mouvements de capitaux. Ce phénomène financier s’explique principalement par une série de réformes économiques aux différentes échelles de décision. Nous allons tenter d’en comprendre les logiques.

Nous l’avons vu dans une fiche précédente (1), l’importance des mouvements de capitaux ne peut à elle seule être une caractéristique de la mondialisation contemporaine, le XIX siècle ayant connu une situation relativement comparable. La différence entre ces deux périodes de mondialisation tiendrait à leurs natures et leurs évolutions. Ainsi, si en plein 19e siècle la majeure partie des capitaux était constituée d’investissement de portefeuille, la tendance fut cependant à celle d’un accroissement significatif des investissements directs à l’étranger (IDE), tant est si bien qu’en 1930, ce type de capital prédomine.

Aujourd’hui la situation semble s’être inversée puisque les IDE pourtant majoritaires dans les premières décennies de l’Après guerre, ont vu leur part décliner relativement au profit des investissements de portefeuille nouvellement caractérisés par un aspect multidevise.

La mondialisation dans sa forme contemporaine ne peut donc se singulariser uniquement par une plus grande ouverture aux mouvements de capitaux.

Sa caractéristique principale serait en effet bien plus la sophistication des produits et des opérations, et la multiplicité des innovations financières : produits dérivés, swaps, futures

L’auteur en s’appuyant sur les travaux d’Aglietta, de Bourguignat, de Brender, de Coudert et de Moutot propose donc de définir la globalisation financière comme suit : « l’émergence d’un marché financier mondial, non seulement intégré mais aussi global, caractérisé par un mouvement de décloisonnement, de déréglementation et surtout de désintermédiation, sous l’influence de risques croissants (sur les taux de change et les taux d’intérêt), et voué à répondre à des besoins internationaux de financement inédits (p501) » .

Mais quelles peuvent en être alors les origines ?

Il y a bien évidemment des causes d’ordre idéologique et doctrinaire : l’arrivée de M. Thatcher et de R. Reagan au pouvoir, la contre révolution néo-libérale au sein des universités anglo-saxonnes...

Mais également des causes macro-économiques plus profondes.

Une de ces premières causes fut l’investissement transnational, et principalement les IDE, véritables « supports de la compétition internationale (p505)». Entre 1981 et 88, leurs flux se sont en effet quatre fois plus accrus que ceux du commerce international.

Autre facteur – et sans aucun doute le principal –, l’accroissement des besoins de financement que l’auteur échelonne en quatre périodes :

  • La première, qui s’étend de 1967 au premier choc pétrolier, et se caractérise au Nord par de légers excédents face à un reste du monde déficitaire. Les flux de financement, pour la très large majorité publique, vont donc se faire dans un sens Nord-Sud ;

  • Deuxième période : de 1974 à 1982. On est alors en plein dans le séisme post-chocs pétroliers. Les pays du Nord parviennent à maintenir tant bien leurs équilibres budgétaires, alors que les pays de l’OPEP affichent de larges excédents. Le financement va prendre cette fois-ci une orientation Sud-Sud caractérisé par une intermédiation très présente, les eurobanques recyclant les pétrodollars de l’OPEP ;

  • Troisième période, s’étalant de 1983 à 1993 : ici la situation se complexifie. Les pays du Sud vont retrouver de facto un certain équilibre, ou un moindre déficit sous l’effet des politiques d’ajustements structurels. Certains pays du Nord vont quant à eux présenter des déficits vertigineux, comme les Etats-Unis, alors que d’autres tel l’Allemagne resteront excédentaires. Les flux de financement vont donc se redessiner dans une trajectoire Nord-Nord, avec une très nette inclinaison vers les Etats-Unis qui finance son déficit par l’émission de titres, et mène de ce fait une politique de dollar fort et de taux d’intérêts élevés. Pour maintenir ce financement étranger les Américains les premiers vont décider de mener une politique de 3D (décloisonnement, désintermédiation, déréglementation).

  • La période post 1994 est bien plus floue que les précédentes. Dans un premier temps, sous l’égide de B. Clinton, les déficits américains s’amoindrissent alors que ceux de certains pays du tiers monde ne cessent de se creuser. Les flux de financement reprennent alors timidement, et pour un temps seulement, la direction du Sud. La crise asiatique et la fin du mandat de B. Clinton vont en effet mettre un terme à cette dynamique : Les Etats-Unis renouent de plus belle avec les déficits et la dette de certains pays du Sud sous l’effet de la crise asiatique se contractent. Les flux reprennent donc une trajectoire Nord-Nord.

Les politiques de libéralisation financière s’expliquent donc en partie par des besoins de financement croissant au Nord notamment aux Etats-Unis. L’Outre-Atlantique a en effet très rapidement anticipé sa position prochaine de débiteur net.

Chronologiquement, 1971 signe la fin des changes fixes puisqu’une telle disposition était parfaitement intenable avec une forte mobilité des mouvements de capitaux et une politique monétaire autonome (triangle d’incompatibilité de Mundell). Or les Etats-Unis ne pouvaient faire sans une certaine liberté de circulation des capitaux pour financer leurs déficits jumeaux et ni sans une politique monétaire autonome pour conserver l’outil dollar en monnaie nationale et internationale.

L’idée fut donc d’adapter les politiques monétaires et financières étasuniennes pour attirer les capitaux étrangers seuls capables de financer le déficit américain. En 1974, pour enrayer une fuite des capitaux vers le Tiers Monde, les Etats-Unis ont levé une grande partie de leur contrôle sur ces flux.

Bon an mal an les autres pays du Nord vont être « obligés » de suivre car « la prime conférée au pays pratiquant l’ouverture financière est nécessairement payée par ceux qui pratiquent la fermeture » (Kédabidjian). Un propos néanmoins à nuancer car de nombreux pays ont choisi cette libéralisation financière sous la pression de certains groupes industriels et financiers, parce que cette politique représentait un nouveau moyen de financement de leur déficit ou encore parce qu’elle pouvait faciliter l’implantation d’usines étrangères sur leur territoire et donc la création d’emplois dans une période de chômage croissant.

Une chose est sûre les problèmes posés par cette globalisation financière viennent de son absence totale de négociation. A titre comparatif, alors que le capitalisme du XIXe siècle est souvent qualifié de sauvage, sa globalisation financière semblait bien moins incertaine et risquée. De ce déficit de négociation et de concertation aussi bien économique, financière que politique, notre globalisation contemporaine pâtira longtemps.

Mots-clés

mondialisation, intervention de l’Etat


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dossier

Économie, société et environnement : des éléments de réflexion pour une société durable

Source

Livre

NOREL Philippe, L’invention du marché, une histoire économique de la mondialisation, Paris : Editions du Seuil, février 2004

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