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Notre mondialisation n’est pas libérale…

Mais serait une conséquence du libéralisme ?

Aurore LALUCQ

04 / 2006

Tout porte à croire aujourd’hui, vu les efforts de façade déployés, que la mondialisation du capitalisme est une mondialisation fondamentalement libérale.

Cette croyance est, qui plus est, en partie renforcée par l’incroyable réussite anglo-saxonne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ayant renoué avec des taux de croissance élevés, en tout cas bien plus élevés que les pays dits de tradition étatique (la France, l’Allemagne).

Pourtant à y voir de plus près, c’est bien l’inverse qui est en train de se produire : le capitalisme mondialisé est de moins en moins libéral.

  • Ceci s’explique tout d’abord par l’importance prise par la logique de concentration : AOL-Time-Warner, Daimler-Chrysler, Vivendi universal… Plus on introduit de la concurrence plus les acteurs économiques et financiers semblent donc chercher à la contourner.

Pourquoi un tel paradoxe, alors que les syndicats patronaux sont les premiers à louer les mérites de la libre-concurrence ? Tout simplement parce que la concurrence coûte chère ! Et oui avoir recours au marché à un coût : un coût d’accès (tous les marchés ne sont pas des marchés de libre entrée), un coût lié à une asymétrie d’information entre l’offreur et le demandeur, à l’incertitude liée à la fluctuation des prix etc…

Pour certaines entreprises, la concurrence mondialisée a également pour conséquence "de multiplier les frais commerciaux pour atteindre les clients" (p34), et d’engendrer une prise de risque très élevée notamment en matière d’investissement dans la recherche et développement (toutes les entreprises d’un même secteur étant du même niveau technologique, elles vont effectuer des recherches très similaires. Cependant une seule d’entre elles rentrera dans ses frais en commercialisation la première son innovation). En conséquence, soit les entreprises sous-investissent, soit elles sur-investissent.

  • Mais il est une autre dynamique qui nous fait penser que la mondialisation est loin d’être libérale : il s’agit de la place du non marchand dans l’économie. Par exemple, au Royaume-Uni, si les dépenses publiques représentaient 37.4% du PIB brut en 2000, elles atteignent en 2004 les 43.4%. Pourquoi le pays du libéralisme concède-t-il à autant de dépenses publiques ? Entre autre, encore une fois, parce que la concurrence a un coût, notamment en matière de sécurité, de respect de la propriété privée et du droit des contrats. Qui plus est aujourd’hui, il est souvent nécessaire d’établir de nouveaux cadres juridiques en matière de "propriété intellectuelle", d’environnement, ou des suites de la complexification mouvements de fusion-acquisition.

Si l’importance du non marchand dans l’économie est à ce point peu perceptible par les populations, c’est sans nul doute parce que l’Etat n’a plus le monopole de l’intervention directe. Il a désormais régulièrement recours à des acteurs privés pour effectuer certaines de ses missions. On n’assiste donc pas à un désengagement de l’Etat mais à un désengagement de l’Etat employeur/producteur. Quoique...

Dans certains pays, ou du moins dans un pays, on observe sans nul doute un retour d’une certaine forme d’Etat providence. En effet, en Angleterre, cet accroissement de la part du non marchand dans le PIB est directement lié à la politique notamment de santé menée par Tony Blair. Vu l’état pitoyable des infrastructures sanitaires, l’homme à l’origine du Third way a mené une politique quasi volontariste de réorganisation et de rénovation des structures hospitalières et a de ce simple fait créer de nombreux postes dans le public. Après une chute vertigineuse du nombre de ses fonctionnaires dans les années 1980, l’Etat anglais en 2005 en emploie désormais autant qu’avant l’arrivée de Margaret Thatcher aux affaires.

Pour beaucoup d’analystes, la quasi absence de chômage en Angleterre s’explique notamment par l’importance des recrutements publics ses dernières années (contrairement aux Etats-Unis qui, avec des taux de croissance trimestriels pouvant atteindre les 6%, ne parviennent pas à se défaire de son chômage). Depuis 1997, 45% des créations de postes se sont en effet faites dans le public. En comparaison, sur cette même période, la Grande Bretagne a engagé 861 000 fonctionnaires contre 300 000 pour la France. Pour autant, le Royaume-Uni ne tourne pas le dos au néo-libéralisme. En 2006, le Royal Mail sera bien privatisé. De même, malgré les sommes astronomiques versées aux compagnies ferroviaires privées et l’état d’obsolescence du fer anglais, aucune nationalisation n’est à l’ordre du jour.

Mots-clés

mondialisation, conséquences de la mondialisation, intervention de l’Etat, concurrence commerciale


, , Royaume-Uni

dossier

Économie, société et environnement : des éléments de réflexion pour une société durable

Source

Articles et dossiers

DUVAL Guillaume, Un capitalisme pas très libéral. Alternatives économiques, HS 65, 3e trimestre 2005, p34.

CLERC Denis, Le vrai-faux miracle britannique. Alternatives économiques n°238, avril 2005, p11.

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