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Une des caractéristiques de la mondialisation : la transnationalisation

Les mutations du capitalisme et ses conséquences sur les firmes : évolutions organisationnelles et stratégiques des firmes

Aurore LALUCQ

04 / 2006

Les théories classiques du commerce international sont aujourd’hui plus que jamais inappropriées quand il s’agit de décrire la réalité de l’économie mondiale. Comment en effet rendre compte des dynamiques de transnationalisation des firmes avec des théories qui découpent et réunissent sous le seul sigle « Etat » des activités économiques hétérogènes, trans ou inter-nationales ? Car qui peut réduire cette entité politique, militaire, institutionnelle à la complexité des dynamiques économiques alors qu’aujourd’hui même le commerce international intra firme explose.

A l’inverse, il ne s’agirait pas pour autant de nier le rôle de l’Etat dans l’économie, en tant que producteur, législateur, régulateur, investisseur mais aussi représentant d’une économie nationale.

Cette relation entre l’Etat et l’économie est donc d’autant plus ambiguë qu’elle est aujourd’hui rendue encore plus complexe « par une déconnexion croissante entre l’espace économique (l’espace des firmes) et l’espace politique (essentiellement, encore, l’espace national) » (p463).

Ce phénomène se double qui plus est d’une réelle difficulté d’analyse des dynamiques et des évolutions structurelles des marchés puisque les économistes semblent uniquement se concentrer aujourd’hui sur les conséquences d’un accroissement exponentiel de ces mouvements de fusion-acquisition et d’oligopolisation sur la concurrence.

Pour tenter de comprendre ces nouvelles dynamiques économiques mondiales l’auteur se propose de nous rappeler les principales étapes de l’évolution organisationnelle et structurelle des firmes.

Mutations structurelles des firmes

L’après guerre se caractérise par la prédominance d’oligopoles nationaux, les débouchés étant essentiellement eux aussi nationaux. A cette période, les trois plus gros constructeurs automobiles américains détiennent par exemple à eux seuls 95% du marché américain.

Dans les années 1950 apparaissent les premières FMN (firmes multinationales). A ce stade de développement, l’auteur les qualifie de firmes primaires dont les stratégies répondent pour l’essentiel aux logiques d’approvisionnement par des processus d’intégration verticale. L’entreprise investit là où sont les matières premières, la où il y a du bauxite, du minerai de fer, du cacao, du café…

Puis, dans les années 1960, vont fleurir les firmes dites « multidomestiques » . Il s’agit ici de l’implantation de filiales relais relativement autonomes à l’étranger pour répondre ou créer une demande locale. C’est par exemple Ford qui s’implante en France.

Mais une toute autre logique s’empare des années 1970 puisque la crise du fordisme est imminente et que les entreprises n’ont pour autre choix que la rationalisation des coûts de production. Les filiales deviennent alors bien plus des ateliers que des relais et la division internationale du processus productif s’apprête à battre son plein. La vraie firme multinationale apparaît alors.

Mais à partir des années 1980-90, s’en est finit d’elle. Il faut désormais parler de firmes globales, véritables réseaux de firmes dont les stratégies se complexifient. On peut en déterminer deux grandes familles : celles fondées sur la flexibilité et celles fondées sur l’innovation. Les entreprises vont donc progressivement abandonner les stratégies conglomérales au profit de « réseaux productifs transterritoriaux plus cohérents » (p467). La tendance aujourd’hui est donc à celle des oligopoles mondiaux en réseaux.

Pour comprendre cette évolution, il faut intégrer à notre analyse l’évolution du système économique en lui-même, et précisément le passage d’un système économique fordiste à un système postfordiste ou néofordiste suivant les stratégies retenues.

L’évolution des modes de consommation, l’intensification de la concurrence, le développement des stratégies d’innovation, et les réformes financières sont en effet venues à bout du fordisme, déjà bien mis à mal par la régression progressive de sa productivité. Les débouchés sont plus volatils, la durée de vie des produits se rétrécit et en conséquence l’incertitude pesant sur les entreprises grossit.

En s’appuyant sur les études de Moatti, Philippe Norel explique que deux nouvelles logiques de production vont apparaître en réponse à ces bouleversements :

  • La première fondée sur une flexibilisation du fordisme, que l’on nommera le néofordisme. Il s’agit ici de lever certaines rigidités du travail, en s’appuyant sur des réorganisations structurelles, des externalisations, et une flexibilisation du travail le tout dans une logique qui reste proche du fordisme car ambitionnant de minimiser les coûts de production.

  • Et la seconde, le postfordisme qui répond à une logique de division cognitive du travail. Ici, les entreprises en tenant compte des avancées techniques et de leur caractère cumulatif, vont tenter d’axer leur concurrence non pas uniquement sur une minimisation des coûts de production mais sur « la mise ne place d’un processus d’apprentissage individuels et organisationnels » . (p469)

Ces deux logiques bien différentes, vont être à l’origine de deux types de firmes, respectivement les « firmes transactionnelles » et les « firmes cognitives». La première fait bien évidemment référence à la théorie des coûts de transaction qui stipule qu’une entreprise internalisera une activité si cela lui revient moins cher que de faire appel au marché. En se fondant sur ce modèle, on en déduit alors que ce type de firme à l’échelle mondiale va en permanence arbitrer entre stratégie d’exportation et d’IDE. Alors que la seconde fondera son profit sur son capital cognitif, sa capacité d’innovation et les monopoles temporaires qu’ils lui procureront.

Echeveau des relations industrielles et spatiales

Toutes ces évolutions organisationnelles vont bien entendu avoir un impact sur les structurations spatiales : Ces concentrations, Ces spécialisations géographiques - fondées bien plus souvent sur des activités scientifiques/technologiques qu’économiques - mais aussi cette combinaison des logiques post et néofordiennes vont structurer l’espace. Ainsi la production de l’Airbus A380 a été délocalisée dans des pays à bas salaires d’Europe de l’Est et orientale tandis que le site toulousain constitue un pôle cognitif toujours plus attractif pour les entreprises étrangères notamment étasuniennes et britanniques.

La régulation

En matière de régulation aussi les choses vont évoluer. L’Etat et l’économie ont toujours eu une relation donnant-donnant puisque d’une part l’Etat a besoin d’une économie prolifique pour assurer sa puissance et asseoir sa légitimité ; et de leur côté les structures économiques nationales requièrent souvent l’aide étatique que ce soit à l’échelle nationale ou internationale.

Mais aujourd’hui avec la transnationalisation des firmes, l’Etat perd de fait certains de ses pouvoirs de régulation et de souveraineté. Dans un premier temps, les Etats et les firmes sont alors entrés dans une logique de confrontation alors que désormais les stratégies des Etats reposent sur l’attractivité, qui peut être législative, fiscale, infrastructurelle etc…

Pour autant il ne s’agit pas d’un simple processus de déréglementation, Philippe Norel préférant en effet parler d’un processus de complexification des pratiques institutionnelles et organisationnelles, d’une « configuration enchevêtrée » (p.481) pour reprendre l’expression de R. Boyer :

  • car par exemple si en France on assiste bel et bien à un processus de décentralisation voire même de déconcentration, la construction européenne et sa réglementation en parallèle progressent toujours un peu plus ;

  • mais aussi parce que les oligopoles nationaux disparaissent progressivement ;

  • ensuite en raison du développement d’une « économie d’archipel »  ;

  • et enfin de par la « multiplication des échelles d’intervention » et des acteurs collectifs (p475).

Mots-clés

mondialisation, conséquences de la mondialisation, entreprise, entreprise en réseau, logique d’entreprise, régulation des marchés, régulation du commerce international


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dossier

Économie, société et environnement : des éléments de réflexion pour une société durable

Source

Livre

NOREL Philippe, L’invention du marché, une histoire économique de la mondialisation, Paris : Editions du Seuil, février 2004

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