español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Ressources pour la production de connaissances

La cartographie des processus d’articulation citoyenne

Gerardo ALATORRE, Rosa Delia CAUDILLO FELIX

08 / 2006

Le GES a créé les bases d’un outil qui permet la visibilité et l’appropriation collective des savoirs en réseaux, donnant ainsi plus de validité et de force à la gestion citoyenne dans les nouveaux espaces et codes de la politique publique locale, régionale et globale.

Hypothèses de départ

1.Il y a au Mexique tout un éventail de luttes, mouvements, réseaux. Et il y a des processus d’articulation multi-acteurs, des « dynamiques de réseau » qui ne se conçoivent pas forcément elles-mêmes comme des réseaux, mais où l’on peut trouver la participation d’organisations sociales, d’ONG ou réseaux d’ONG, des fondations et des organisations internationales, des entrepreneurs, des travailleurs de la communication,…

2.Il y a aussi des phénomènes de désorganisation, liés aux processus de transition politique, de réaménagement des acteurs, de participation de leaders des organisations citoyennes dans les appareils de gouvernement.

3.Il vaut la peine de pousser les mouvements, les organisations, les réseaux à créer des espaces d’auto-diagnostic dans un esprit politico-pédagogique, c’est-à-dire des processus de réflexion et d’auto apprentissage sur les formes d’action, d’organisation au niveau interne et externe, et d’influence des politiques publiques.

4.Dans chaque dynamique de réseau, il existe en général un certain groupe (formel ou informel), appartenant à une organisation particulière ou constitué par des personnes des différentes organisations qui ont pour rôle de faciliter l’auto diagnostic et de servir de catalyseur dans ces espaces d’auto diagnostic (et qui en font des processus de recherche-action).

5.À partir des résultats obtenus dans ces espaces d’auto diagnostic, ce « groupe catalyseur » peut assumer un rôle de visibilité et de liaison entre différentes luttes, différentes régions, différents types d’acteurs, ce qui contribuera à accroître la force politique de la citoyenneté organisée.

6.Donc, un premier pas serait alors de promouvoir la réalisation de ces auto diagnostics, comme un moyen permettant aux organisations et réseaux de développer de nouvelles façons de se concevoir et permettant la construction d’une carte des processus d’articulation citoyenne.

La cartographie : Pour quoi faire ?

Il s’agit de faire comprendre et faire connaître quelles sont les actions, les ressources, les acteurs et où ils agissent, quels processus ils sont en train de mettre en oeuvre, comment ils s’articulent, quels sont leurs besoins, quelles sont les visions et les propositions de politiques qu’ils ont produites. La construction de la mémoire citoyenne, la construction de nouvelles connaissances sont considérées comme une forme de construction de nouvelles réalités.

Eléments pour la construction d’un outil de cartographie

L’on ne prétend pas du tout élaborer un outil de cartographie qui puisse s’appliquer en toutes circonstances, ni dans les différentes régions du pays ou du monde. Néanmoins, nous assumons l’existence de principes généraux qui pourraient être utiles dans un large éventail de cas :

  • discuter, partager sur la relation qui existe dans les réseaux citoyens entre la « logique d’organisation » (vision de se perpétuer) et la « logique de réseau » (vision de mouvement, d’action synergique et de mise en commun de toute sorte de ressources) : où se situent les priorités ?

  • définir quel est le contexte dans lequel nous intervenons ou dans lequel nous sommes investis, et quels sont les paris auxquels nous voulons contribuer, aussi bien dans les luttes de résistance que dans les luttes de proposition et de construction.

  • définir les buts de la démarche de mise en relation : les conjonctures électorales sont-elles prioritaires ou pas ? Quelles sont les nouvelles identités, les nouvelles générations d’ « activistes » plus ou moins institutionnalisées ? Comment assure-t-on le remplacement, les relais, la formation ? La mémoire vivante et la capacité pour systématiser de façon à faire des propositions à partir de l’action et pour l’action, sans perdre de vue sa propre action.

  • penser à un outil ou un ensemble d’outils qui permettent de faire la cartographie conceptuelle (les façons de concevoir qui sont à la base des actions, les visions politiques) ; une cartographie des articulations citoyennes de facto, et une cartographie des organisations de second niveau (régionales, thématiques) et des réseaux plus ou moins institutionnalisés.

  • dessiner un outil de cartographie qui prenne en considération, pour chaque processus d’articulation, pour chaque dynamique de réseau ou d’organisation de second niveau, sa portée géographique, les thèmes ou domaines de lutte, les problèmes auxquels elle se heurte.

  • élaborer un plan de travail, en définissant la logique qui va guider la réalisation d’ateliers d’auto diagnostic (les critères géographiques, thématiques, socioprofessionnels).

  • définir les produits que l’on va obtenir et l’usage qu’on va en faire (avec des critères de confidentialité, le cas échéant).

À titre d’exemple, nous pouvons faire un exercice d’application de ce type d’outil dans un contexte plus ou moins prévisible, à partir d’un intérêt pour appréhender ou appuyer la recherche d’une identité qui nous permette d’explorer des questions telles que celles-ci : Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Quels sont nos atouts ?, …

Exercice de cartographie de l’articulation de savoirs pour l’action en réseaux citoyens

L’objectif est de réaliser une « cartographie » des interactions et des processus qui se mettent en action dans et à partir d’une organisation donnée pour la « mise en réseau » d’informations, connaissances et communications de l’action citoyenne.

En fonction de la taille du groupe, le travail peut se faire en sous-groupes. Chaque sous-groupe lit les « règles du jeu », qui expliquent la procédure de la façon suivante : il s’agit de visualiser, sur des grands papiers avec des couleurs et des symboles, quelles sont les dynamiques qui se mettent en oeuvre pour faire face à une situation donnée qui implique la gestion de savoirs, la gestion d’informations et la communication aussi bien à l’intérieur de l’organisation que dans les réseaux. L’idée est de représenter, sur un grand papier, la dynamique de réseau ; et, sur un autre, les processus internes de l’organisation ; montrer les différentes interactions qui ont lieu dans un telle situation, où l’on voit se mettre en oeuvre les capacités institutionnelles et les savoirs en réseau pour la réalisation d’une action.

Prenons un exemple : un exercice avec des organisations environnementales. Un premier sous-groupe peut représenter le conseil directif d’une organisation ou d’une institution faisant face à une situation non prévue, qui non seulement menace des espèces ou des écosystèmes, mais qui se répercute aussi sur les programmes de l’organisation (un incendie dans une zone de protection écologique ; l’émission d’un décret qui met en danger des espèces menacées d’extinction ; l’accident d’un bateau citerne et l’écoulement de pétrole dans une zone de récifs ; …).

Un deuxième sous-groupe peut représenter le staff d’une organisation ou institution qui promeut l’organisation d’un événement programmé, en lui dédiant des ressources humaines, matérielles et financières. Un événement pour lequel il est nécessaire de faire des gestions coordonnées dans plusieurs réseaux pour la mise en commun de connaissances et d’informations dont on a besoin non seulement en amont, pour sa préparation et sa réalisation, mais aussi en aval, pour sa systématisation, la publication des résultats et le suivi. (Objectif possible d’un tel événement : élaborer et lancer une proposition de loi ; faire une campagne de sensibilisation de l’opinion publique face au danger qui menace un certain écosystème ; engager une diversité d’acteurs d’une région dans l’élaboration et la création de consensus autour d’un plan d’aménagement du territoire ; …).

L’on propose aux deux groupes (« Conjoncture » et « Initiative institutionnelle ») de définir une structure interne de l’organisation, en spécifiant les attributions, les responsabilités et les fonctions liées à la situation imaginée, chaque groupe se demande :

  • quelles sont les entités et les acteurs intéressés ou impliqués dans ce cas ?

  • quelles sont les ressources qu’il faut mobiliser ?

  • quels types d’interactions mettre en jeu ? (Dans le premier sous-groupe : efforts d’aide mutuelle, collaborations, diffusion, mise en commun de ressources et de visions, appui aux groupes qui ont des difficultés diverses d’accès aux informations. Dans le deuxième groupe : échanges, conventions, projets, négociations, formations, efforts d’aide mutuelle, collaborations, diffusion, appui aux groupes qui ont des difficultés d’accès aux informations et de connexion)

  • quels sont les réseaux qui vont se mobiliser, et comment ?

  • quelles sont les dynamiques qu’il faudra activer au niveau local, régional, national et international ?

Voici quelques idées qui pourraient aider à identifier les interactions : en ce qui concerne la communication interne / externe, il y a des interactions qui peuvent être unidirectionnelles, massives, personnalisées, bilatérales entre organisations qui ont une affinité, etc. En ce qui concerne la gestion et la circulation des informations, il peut y avoir des interactions entre des entités diverses, celles qui produisent et diffusent certains types d’informations, celles qui offrent des services d’information accessibles à certains usagers, etc. Finalement, en ce qui concerne la gestion de savoirs, il peut y avoir des espaces ou des situations qui permettent l’apprentissage et la mise en commun ; la systématisation et l’échange de connaissances, l’énonciation des connaissances tacites, etc.

Il est important de considérer dans la cartographie quels sont les moyens de communication qui méritent d’être mis en réseau ; quels sont les usagers prioritaires dans une situation spécifique, les intermédiaires, les émetteurs d’informations, etc. Il faut aussi prendre en compte les différences qui existe dans l’accès à l’information, l’utilisation de moyens de communication, les moyens de connexion, la culture, etc. Dans le deuxième sous-groupe, il est important de considérer que l’événement implique tout un éventail d’usagers, de bénéficiaires, d’intéressés, et que ses résultats auront des conséquences aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’organisation.

Une fois terminé cet exercice, les résultats sont présentés en plénière, et une réflexion collective a lieu autour des apprentissages et défis que les participants perçoivent et qui méritent d’être appliqués dans leur propre réalité quotidienne.

Les personnes ayant eu un rôle d’organisation et de médiation de cet exercice recueillent les résultats et élaborent un rapport. Les participants auront ainsi une mémoire de ce qui s’est passé, et pourront entamer des exercices semblables dans leurs groupes d’appartenance ou dans des circonstances semblables.

GES (Gestion de saberes - Gestion des savoirs) - Xalapa, Veracruz, MEXIQUE - Mexique - rosicaudillo@gmail.com; geralatorre@gmail.com

contact plan du site mentions légales