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Vivre décemment en forêt de montagne gabonaise

Les territoires de montagne, confrontés à des problèmes de déforestation, de souveraineté alimentaire, d’accès aux ressources et de commercialisation des produits, nécessitent une nouvelle gouvernance des ressources et des communautés.

Joseph FUMTIM

11 / 2006

Quel est le constat général qui a présidé à la création de la coopérative?

Le constat est celui de la crise de l’agriculture gabonaise. En effet, l’examen de la situation alimentaire du Gabon montre qu’elle est préoccupante. Depuis trois décennies, on enregistre une baisse considérable de son niveau d’autosuffisance alimentaire et de l’apport en calories par habitant, surtout dans les centres urbains. Avec une population urbaine très élevée (80%), alors que celle vivant dans les zones rurales produit une agriculture vivrière tournée essentiellement vers l’autoconsommation, le Gabon n’a plus depuis plus de deux décennies la capacité de nourrir la totalité de sa population. De plus, l’essor du secteur agricole a été entravé par de nombreux facteurs structurels : exode rural, vieillissement de la population rurale, mauvais état des routes, faible capacité des exploitations agricoles, choix stratégiques privilégiant la création de complexes agroindustriels organisés par filières (hévéa, huile de palme, cacao, café, viande bovine, poulet de chair). Ces effets combinés conduisent à une réduction qualitative et quantitative des exploitations agricoles.

Décrivez votre initiative.

Au départ, l’initiative était personnelle, en association avec les membres de ma famille. La Coopérative agricole et forestière (Agrofor) a été créée en janvier 1985, par le Dr Moubamba, pour apporter de manière multiforme sa modeste contribution à la résolution de ces problèmes. A la création, la coopérative comptait trois membres. Aujourd’hui, l’on dénombre treize personnes. Les activités de la coopérative sont : la production, la transformation et la commercialisation de produits agricoles et alimentaires (agrumes, légumes, banane, corossol, cerise…). En outre, elle soutient les paysans dans des projets d’élevage, et est aussi investie dans la lutte pour le boisement, le reboisement, la gestion et l’exploitation durables des massifs forestiers pour la production des bois d’œuvre. Enfin, sur un tout autre plan, la coopérative est active dans la recherche- développement de systèmes de cultures : adaptabilité des semences, compétitivité des cultures, etc., et participe à l’animation de la campagne sur le Souveraineté alimentaire en Afrique Centrale.

Pourquoi vous intéressez-vous à la montagne ?

Aujourd’hui, plus de la moitié de la population rurale gabonaise (environ 150 000 paysans), dépend en partie des zones montagneuses, extrêmement riches. Le Gabon est connu pour sa forte couverture forestière (forêt vierge et savane), qui s’étend sur près de 230 000 km2, soit 85 % de la superficie totale du pays. Cette forêt renferme de nombreuses essences qui se combinent, s’interpénètrent, se superposent, se juxtaposent et offrent un paysage naturel riche en biodiversité floristique et faunique, avec une constante sur l’ensemble du territoire . la présence d’une espèce hélophile (vivant sur un terrain marécageux), l’okoumé (ou Aukoumea Klaineana). Mais les territoires montagneux gabonais renferment également d’autres ressources naturelles, notamment des ressources minérales : gisements pétroliers on shore et plusieurs minerais dont le fer, le manganèse, l’or, le diamant, le niobium.

Quels sont les enjeux territoriaux des montagnes ?

Une exploitation industrielle de la forêt s’opère depuis des années au Gabon. Malheureusement, elle s’opère de manière anarchique avec de gros moyens mécaniques (bulldozer), ce qui a un impact considérable sur l’environnement. En effet, cette déforestation entraîne une baisse de la matière organique du sol, une réduction de la capacité de rétention hydrique, donc une diminution de la biomasse, qui produit à son tour une réduction de la fertilité. La déforestation est donc l’origine directe de la crise de la reproduction de cet écosystème cultivé de plantes forestières. De plus, elle se trouve corrélée à l’augmentation de la population et à une nécessité croissante de satisfaire ses besoins alimentaires et socio-économiques (production d’autoconsommation, de rente, d’exportation). Sans oublier qu’au Gabon, une grande partie des ménages ruraux dépendent uniquement de la chasse, de la pêche ou de la cueillette de produits végétaux sauvages pour vivre. Par exemple, les pygmées du Gabon se nourrissent essentiellement des produits forestiers. Toute action de déboisement en zones de montagne se traduit donc par la perte de la biodiversité, la disparition d’espèces végétales et animales, et entraîne une réduction de l’offre alimentaire forestière. Toutefois, le gouvernement a décidé de créer des parcs nationaux pour gérer durablement les forêts. Cinq sont situés en zones montagneuses : le parc des Monts de Minkébé dans le Woleun-Ntem, le parc de Christal dans l’Estuaire, le parc de Bivigou dans l’Ogooué-Lolo, le parc de Waka dans la Ngounié et le parc du Massif du Mayombe dans la Nyanga. Ces aires, par leur richesse, portent de forts enjeux scientifiques puisqu’ils sont de véritables « laboratoires biologiques ».

Autre enjeu de taille : l’exploitation du minerais. Les zones de montagne au Gabon sont de véritables réservoirs. Actuellement, la seule montagne de Moanda (710 mètres) fournit chaque année 3 millions de tonnes de manganèse (les réserves étant estimées à 100 millions de tonnes), ce qui fait du Gabon le 2ème producteur mondial après l’Afrique du Sud. A l’horizon 2007-2008, le pays envisage de devenir le premier producteur avec 7 millions de tonnes par an, grâce aux gisements des monts de Franceville et de Okondja, qui seront exploités par la compagnie brésilienne Vale do Rio Doce (CVRD), et à ceux des monts de Mbigou et Ndjolé, qui seront exploités par deux sociétés chinoises (Sinostel et CICMG).

Par ailleurs, des perspectives favorables se dessinent progressivement pour l’exploitation du fer des monts de Belinga, dont les ressources prouvées seraient d’environ 640 millions de tonnes, ce qui suscite l’intérêt des investisseurs chinois dès 2008. Le Gabon dispose également de niobium dans les collines de Lambaréné. Au total, le potentiel minier connu actuellement (manganèse, fer, niobium) pourrait à terme générer 300 à 400 millions de dollars par an.

Pourtant, les populations de ces territoires sont en difficulté.

En-dehors du fait que les populations ne profitent pas vraiment des richesses issues de l’exploitation des ressources naturelles de leurs territoires, il y a un réel problème d’incitation de la part de l’Etat et de la coopération internationale. Les populations sont comme abandonnées à elles-mêmes. Aucun système de soutien financier aux activités des producteurs n’est mis en place. A cela s’ajoute une insuffisance criante d’encadrement technique, une main-d’œuvre limitée et très onéreuse. Et, plus grave encore, les produits issus de ces territoires subissent sur le marché une concurrence farouche des produits importés.

Comment les aidez-vous?

Autofinancement, formation du personnel sur le tas, beaucoup d’investissement personnel en temps de travail (capital industrie), main-d’œuvre familiale. La coopérative mène également des activités de recherches agronomiques et d’appui à la production vivrière et à la commercialisation des produits des montagnards.

Quelles sont vos propositions pour un développement durable des territoires de montagne ?

Les zones de montagne au Gabon présentent plusieurs enjeux nationaux. Le Gabon, comme la plupart des pays africains, est confronté à un dilemme : face à son lourd endettement (un encours équivalent à plus de 40 % du PIB), il a besoin de devises pour le remboursement de sa dette et le fonctionnement de son administration, d’une part ; et d’autre part, il subit la pression des écologistes et de la Communauté internationale pour la limitation de l’exploitation anarchique de ses forêts.

D’un côté, l’intensification de l’exploitation industrielle des ressources naturelles déséquilibre leur écosystème et engendre des conséquences diverses et incalculables. Et de l’autre, comment appliquer les recommandations de la communauté internationale alors que, contrairement aux occidentaux, les Africains ne survivent que grâce à l’exploitation de la nature ? Au Gabon les préoccupations écologiques sont récentes et demeurent encore insignifiantes, puisque les autorités politiques et administratives n’appréhendent pas encore suffisamment les conséquences de la déforestation pour réagir en conséquence.

Pour mieux concilier les différents intérêts alimentaires, économiques et écologiques, il convient d’adopter un comportement où chacun puisse se rendre compte que l’exploitation rationnelle des forêts, la réhabilitation de la végétation et l’adoption des systèmes agro-forestiers en montagne, sont des mesures indispensables pour l’équilibre des écosystèmes.

Par ailleurs, la mise en valeur d’aires protégées (parcs nationaux) nécessite une démarche participative qui ferait intervenir à la fois les populations mitoyennes, les pouvoirs publics, la société civile, les partenaires au développement, le secteur privé et les chercheurs pour une meilleure gestion culturelle, socio-économique et scientifique de ces espaces de conservation de la biodiversité et de développement durable.

Mots-clés

souveraineté alimentaire, gestion des ressources naturelles, commercialisation des produits agricoles et alimentaires, aménagement du territoire, organisation paysanne


, , Bafoussan, Cameroun

dossier

Les peuples de montagne dans le monde

Notes

Cet entretien a été réalisé par ALMEDIO Consultores avec le soutien de la Fondation Charles-Léopold Mayer pendant la rencontre régionale organisée par l’Association des Populations des Montagnes du Monde - APMM

Source

Entretien

Entretien avec Marie-Claire Rutayisire, Directrice déléguée d’Agrofor (Coopérative agricole et forestière) et (via Internet) avec Jean-Louis Moubamba, Président de l’Agrofor, Docteur d’Etat en sciences agronomiques et ingénierie biologique et ingénieur agro-économiste.

Agrofor

B.P. 5945 Libreville, Gabon

Tél. : (+241) (0)5 33 29 33 / (+241) (0)7 41 64 33

E-mail : agrofor@voila.fr

APMM (Association des Populations des Montagnes du Monde) - 50 boulevard Malesherbes, 75008 Paris, FRANCE - Tel:+33.1.42.93.86.60 – Fax:+33.1.45.22.28.18 - France - www.mountainpeople.org - contact (@) mountainpeople.org

CERAI (Centro de Estudios Rurales y de Agricultura) - C/ Del Justicia, nº 1, puerta 8, 46004 Valencia, ESPAÑA - Tel.: +34 963 52 18 78 - Fax: +34 963 52 25 01 - Espagne - www.cerai.es - administracion (@) cerai.es

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