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La montagne, « grenier de l’économie nigériane »

Au Niger, l’état exploite les ressources de la montagne sans aucune implication de la population locale

Davina FERREIRA

11 / 2006

Sur la route des caravanes…

Le Niger, terre de contrastes de 1 267 000 km2, est riche d’une nature puissante et majestueuse et d’un artisanat de très grande qualité. Peuplé par différentes ethnies (Peuls, Haoussas, Touaregs, Zarmas, Arabes, Toubou, Gourmantché et Kanuris), il a hérité d’une très grande diversité et de spécificités culturelles nombreuses.

Agadez, capitale de l’Aïr, est la plus importante ville Touareg du Niger. Elle compte aujourd’hui 130 000 habitants sur les 11,4 millions qui occupent le pays. Ville étape de la route des caravanes, notamment pour le commerce du sel, c’est aussi un grand carrefour des civilisations, à mi-chemin entre le Maghreb et l’Afrique Noire. Le massif de l’Aïr s’étend, d’est en ouest, de Bilma aux montagnes du Mali et, du nord au sud, d’Arlit à Tanout. Il compte parmi les plus hautes dunes du monde et son sol cache d’incroyables richesses.

La montagne exploitée en dépit de son peuple

Depuis toujours, le peuple Touareg a compris que son environnement constituait pour lui sa principale richesse. Les ressources offertes par ce territoire sont généralement le pâturage, la flore, la faune, l’eau, les arbres, les produits de la cueillette. En majorité pasteurs et nomades, les Touaregs vivent en harmonie avec leur environnement (désert, oasis, plaines et montagnes) qui les dote de moyens de subsistance en quantité et en qualité. Chaque déplacement interne est effectué en préservant l’équilibre naturel du milieu. Pour cela, tout est soumis à un code, les déplacements, l’exploitation des points d’eau et des autres richesses, respectant des zones territoriales bien délimitées bien que totalement invisibles à l’œil étranger. Existent également des zones réservées pour la sécurité alimentaire des hommes et du bétail. Ainsi, il est formellement interdit d’exploiter ces espaces pendant la période d’abondance, car elles servent de recours lors des saisons sèches. Pendant ces périodes, les règles de déplacement changent afin de profiter au maximum de l’espace utile et de pouvoir accéder aux montagnes ou oasis qui sont plus souvent épargnés par la sécheresse. Toute mauvaise gestion du territoire est passible d’un retrait et d’une obligation pour la tribu de migrer.

Sortie affaiblie de la colonisation, la société touareg est aujourd’hui totalement désarticulée et a perdu sa classe dirigeante. Le peuple touareg serait même devenu une entité taillée sur mesure pour assurer le relais des intérêts du pouvoir en place. Aujourd’hui, le système de gestion des ressources des territoires touaregs se fait fi des notions touaregs de développement durable. Les politiques de gestion des richesses n’utilisent pas les connaissances des nomades en la matière, ne tiennent pas compte de leurs besoins, et les élus locaux pour le développement ignorent le plus souvent tout de la région et de sa nature. Pour preuve, la construction de barrages qui détruisent l’ampleur de l’espace et empêchent les déplacements internes ; l’exploitation abusive des mines ; l’utilisation de matériel agricole à moteur qui appauvrit la terre ; sont des exemples concrets de « développement » dans lesquels la population locale n’a pas eu son mot à dire. Aujourd’hui, l’économie touareg est digne d’une économie de subsistance, et les zones qu’occupe la tribu sont parmi les plus pauvres du monde. Le taux d’analphabétisme y est très inquiétant. Dans l’Aïr, par exemple, le taux de scolarisation n’atteint que 16,5%. Pourtant, la montagne représente 85% de l’économie nationale.

Si son système naturel de gestion est altéré, dans l’intérêt des Etats nationaux, ce n’est pas pour autant que le peuple touareg a le droit à la modernité. Le voilà perdu entre des traditions en voie de disparition et une pseudo-modernité. Plus d’accès à l’eau en raison de la mauvaise exploitation de cette ressource par l’Etat ; pas d’infrastructures de base de santé et d’éducation ; une sédentarisation forcée, ont précipité la disparition des traditions, de la culture et du mode de vie spécifiques des Touaregs.

Quand “Niger” rime avec “solidaire”

L’agence de voyages Tinarawene Expeditions (Tinarawene est le pluriel du mot Ténéré qui signifie « Désert » en Tamashek) a été créée en 2002 dans le souci de faire plus que du tourisme, de contribuer pleinement au développement du Niger et des zones nomades en générale. A travers la découverte du massif de l’Aïr, de ses montagnes et de ses oasis à l’état brut, et la participation aux différentes fêtes culturelles (fête de la fin de la saison des pluies, festivals de musique et autres), l’agence désire sensibiliser les populations à la beauté de cette région, ainsi qu’aux pratiques et coutumes Touaregs. Lors d’escales dans les petits villages qui résistent encore à la domination du pouvoir en place, le voyageur est accueilli à bras ouverts par des hommes voilés et des femmes couvertes de bijoux, sous le retentissement du Tindé.

Pour lutter contre les fléaux qui touchent les territoires touaregs, Tinarawene projette de mettre en place un programme d’assistance aux peuples nomades et d’encourager la scolarisation de leurs enfants. Pour cela, chaque client de l’agence sera invité à offrir des médicaments, du matériel scolaire en tout genre, des vêtements, des moustiquaires, mais aussi à parrainer un enfant en difficulté et à participer à la réalisation de puits pour faciliter l’accès de la population locale à l’eau. Enfin, il est aussi prévu de prélever automatiquement la somme de cinquante euros sur les frais de voyage de chacun d’entre eux.

Renouer les liens Nord/Sud

L’ONG N’Niyat (« la volonté » pour les Touaregs) prétend quant à elle mettre en relation les populations des pays du Nord et du Sud, et des pays du Sud d’est en ouest, afin d’échanger des expériences et de débattre de stratégies. L’ONG travaille notamment en tant qu’opérateur local en partenariat avec l’association Côtes-d’Armor-Agadez. Avec eux, il participe à un projet ayant pour but de matérialiser le jumelage entre les villes d’Agadez et de Saint-Brieuc, en France.

Tenir compte des préocupations locales

Permettre au peuple touareg de se prendre en charge en recourant à ses propres potentiels et ainsi renouer avec sa culture. Pour cela, il faut que les représentants locaux soient eux-mêmes des descendants de la communauté touareg, et ne soient plus imposés par l’Etat. Un code pastoral, qui devrait rassembler des méthodes traditionnelles pour la gestion de chaque territoire, est en cours de rédaction sous l’impulsion de l’Etat. Encore faut-il que sa forme finale réponde réellement aux besoins des tribus et que l’Etat le respecte. Le potentiel économique des montagnes pourrait alors être utilisé à bon escient et prétendre à la durabilité.

Il est aussi important que les sociétés minières répartissent les bénéfices afin de créer par exemple des infrastructures de santé ; mais aussi des écoles où l’on enseignerait le tifinag (écriture touareg), et où l’on pourrait transmettre les valeurs, les traditions et le savoir-faire des touaregs afin de stopper leur perte.

Mots-clés

gestion des ressources naturelles, participation des habitants, valorisation du savoir faire, tourisme, répartition des revenus


, Niger

dossier

Les peuples de montagne dans le monde

Commentaire

Faire connaître pour faire renaître

La création d’un réseau d’agences offrant des voyages selon le modèle proposé par Tinarawene pourrait aussi permettre la diffusion de ce mode de vie et de cette culture particulière. Et pourquoi ne pas en profiter pour faire de la prévention, utiliser le tourisme solidaire comme un barrage à l’arrivée du tourisme de masse, encore peu développé mais de plus en plus en vogue dans cette zone. Il est important que les grandes enseignes de voyages internationales prennent conscience des dégâts qu’il pourrait causer sur la préservation de la culture Touareg. Ce tourisme en pleine croissance, avec l’exploitation des terres pour la construction d’hôtels qu’il implique, risquerait d’augmenter les problèmes de gestions de l’espace. Cette perspective n’est pas envisageable sans l’implication des agences de voyages et de la population locale. Cependant, cette région manque fortement de professionnels en tourisme, il faut donc avant toutes choses trouver des partenaires financiers, des ONG, des associations qui puissent apporter un soutien non seulement financier, mais aussi partager leurs expériences dans le domaine et former du personnel qualifié.

Entre les Touaregs et la montagne, c’est une longue histoire d’amour. Elle est le refuge, la maison de tous touareg, elle porte en elle leurs origines, leur culture et leur mémoire. Elle est pleine de défi, mais pleine d’espoir aussi.

Notes

Cet entretien a été réalisé par ALMEDIO Consultores avec le soutien de la Fondation Charles-Léopold Mayer pendant la rencontre régionale organisée par l’Association des Populations des Montagnes du Monde - APMM.

Source

Entretien

Entretien avec Amoumoun Halil, de l’ONG N’Niyat, et Souleymane Icha, directeur de l’agence de voyages Tinarawene Désert Expéditions

B.P. 84 Agadez, République du Niger, Tel : \\(+227) 96962540 - Fax : \\(+227) 20753790 - www.tinarawenexpeditions.com

ALMEDIO - 2, traverse Baussenque, 13002 Marseille, FRANCE Almedio Consultores. Norma 233, Maitencillo. Comuna de Puchuncaví. Va Región, CHILI - Fono: (56)32 277 2231 - Chili - www.almedio.fr - info (@) almedio.fr

APMM (Association des Populations des Montagnes du Monde) - 50 boulevard Malesherbes, 75008 Paris, FRANCE - Tel:+33.1.42.93.86.60 – Fax:+33.1.45.22.28.18 - France - www.mountainpeople.org - contact (@) mountainpeople.org

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