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Les montagnes canariennes aux mains d’une Espagne toute-puissante

La situation agricole et celle de l’élevage aux Iles Canaries est supplantée par la très forte croissance du tourisme et de la construction. Ce développement ne semble toutefois profiter qu’à l’Espagne et à l’Union européenne.

Davina FERREIRA

11 / 2006

L’archipel canarien, « un peuple indigène de mer et de sommets »

Face à la côte saharienne, et comme un prolongement des montagnes de l’Atlas, les 7 447 km2 qui forment les Iles Canaries sont nés, avec le temps, du magma, de la mer, de la pluie, des alizés et des pollens venus du continent. Avec des altitudes allant de 671 mètres à Lanzarote, à 3 718 mètres à Tenerife, les Iles Canaries hébergent un peuple de montagne à la fois rural et côtier.

Peuplées originairement par des tribus nord-africaines présentes depuis le VIIIe siècle avant Jésus-Christ, ces îles furent, au XVe siècle, conquises par la Couronne de Castille. L’archipel s’est alors vu imposer des structures politiques et économiques contrôlées depuis la péninsule et ne répondant pas à sa réelle vision du futur.

Des terres cultivables muées en terrains de golfs

Les politiques successives de transformation des Iles Canaries en paradis touristique ont généré des problèmes tout à fait inquiétants pour l’avenir.

Sur le plan agricole, tout d’abord. La rapide saturation des côtes a entraîné la lente migration des touristes et des structures les accueillant vers les sommets. Ce nouveau « tourisme rural » a rapidement généré une forte hausse de la valeur des terres et l’appropriation de la gestion de l’eau par de grandes entités économiques. Par voie de conséquence, l’abandon progressif de l’exploitation agricole tant des plaines que des montagnes a eu de terribles répercussions : détérioration quasi totale des murets qui soutenaient auparavant les flans des montagnes ; érosion irréversible de kilomètres de canaux et de tuyauterie soudain inutilisés ; prolifération de prés secs propices aux feux de forêts sous le coup de l’abolition de la transhumance.

Dans un paysage à ce point modifié et détérioré, les modes de vie locales se trouvent totalement chamboulées. Une progressive acculturation de la population a été observée. Ses spécificités en matière d’agriculture et d’élevage sont aujourd’hui en voie de disparition, ainsi que ses habitudes alimentaires, déboutées par l’afflux d’importations subventionnées qui concurrencent durement la production canarienne.

La création à tout-va d’hôtels et la conversion des vergers en grands complexes génèrent d’énormes désastres sur le patrimoine archéologique et ethnographique. La réalité en 2006 est parvenue à un tel paroxysme que l’on compte dix-huit terrains de golf sur la seule Grande Canarie ! Cet excès a pour résultat l’appauvrissement des réserves en eau, la contamination des nappes par les engrais et autres pesticides utilisés pour entretenir ces terrains, l’appauvrissement de la flore autochtone supplantée par des espèces d’arbres et de plantes importés et la prolifération d’eucalyptus.

Enfin, pour chaque 100 pesetas issues de ce tourisme, 66 sortent des Iles Canaries. La banque des Canaries est continuellement sous le contrôle de la Banque d’Espagne, la caisse d‘épargne est en réalité une filière de la banque d’Espagne nationale.

En 2006, le secteur agricole ne représente plus que 1,5% du PIB de l’île, le secteur des services 80,3%.

Trente ans de sensibilisation

Depuis trente ans, l’association Solidaridad Canaria lutte pour prémunir l’archipel de ce « syndrome du colonisé » apparu depuis sa dépendance à la péninsule ibérique.

Ce travail de fond passe par une sensibilisation des touristes à la beauté et aux spécificités culturelles de l’archipel. A travers des activités de découverte de l’île et des parcours dans la montagne, Solidaridad Canaria espère ainsi les amener à protéger un tel environnement.

En contrepoint, l’association tente de susciter au sein de la population locale un sentiment d’appartenance, et de lui rappeler l’importance à long terme de se prémunir contre un tourisme destructeur, à l’heure où le réflexe de beaucoup est de vendre leurs terres compte tenu du peu de solutions alternatives.

Mots-clés

tourisme et environnement, montagne, méfaits du tourisme, perte des savoirs traditionnels


, Espagne, Îles Canaries

dossier

Les peuples de montagne dans le monde

Commentaire

L’indépendance entre les mains de l’ONU

Qu’apporterait l’indépendance des Iles Canaries ? Une gestion raisonnée du tourisme et la réappropriation de son territoire par le peuple canarien. L’Espagne et l’Union européenne, grandes bénéficiaires des profits engendrés par l’île ne se résoudront pas à se priver des Canaries. Il est en revanche du pouvoir des Nations Unies de faire appliquer des « Accords de décolonisation ». Votés par l’Assemblée Générale des Nations Unies de 1960 et confirmés en 1968 par la déclaration du Comité de Coordination pour la Libération des Peuples d’Afrique (CCLPA), ces Accords proclament le droit à l’autodétermination et à l’indépendance des îles de l’archipel canarien. Cette décision restituerait également aux Canaries la souveraineté sur ses eaux et son espace aérien.

« A la montagne, l’homme vit en relation directe et étroite avec son milieu. Au fil des jours, ce milieu devient pourtant un inconnu pour les populations qui l’habitent. La globalisation du pouvoir est en train de transformer ce paradis vert en écran noir. »

Notes

Cet entretien a été réalisé par ALMEDIO Consultores avec le soutien de la Fondation Charles-Léopold Mayer pendant la rencontre régionale organisée par l’Association des Populations des Montagnes du Monde - APMM.

Source

Entretien

Entretien avec Jaime SAENZ, Président de l’association Solidaridad Canaria, Apartado 22, 35400 Arucas, Gran Canaria - (0034) 928 62 34 88 - solican [at] telefonica.net

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