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L’éthique dans les pratiques d’ingénierie

Ibo van de POEL

2007

Il n’est pas évident à première vue de faire le lien entre la technique, l’ingénierie et l’éthique. Après tout, Wernher von Braun, l’inventeur nazi des fusées V2 disait à propos des dégâts humains causés par son invention : ‘Ce n’est pas mon secteur’.

La responsabilité dans les pratiques d’ingénierie implique de reconnaître l’importance des questions éthiques et de les traiter en se fondant sur une approche du quotidien. La conception en ingénierie est un processus dans lequel certains buts ou fonctions sont traduits en un plan directeur en vue de la réalisation d’un artifice, d’un système ou d’un service qui permet d’accomplir ces fonctions. Les questions éthiques dans l’ingénierie de conception sont de plusieurs types : exigences de conception, compromis optimaux, risques, scripts, actions collectives.

La formulation d’exigences en matière de conception suggère de choisir un point de vue parmi d’autres, dans lequel les codes d’éthiques ainsi que les valeurs morales (sûreté, privauté,…) peuvent jouer un rôle, à condition de traduire ces dernières en des exigences de conception. Le choix d’alternatives en matière de conception implique d’ordinaire des compromis optimaux, par exemple, lorsque la voiture la plus sûre se révèle ne pas être forcément la plus économique. Les choix en question peuvent se faire selon des valeurs morales concurrentes, et impliquer le recours à l’analyse morale ainsi qu’à la théorie éthique. Les compromis optimaux dans la pratique de l’ingénierie peuvent mobiliser l’analyse coût/bénéfice, l’analyse multi-critère, l’étude de seuils, le développement de nouvelles technologies.

Cela étant, il existe des risques inhérents au développement d’une technologie, qui reçoivent le plus souvent une expression quantitative et numérique. Une définition courante du risque est le produit de la probabilité d’un événement et de l’effet de cet événement, exprimé en nombre de ‘fatalités’. Ainsi conçu, le risque est une mesure du nombre de fatalités qui doivent être anticipées dans une période de temps donnée. Les ingénieurs ont une responsabilité en matière de sûreté qui peut se fonder aussi bien sur une éthique utilitariste, une éthique déontologique qu’une éthique de la vertu. On peut en outre mentionner avec Hansson quatre stratégies possibles pour obtenir une sûreté de conception : la conception sûre par inhérence, les facteurs de sûreté, les rétro-actions négatives, enfin, les barrières de sûreté indépendantes. Cependant, des risques de magnitude semblable dépendent en fait de multiples facteurs : fiabilité de l’évaluation du risque, alternatives disponibles, distribution du risque,… On peut d’ailleurs suggérer un certain nombre de principes moraux pour l’acceptation du risque, tels que le caractère volontaire et non subi du risque, le bénéfice social, à comparer au coût du risque, enfin, la justice et le traitement égal.

La technologie change la manière dont les gens perçoivent le monde et dont ils se conduisent. Comme le disait si bien Churchill : ‘Nous façonnons nos habitations, et ensuite, ce sont nos habitations qui nous façonnent’. Cette idée est bien rendue par la notion de ‘script’, où certaines prescriptions incorporées dans des produits techniques n’imposent pas, mais invitent à certaines perceptions, ou restreignent certaines attitudes. Par exemple, une bosse sur la route d’un village ne vous force pas à ralentir, mais elle rend moins ‘attirante’ l’attitude consistant à rouler vite. Le script en tant que programme d’actions ‘requis’ par un artifice peut être ‘décrypté’ en examinant les suppositions qui sont inhérentes à la conception d’un artifice. Ce décryptage concerne les usages et les usagers, les normes et les valeurs, la division du travail et l’attribution des responsabilités. Il peut être comparé au script d’une pièce : il installe une scène, il attribue des rôles aux acteurs, lesquels ont plus ou moins de liberté pour interpréter le script, il leur permet de faire des choses tout en les contraignant par ailleurs. C’est à partir de ces scripts que peut être posée la question morale, laquelle concerne l’exclusion sociale engendrée par les produits de la technique, la moralisation des usagers à travers la technique, enfin, l’attribution des responsabilités dans un travail collectif.

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