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Le déclin contemporain de la profession d’ingénieur

Alessandro GASPARETTO

2007

Après s’être développée au XVIIIème siècle dans un contexte essentiellement militaire, puis s’être progressivement émancipée du contrôle institutionnel au cours du XIXème siècle, la profession d’ingénieur a connu un pic de succès et de prestige dans les trois décennies suivant la seconde guerre mondiale. L’ingénieur y était, de par ses compétences, une ressource fondamentale pour la reconstruction de l’Europe, et incarnait, à lui seul, le besoin de renaissance et de développement.

Depuis, la figure de l’ingénieur a certes continué à évoluer, s’attachant à des champs toujours nouveaux : ingénieur chimique, électronique, etc. jusqu’à l’ingénieur « biomédical », puis l’ingénieur « industriel » contemporain, intégrant un mixte de connaissances techniques, économiques et managériales. On observe néanmoins, depuis les années 1980, et s’amplifiant au cours des dix dernières années écoulées, un indéniable changement d’attitude à l’égard de la profession.

D’après par exemple une enquête réalisée en 2001 par la commission européenne (Eurobaromètre 2001), l’ingénierie n’apparaît comme une profession « digne d’estime » qu’à environ 30% de la population européenne (contre 70% pour celle de médecin). A cette crise de confiance envers la profession correspond d’ailleurs une grave crise des vocations scientifiques, qui toucha les USA dès la fin des années 1980 et s’étendit en Europe au cours des années 1990. A l’heure actuelle un vrai risque de pénurie inquiète grandement les états et institutions ; il pourrait avoir pour conséquence le recrutement de personnels hautement qualifiés venant des pays émergents (Chine, Inde), voire même, à terme, une délocalisation massive hors d’Europe des centres d’innovation et de développement.

Diverses enquêtes ont tenté d’apprécier les raisons de cette décroissance d’intérêt pour les études et professions scientifiques ; parmi les facteurs les plus cités par les personnes interrogées apparaissent, dans l’ordre, le faible intérêt des cours de sciences dans l’enseignement primaire et secondaire, la difficulté des sujets scientifiques, la faible attractivité des carrières scientifiques, ainsi que l’image généralement négative que véhicule la science dans la société.

Il est vrai que la science et l’ingénierie souffrent aujourd’hui d’une mauvaise image, d’abord du fait de l’ambivalence du progrès technique, qu’on a vu capable dans les dernières décennies d’apporter autant de maux et d’inquiétudes qu’il avait apporté jadis de satisfactions et d’espoirs. D’autre part il est souvent reproché aux ingénieurs de se consacrer à un développement sans fin des techniques, sans chercher à évaluer leurs possibles conséquences sur l’environnement physique et humain. De par ces raisons une attitude a priori critique a remplacé la gratitude exprimée aux ingénieurs dans les années de reconstruction.

C’est ensuite au sein même de leur travail que les ingénieurs ont en quelque sorte perdu du terrain. Depuis l’entrée de l’Europe dans l’âge post-industriel, le secteur tertiaire a en effet supplanté les secteurs traditionnels de l’agriculture et de l’industrie, rendant désormais la production tributaire de tout un réseau d’activités commerciales et marketings. Les secteurs de production sont d’ailleurs dorénavant organisés davantage autour des produits qu’autour des designers, et fonctionnent avec des équipes pluridisciplinaires au sein desquelles les ingénieurs ne sont plus les acteurs leaders. Tous ces facteurs ont participé d’une baisse de considération des professions uniquement techniques au profit notamment des managers, qui ont remplacé les ingénieurs aux plus hauts niveaux de la pyramide professionnelle.

Enfin, si l’ingénierie reste un cursus susceptible de pourvoir sans trop d’attente un travail satisfaisant, la crise contemporaine de l’emploi et la concurrence ne l’ont pas pour autant épargnée, apportant leur lot de précarité et de salaires très moyens. Face à des conditions qui ne sont plus toujours alléchantes, les ingénieurs nourrissent d’ailleurs un complexe d’infériorité vis à vis des travailleurs des secteurs commercial ou marketing.

Face à tous ces problèmes, une part de la solution est sans doute à trouver dans l’amélioration de la communication entre la science et l’opinion publique, ainsi que dans une amélioration du système éducatif.

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