español   français   english   português

dph participe à la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

L’engagement par la discrimination positive

L’intégration de jeunes femmes dans le cadre international de la YWCA

Federico M. ROSSI

02 / 2005

Histoire et définition de la YWCA : une organisation « hybride »

La Young Women Christian Association (1) (YWCA) a été créée en Grande-Bretagne pour « … répondre au besoin de recréer un foyer, et aux aspirations spirituelles de jeunes filles ayant migré vers la ville pendant la Révolution Industrielle » (World YWCA, site Internet). En 1894 les associations de Grande-Bretagne, Norvège, Suède et États-Unis ont créé la World YWCA.

Après plus d’un siècle d’existence, la YWCA s’est transformée en l’une des organisations sociales les plus importantes dans le monde. Présente dans quelque 122 pays et rassemblant environ 25 millions de femmes (en prenant en compte tous les cercles de participation [pour la définition cf. document ATTAC Argentine]), la mission de la World YWCA est de :

Rassembler les associations nationales dans un mouvement mondial de femmes membres bénévoles. Inspiré par la foi chrétienne, la mission de la World YWCA est de faire évoluer le leadership et le pouvoir collectif des femmes et des jeunes filles dans le monde entier pour que les droits de l’homme soient respectés : le droit à la santé, à la sécurité, à la dignité, à la liberté, à la justice et à la paix pour tous les peuples (dépliant “Tools for Change” (2), World YWCA, 2003).

Pour atteindre ces objectifs, l’organisation encourage deux types d’actions différents, aussi bien sur le plan national que mondial. D’une part, elle propose des formations et un pouvoir d’action pour les femmes en développant des programmes et des services d’aide sociale et d’aide à la communauté. D’autre part, elle mobilise parallèlement les femmes comme force collective afin de lutter pour faire valoir leurs droits et pour la paix dans le monde. C’est dans ce but que l’organisation participe aux instances de l’Organisation des Nations Unis (ONU) qui sont en rapport avec les femmes. De même, cette organisation co-participe au processus de paix au Moyen Orient. De par son ambivalence, nous nous garderons de qualifier cette organisation de « mouvement » (même si elle se désigne ainsi elle-même) : ce serait une dénomination conceptuelle erronée. Nous la considérons plutôt comme une organisation « hybride ».

Le terme « organisation hybride » a été établi par Minkoff (2002 : p. 381). Il fait allusion aux organisations qui combinent d’une part une caractéristique distinctive des mouvements sociaux, lutter pour le changement social, et qui mènent à la fois des actions propres aux associations civiles ou aux ONG, c’est-à-dire offrir des services communautaires ou sociaux (comme par exemple une maison d’accueil pour jeunes filles). Cette double vocation de la YWCA la différencie des autres cas analysés dans le dossier. En étudiant l’association, cette caractéristique propre doit être prise en compte car elle présente différentes formes de participation, d’engagement et de fidélité à l’organisation (même si ces choix ne sont pas toujours d’ordre politique). Mónica Zetzsche, la présidente de l’organisation à l’international, reconnaît cette double vocation : plaidoyer et lutte politique d’un côté et aide sociale d’un autre. Voici ses propos sur la rotation de femmes bénévoles actives au sein de l’association :

Les femmes bénévoles de l’association ne la quittent pas mais elles se relaient dans leur participation (…) De plus, je considère que nous agissons comme filet de sauvetage (…) Dans cette période de non-emploi que traversent l’Argentine et l’Amérique latine ces femmes trouvent vraiment leur place (…) Dès qu’elles réussissent à décrocher un contrat de travail, on ne les voit plus ou très peu (…) ou alors nous ne pouvons que leur faire des demandes ponctuelles (entretien).

Le travail d’aide sociale peut prendre différentes formes. Cela dépend du contexte dans lequel l’organisation s’insère. Par exemple, en Afrique, les jeunes femmes trouvent leur place à l’âge de 12 ou 13 ans, dès qu’elles se recréent un foyer, qu’elles avaient perdu en devenant orphelines ou en essayant d’échapper aux mariages forcés.

Comme l’affirme Natasha, l’une des jeunes membres du Comité Exécutif International :

Dès que l’on devient membre de la YWCA (et cela est très fréquent) et que l’on a la possibilité de voyager pour connaître d’autres branches de l’association, on ne peut plus la quitter… Et ce parce qu’on a le sentiment de retrouver un ami aux quatre coins de la planète. Si, par exemple, on part en vacances dans un pays où on connaît une personne de la YWCA, cela sera… c’est comme une grande famille au sein de laquelle ses membres, qu’on ne connaît pas forcément et qui habitent dans des coins divers de la planète, t’acceptent comme un nouveau membre de la famille (entretien).

Autrement dit, l’organisation, au-delà des différents contextes et besoins, ne rassemble pas uniquement des femmes afin de faire valoir leurs droits, mais elle retient ces femmes par un sentiment d’appartenance. Cela permet de tisser un double lien de solidarité et d’appartenance. C’est pourquoi nous considérons que cette organisation est différente d’ATTAC ou d’Amnesty International. Il s’agit, comme nous l’avons précisé précédemment d’une organisation « hybride ».

Les Big Seven (3) : les organisations pour et avec les jeunes les plus importantes au monde

La YWCA est l’une des six organisations qui rassemblent le plus grand nombre de jeunes au monde. C’est pourquoi, en 1995, elle a créé avec les cinq organisations restantes les “Big Six”, un groupe informel composé par la YWCA, la World Association of Girls Guides and Girls Scouts (4) (WAGGGS), la World Alliance of Young Men Christian Associations (5) (YMCA), la World Organization of the Scout Movement (6) (WOSM), l’International Federation of Red Cross & Red Crescent Societies (7) (IFRCS) et l’International Award Association (IAA). Un groupe composé par les directeurs exécutifs des quatre organisations de jeunes les plus importantes au monde (WAGGGS, YMCA, WOSM et YWCA), l’organisation humanitaire la plus importante au monde composée d’un grand nombre de jeunes (IFRCS) et le programme de bénévolat le plus répandu dans le monde (IAA). L’objectif premier de cette rencontre était de créer un groupe de travail sans autorités qui s’occupe de la rédaction et de la publication d’un document sur les défis de l’éducation au XXIe siècle (“The Education of Young People. A statement at the dawn of the 21st. century” (8)).

Une fois le document présenté, et grâce au grand succès de cette expérience, le groupe informel a décidé en 1998 de repenser ses objectifs en élargissant ses domaines d’action aux politiques publiques nationales pour la jeunesse. Cela a débouché sur la publication en 1999 d’un autre texte (“National Youth Policies. A working document from the point of view of non-formal education youth organizations (9)”).

En 2000, les “Big Six”, décident d’accueillir le directeur exécutif de la International Youth Foundation (IYF), la plus importante organisation mondiale pour le développement des politiques pour les jeunes. Cette même année marque la création des “Big Seven” actuelles.

Après avoir produit une série de documents, le groupe décide de faire un plus grand pas en avant en établissant les bases de son premier projet commun : le lancement en 2002 d’un projet très ambitieux en Zambie, en Tanzanie, au Kenya, en Ouganda et au Ghana qui a pour but de lutter pour l’éradication du VIH/SIDA parmi les jeunes du continent africain.

Comme nous pouvons le constater, la YWCA est une organisation extrêmement importante pour la jeunesse car elle développe des actions individuelles et collectives qui ont un impact mondial. Son caractère « hybride », ainsi que son organisation classique qui a encouragé un processus de réformes sans précédents menant à une intégration des jeunes aux instances de décision (cf. section suivante), nous poussent à l’analyser.

La participation des jeunes dans le cadre international de la YWCA

La YWCA est une organisation qui existe depuis plus d’un siècle. Cela a impliqué l’éloignement de beaucoup de jeunes de l’association, ainsi que la présence constante de femmes très âgées dans les instances de décision (principalement en Europe et aux États-Unis). Afin de pallier ce processus ainsi que le désengagement qui se produit généralement au sein des organisations classiques de rassemblement de jeunes, la YWCA entame, en 1991, un processus de restructuration générale qui s’achèvera en 2007. Au cours de ce processus global de restructuration de toute l’organisation (le sens chrétien, féminin et jeune de l’organisation est au cœur du débat), l’association décide lors du Conseil Mondial de 1991 (à Stavanger, Norvège) que dans toutes les instances de prise de décisions, une représentation minimale de 25 % de femmes ayant moins de 30 ans doit être mise en place (article VII du statut). Ce processus porte ses fruits au tout début de l’année 1999. La première structure internationale est constituée en respectant cette représentation. Cette évolution, comme il a été dit auparavant, s’inscrit dans un projet de restructuration plus large qui se traduit par trois objectifs principaux (cf. document “World YWCA Strategic Plan 2004-2008”). Parmi ces trois objectifs, le deuxième intègre ces transformations.

En analysant les résultats obtenus lors du Conseil Mondial de 2003 (à Brisbane, Australie), nous constatons que les 25 % aux instances ont été dépassés ainsi qu’au Comité Exécutif International (voir Graphique I). En même temps, 4 000 jeunes femmes membres ont reçu une formation dans le monde entier depuis 1999. Ces mêmes jeunes femmes occupent aujourd’hui des postes de dirigeants nationaux ou internationaux au sein de la YWCA. Dans la région des Caraïbes, par exemple, les jeunes femmes âgées de moins de 30 ans représentent 50 % des personnes assistant aux réunions régionales (Minutes – World YWCA Council 2003 : p. 44). D’autre part, l’objectif de ces réformes (encourager l’engagement de jeunes dans une institution qui vieillit au rythme de ses membres), n’a pas été atteint car le taux de jeunes membres n’a augmenté que de 2 540 personnes (cela représente un taux de croissance d’à peine 0,09 %) (Minutes – World YWCA Council 2003 : p. 47).

Ces résultats, remarquables quant à l’encouragement de la participation des jeunes dans les structures de prise de décisions – que nous pouvons observer dans le Graphique I et qui contrastent avec les cas d’organisations analysés dans les fiches du dossier – feront l’objet de notre analyse à travers l’étude des parcours des jeunes qui intègrent actuellement le Comité Exécutif International et leur manière de concevoir les formes d’engagement aussi bien au sein de la présidence mondiale que du comité.

Le Comité Exécutif International

Katya, une représentante pour l’Amérique latine au sein du Comité Exécutif International, a rejoint la YWCA dans son pays (le Salvador) en 1998, après avoir accepté l’invitation de la mère de son petit ami à rejoindre l’organisation. L’organisation qui venait tout juste d’être constituée a attiré son attention pour ses valeurs chrétiennes et son engagement pour et avec les femmes. Elle a collaboré tout d’abord en dispensant des cours d’anglais de façon bénévole et en apportant son appui aux tâches réalisées dans les zones rurales. À peine quatre mois après son entrée dans l’organisation elle a été élue pour intégrer le Comité Exécutif National, où elle a travaillé en tant que porte-parole jusqu’en 2002. Cette même année, âgée de 23 ans, elle a été élue présidente nationale de l’association, un poste qu’elle occupe toujours.

Natasha, l’une des représentantes pour l’Europe au sein du Comité Exécutif International a rejoint la YWCA en provenance de Biélorussie en 1996 par l’intermédiaire d’une professeur de l’université où elle menait une recherche sur les droits des femmes dans le cadre de ses études en sociologie. Natasha a été attirée par le lien existant entre les études qu’elle menait et l’organisation récemment créée. C’est pourquoi elle s’est engagée dans des campagnes de sensibilisation sur les droits des femmes. Son engagement n’a cessé de croître jour après jour et elle a fini par être élue vice-présidente nationale, un poste qu’elle a occupé à l’âge de 20 ans.

Graphique 1 : Structure et organisation politique et internationale de la World YWCA (hormis le personnel international du siège à Genève)

Structure et organisation politique et internationale de la World YWCA

(x) Nombre de femmes membres âgées de plus de 30 ans au sein des instances collectives

* Nombre de femmes membres âgées de moins de 30 ans au sein des instances collectives

Note: les chiffres en gras signifient qu’elles intègrent le Comité Exécutif International (comptabilisé à part au sein du comité, en gras également)

Sources : www.worldywca.org; Minutes – World YWCA Council 2003 ; entretiens (octobre-décembre 2004)

Malgré les contextes différents, ces deux associations nationales partagent une même qualité : elles sont petites et de création récente, ce qui favorise l’intégration des jeunes (leurs structures étaient en construction et restaient donc plus souples). Selon les jeunes femmes interrogées, aujourd’hui, l’association au Salvador rassemble quelques 1 500 membres, alors qu’en Biélorussie elle n’en possède que 200. Aussi dans les deux cas constatons-nous l’importance de deux réseaux – le réseau familial et le réseau étudiant – créant des liens permettant aux jeunes de s’engager et de se rassembler autour de différentes formes d’engagement.

Au sujet du lien existant entre le parcours biographique et professionnel dans l’engagement de ces personnes, remarquons que Natasha – lors de son engagement dans l’association – était une étudiante en sociologie qui s’intéressait aux droits des femmes. En revanche, Katya s’est engagée vers la fin de sa scolarité au lycée. Le cas de cette dernière personne présente un processus similaire à celui d’autres jeunes interrogés (cf. documents ATTAC Argentine et L’engagement des jeunes dans un contexte rural) : la découverte de sa vocation se produit au moment de son intégration dans l’organisation. Ce contact avec l’organisation la pousse à poursuivre des études en droit et à se spécialiser dans les droits des femmes.

Il serait pertinent de souligner également que ces deux jeunes femmes ont rejoint l’organisation en étant attirées par leurs aspects les plus politiques, à savoir la défense des droits des femmes. Même si elles ont participé toutes les deux à des travaux bénévoles, le travail communautaire n’a pas été le motif principal de leur engagement et de leur fidélité à l’organisation. Des études réalisées au Canada (Tossutti, 2004) et aux Etats-Unis (Metz, McLellan et Youniss, 2003) ont conclu que la participation des jeunes au bénévolat ne génère pas davantage d’engagement dans les organisations politiques mais plutôt un surcroît de la participation informelle (protestations et groupes informels). Autrement dit, on ne doit pas confondre l’engagement politique au sein d’institutions avec la participation au bénévolat, considérant que les jeunes qui réussissent à participer au « noyau dur » (comme c’est le cas pour Natasha ou Katya) doivent montrer un intérêt préalable. Comme l’a déjà démontré Wilson (Wilson, 2000 : p. 222), cela s’explique par le fait que les bénévoles n’affichent pas leur engagement comme une priorité pour s’organiser politiquement, pour exprimer et/ou faire valoir leurs droits ou encore pour prendre des décisions au sein de l’association.

Aussi bien Katya que Natasha reconnaissent avoir vécu une expérience qui les a poussées à s’engager dans l’organisation sur le plan international. Natasha, dans son rôle de vice-présidente, créait des contacts avec la YWCA en Suède, et c’est cette association nationale qui décida de la présenter comme candidate pour représenter la Biélorussie au sein du Comité Exécutif Européen. Ce nouvel horizon qui s’étalait devant ses yeux, cette possibilité de voyage qu’elle souligne (comme nous avons pu le voir dans la citation ci-dessus) est l’élément qui a fait changer radicalement sa vie.

Katya, pour sa part, a reçu l’une des bourses internationales que la World YWCA accorde aux jeunes pour travailler pendant trois mois sur la question des femmes au siège de l’ONU à Genève. Comme elle l’explique elle-même avec beaucoup d’éloquence, « … cette expérience a marqué un tournant dans ma vie » (entretien). Autrement dit, cette jeune femme a vécu un « éveil » qui lui a permis de connaître le travail de l’association sur le plan international, et qui l’a incitée à s’engager davantage dans la thématique des droits des femmes. Aussi bien Natasha que Katya ont vécu cet « éveil », une expérience qui marque leur vie (de la même façon que les personnes interrogées dans le document L’engagement des jeunes dans un contexte rural).

Aujourd’hui, Natasha habite à Budapest, loin du travail quotidien de la YWCA, même si elle continue à exercer les deux postes internationaux au sein de l’association. Katya, en revanche, exerce comme présidente au sein de l’association au Salvador et elle pense être réélue.

Pour en revenir au Comité Exécutif International, et sur la base des expériences de ces deux jeunes femmes et de la présidente mondiale, nous retrouvons dans ces récits un fil conducteur commun avec le fonctionnement qui se reproduit au sein du comité. Comme l’affirme Mónica Zetzsche, ce modèle de fonctionnement peut s’expliquer de la manière suivante : alors que la forme d’engagement par tranche d’âge peut être divisée en trois groupes :

… le premier groupe serait celui des femmes âgées de moins de 30 ans. Un autre groupe rassemblerait les femmes ayant entre 30 et 50 ans. Le troisième groupe serait celui des femmes âgées de plus de 60 ans. Ces trois groupes de femmes utilisent des formes d’engagement différentes. Les plus jeunes sont plus combatives lorsqu’elles font partie de l’association mais nous sommes conscients que leur engagement n’est pas possible à long terme… Elles sont prêtes à mener les actions les plus osées, les plus risquées. Elles ferment toutes les portes à la négociation avec l’extérieur. Je crois que cela est dû au fait que leur engagement n’est pas si enraciné ; elles ne réfléchissent pas aux conséquences de leur comportement. Peut-être parce qu’elles n’ont pas vécu les conséquences d’une prise de décisions si extrémistes [en allusion aux conséquences vécues en Argentine pendant la dernière dictature militaire].

Je considère que les femmes âgées aujourd’hui entre 30 et 50 ans sont plus diplomates. Elles prennent en considération les propositions des jeunes, « mais tâchons de l’envisager autrement si cela implique des risques pour le mouvement » [, pensent-elles]

En ce qui concerne les femmes appartenant au troisième groupe, âgées de plus de 60 ans, je les vois plus tranquilles. Elles sont dévouées à la gestion des fonds… (entretien).

Malgré ces différences générationnelles quant aux formes d’engagement, Mónica considère que « … les trois [générations] sont nécessaires, l’engagement de femmes de ces trois tranches d’âge apporte un équilibre très intéressant » (Mónica Zetzsche, entretien).

De même, malgré ces divergences dans les formes d’engagement, ni Katya ni Natasha ni Mónica ne voient de différence sur le rassemblement au sein du comité. Plus encore, la présidente mondiale estime que les sujets mondiaux (les clivages politiques que génèrent les principales scissions dans le monde) se reproduisent au sein du comité en reflétant la division géopolitique mondiale. C’est-à-dire que si le sujet porte sur la paix au Moyen Orient, les femmes (jeunes et adultes) originaires des Etats-Unis seront contre le positionnement de la Palestine, et plus proches de celui d’Israël, par opposition aux femmes d’Europe et du Moyen Orient, indifféremment de leur âge. Dit plus simplement, les sujets mondiaux font du comité un espace dans lequel le débat n’est a priori pas possible sur la base des positionnements de leurs nations (et États) respectives, et un espace dans lequel se reproduisent les divisions existant dans le monde.

En revanche, si les sujets abordés au sein du comité sont propres à la question des femmes, l’âge semble être en corrélation avec la façon de se rassembler et de s’engager.

… Si les sujets de débats sont liés à la façon dont nous allons réaliser de l’advocacy [plaidoyer] propre à des questions en rapport avec les femmes, un autre type de rassemblement apparaîtra. Il s’agira d’un rassemblement par tranches d’âge (Mónica Zetzsche, entretien).

Cela nous permet de constater que les jeunes femmes, plutôt que d’établir une division dans leur engagement sur la base des différents sujets (ou clivages politiques) abordés, établissent leurs différences, leurs particularités, à travers les formes d’engagement : elles sont plus radicales. Nous observons également comment l’engagement se renforce (comme s’il s’agissait d’établir une différence) en fonction des sujets liés aux femmes, à savoir les sujets plus proches de leurs parcours biographiques. L’intérêt des jeunes pour les types d’actions plutôt que pour les clivages politiques est un élément que le lecteur pourra retrouver dans d’autres cas (cf. ATTAC Argentine et Les mouvements transnationaux et le défi du « net-activisme »). Ce processus est similaire à celui évoqué par la directrice exécutive de The Foundation for Young Australians, une ONG dédiée à encourager les initiatives sociales provenant des jeunes, et qui a entamé un processus similaire à celui de la YWCA en intégrant 50 % de jeunes participant aux instances directives :

[À la différence de la période précédant l’intégration des jeunes, lorsque nous travaillons au sein du Comité de Direction]… selon mon avis, nous consacrions plus de temps aux sujets liés au contenu de nos actions, à savoir, comment travailler avec la jeunesse.

Alors que le groupe des adultes, tout particulièrement, consacre probablement plus de temps aux budgets, aux formes de gouvernance, aux statuts et toute cette sorte de sujets (Mary Woldridge, entretien).

La participation « intégratrice » : la jeunesse, une catégorie politique ?

Nous considérons que dans ces deux exemples, les jeunes ne cherchent pas à s’engager en tant que « jeunes » ni à être traités comme des adultes. Ce qu’ils semblent rechercher est une participation en tant que semblables, en se reconnaissant dans leur spécificité (qui peut être définie par le fait d’être plus jeunes aussi bien que par le fait d’être femme, homosexuel, appartenant à une tribu en particulier, etc.), et en faisant en même temps partie d’un ensemble. Selon les propos de Natasha sur la valeur principale de la participation au sein du Comité Exécutif International : « … l’engagement permet l’intégration des jeunes femmes dans la société à tous les niveaux » (entretien). Il ne favorise pas leur identification en tant que jeunes se différenciant du reste (ce qui impliquerait l’existence de la condition de jeunes comme une catégorie politique). Nous constatons dans tous ces différents cas que les jeunes cherchent à s’impliquer le plus possible (dans la mesure où il existe un rapport avec les intérêts et les attentes) dans le tissu social et structurant auquel ils appartiennent. Comme l’affirme un jeune militant d’Argentine :

… [il faut] surtout abandonner cette idée préconçue selon laquelle les jeunes s’intéressent uniquement à certaines choses… mais plutôt les considérer comme n’importe quel autre membre de l’organisation, qui fait le même travail que tout le monde, s’engage sur les mêmes sujets (entretien cité par Balardini, 2005 : p.22).

Dans le cas particulier de la YWCA, cette nouvelle étape grâce à laquelle les espaces de participation sont plus importants, n’a presque pas provoqué d’augmentation de nouveaux membres (seulement 0,09 % depuis 1999). Cependant, ce changement a favorisé une rotation et un renouvellement des élites au sein de l’organisation (comme le révèlent les données citées précédemment sur la formation de dirigeants en interne, aussi bien que le nombre de jeunes qui participent actuellement à la structure internationale de l’association).

Ce cas nous permet de tirer une dernière conclusion : l’importance des formes d’engagement « intégratrices » (c’est-à-dire les jeunes qui s’inscrivent dans les instances existantes) afin d’encourager les jeunes à se rapprocher davantage du « noyau dur » de l’organisation (par discrimination positive comme c’est le cas pour cette association, ou par une sectorisation de leur participation, comme il en est question dans les documents ATTAC Argentine et Les mouvements transnationaux et le défi du « net-activisme »). Cela n’est pas sans problèmes car cet objectif a été atteint grâce à un quota, ce qui entraîne, selon la présidente mondiale,

… un engagement plus faible. Dans certains cas cela ne représente pas un problème. Mais, dans d’autres cas cela provoque l’absence des jeunes pendant les réunions du Comité Exécutif [International], et cela représente en revanche, un vrai problème… À mon avis, on accorde beaucoup plus de valeur aux choses difficiles à atteindre, et cet élément est dans ce cas absent (…) Lors du dernier Comité Exécutif [International] trois membres ont été absentes… et les trois avaient moins de 30 ans. Les raisons de leurs absences étaient compréhensibles : l’une a accouché, l’autre est tombée enceinte et on lui a interdit de voyager, et la dernière était en période d’examens à la faculté (Mónica Zetzsche, entretien).

Selon la présidente mondiale ceci est problématique car elles ne font pas entendre leur voix et elles perdent donc le progrès qu’elles avaient acquis.

1 Association chrétienne pour les jeunes femmes
2 Des outils pour faire changer le monde
3 Les « Sept Grands » [Alliance des dirigeants d’organisations de jeunesse]
4 Association mondiale des guides et des éclaireuses
5 Alliance universelle des unions chrétiennes de jeunes gens
6 Organisation mondiale du mouvement scout
7 Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
8 L’éducation pour les jeunes. Un défi à l’aube du XXIe
9 Les politiques nationales pour les jeunes. Un document de travail du point de vue des organisations informelles de formation des jeunes

Mots-clés

organisation de femmes, participation des femmes, jeune, mouvement social, participation populaire

dossier

La jeunesse en mouvement : rapport de recherche sur les formes d’engagement politique des jeunes

Notes

Source

Entretiens avec Katya et Natasha, jeunes dirigeantes de la YWCA, et Mónica Zetzsche, présidente mondiale de la YWCA : jeunes femmes, dirigeantes et professionnelles d’organisations pour et avec les jeunes d’Argentine et d’Australie

Balardini, S. (2005) “Evaluación de Capacidades en Organizaciones Juveniles del Mercosur. Informe Argentina”, Proyecto CELAJU - UNESCO - Banco Mundial: Buenos Aires.

Metz, E., McLellan, J. y Youniss, J. (2003) “Types of Voluntary Service and Adolescents’ Civic Development”, Journal of Adolescent Research, Vol. 18, Núm. 2, marzo, Londres.

Minkoff, D. (2002) “The Emergence of Hybrid Organizational Forms: Combining Identity-based Service Provision and Political Action”, Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, Vol. 31, Núm. 3, septiembre, Londres.

Minutes - World YWCA Council (2003) Minutes: World YWCA Council 2003. Brisbane, Australia, July 4-10, 2003, World YWCA, Ginebra.

Toussutti, L. (2004) “Youth Voluntarism and Political Engagement in Canada”, presentado en la Annual Meeting of the Canadian Political Science Association, 3 al 5 de junio de 2004, Manitoba University.

Wilson, J. (2000) “Volunteering”, Annual Review of Sociology, Núm. 26, Washington.

contact plan du site mentions légales