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Sacom, une organisation d’étudiants chinois qui dénonce les entreprises sous-traitantes de Disney, à Schenzen

Vanessa GAUTHIER

01 / 2008

La Chine est le pays au monde qui reçoit le plus d’investissements directs étrangers. On voit partout écrit ‘Made in China’, sur les chaussures, les vêtements et les nouvelles technologies. Cependant, l’essor particulièrement important que connaît la Chine depuis une quinzaine d’années est à deux vitesses. Le développement en Chine reste en effet très inégal : la Côte Sud et la région de Hong Kong sont les plus développées alors qu’à l’intérieur de la Chine, le niveau de vie est très faible. Avec les délocalisations, le capital se déplace vers les zones aux salaires les plus bas. La SACOM étudie les répercussions que cela a sur les travailleurs.

Une situation difficile pour les jeunes filles issues du monde rural

La population chinoise est rurale à 70 %, ce qui représente environ 800 millions de personnes. La migration de cette population est très importante : 200 à 240 millions de migrants se déplacent des zones rurales vers les villes. La situation des filles est particulièrement difficile. D’après Jenny Chan, qui est l’auteur d’un récent article intitulé “Chinese Women Workers Organize in the Export Zone” [les travailleuses chinoises s’organisent dans les zones d’exportation], les filles vont moins à l’école que les garçons, pour des raisons d’argent mais aussi de culture. Ce sont souvent des jeunes filles qui quittent très tôt le village pour soutenir la famille. Les filles sont en effet appréciées dans les usines de jouets, d’électronique et de textile pour leur obéissance et leur agilité (on les appelle les « limbo fingers »).

Schenzen, une ville située dans la province du Guangdong est le symbole de la nouvelle ville qui a transformé le paysage chinois. Dans les zones franches de Schenzen, les conditions de travail sont très dures pour un salaire de misère. Normalement, les travailleuses devraient travailler huit heures par jour. En réalité, elles travaillent dix à seize heures par jour, voire la nuit, sept jours par semaine. Les heures supplémentaires sont quasiment toujours payées en-dessous du taux légal.

Les salaires chinois moyens sont aujourd’hui de 810 yuan par mois (les années précédentes, le salaire moyen se situait entre 610 et 690 yuan). Dans les usines de zones franches d’exportation, on a parfois recours au travail des enfants de moins de 16 ans. Souvent, il n’y a pas de contrat de travail, pas de sécurité sociale. Les métiers sont dangereux : Jenny Chan qui est aussi membre exécutive du Chinese Working Women Network et coordinatrice de la SACOM, a évoqué à ce sujet lors de la journée d’échange organisée par Peuples Solidaires le 8 mars 2007, le chiffre de 100 000 morts par an et de 500 000 travailleuses qui sont atteintes de maladies professionnelles comme la silicose (maladie pulmonaire) ou qui sont empoisonnées. Les accidents du travail sont aussi très nombreux.

Un cadre politique et économique qui favorise une surexploitation de la force de travail chinoise

Les raisons de cette situation sont nombreuses. On peut citer notamment le cadre législatif qui n’est pas appliqué, l’absence de représentation syndicale et de liberté d’association (le syndicat unique, l’ACFTU, dépend du PCC et n’est donc pas indépendant car intimement lié au pouvoir). Il faut également noter l’importance des « impératifs commerciaux » : pour conserver une réelle compétitivité sur le marché, les entreprises qui se fournissent dans les usines chinoises exercent des pressions importantes sur ces dernières en termes de rendement, pressions qui viennent contredire toute volonté sociale.

Il n’est pas rare d’entendre les gérants d’entreprise dire, pour toute justification : « Nos clients nous demandent des conditions de réactivité, de flexibilité tout en nous imposant de respecter et former les employés, c’est impossible». Les grandes entreprises donneuses d’ordre recommandent certes l’application des droits de l’Homme, mais les équipes commerciales exigent des bas prix et des délais de livraison très courts, ce qui conduit à une mauvaise application des droits. Les entreprises de sous-traitance ont un temps de réaction trop court et n’appliquent donc pas les droits.

Les campagnes citoyennes : l’exemple de la campagne contre Disney

Le tableau n’est cependant pas complètement noir. Différentes mobilisations citoyennes émergent depuis quelques années. La SACOM est une ONG créée en 2000 et officialisée en 2001 par des étudiants. Ses objectifs sont de contrôler les transnationales, aider les travailleurs à acquérir des droits, notamment syndicaux, développer une expertise sur les chaînes d’approvisionnement et créer des liens de solidarité avec les organisations de défense des droits des travailleurs sur le plan national et international.

Pour cela, la SACOM mène des campagnes en direction des consommateurs et des étudiants, conduit des recherches et des enquêtes auprès des travailleurs et travailleuses. Cette ONG met aussi en place des actions auprès des consommateurs pour encourager des achats « propres ». Elle veille par exemple dans le domaine informatique à ce que les universités ne s’approvisionnent pas auprès de sociétés qui exploitent les travailleurs.

La campagne principale que mène la SACOM est dirigée contre Disney. Cela fait trois ans que les violations graves des droits des travailleurs qui fabriquent des jouets pour Disney sont dénoncées. Une grande manifestation a notamment été organisée en 2005 et quatre rapports d’enquête publiés en septembre, octobre, novembre et décembre 2007 révèlent les conditions de travail des travailleurs de quatre usines sous-traitantes de Disney en Chine. Ces rapports font une nouvelle fois appel à la direction de la multinationale pour qu’elle accepte d’assumer ses responsabilités.

Avec des cadences infernales, une interdiction de prendre des jours de congés pendant les périodes de production importantes et des salaires de misère qui représentent seulement 62,5 % du salaire minimum légal, des retenues sur salaire au moindre retard, des heures supplémentaires payées en dessous du taux légal, les travailleurs et travailleuses ont de bonnes raisons d’exprimer leur mécontentement. Le problème étant par ailleurs que les employés n’ont pas de contrats de travail en bonne et due forme pour faire valoir leurs droits, car la direction les a obligés à signer un contrat qui ne mentionne ni le salaire, ni le temps de travail. Il faut ajouter à cela les conditions de sécurité et d’hygiène qui ne sont pas remplies : les produits chimiques sont utilisés sans protection adaptée et les ouvriers doivent partager un seul sanitaire pour tout l’étage.

Les droits des travailleurs et travailleuses de ces usines sont ainsi bafoués malgré la législation nationale existante et malgré le code de conduite que Disney a établi et qui devrait garantir « des pratiques sociales responsables tout au long de sa chaîne d’approvisionnement, et partout dans le monde ». Grâce à cette campagne et grâce au soutien d’organisations telles que United Students against Sweatshops (USAS), Writers Guild of America (WGA), National Labour Committee (NLC), Sweatshop Watch, la Clean Clothes Campaign et Peuples Solidaires, on a pu constater certaines améliorations, mais la situation reste largement insatisfaisante…

Peuples Solidaires - 2B rue Jules-Ferry, 93100 Montreuil, FRANCE - Tél. : 01 48 58 21 85 et 10 quai de Richemont, 35000 Rennes, FRANCE - France - www.peuples-solidaires.org - info (@) peuples-solidaires.org

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