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Logement et participation des habitants en France

09 / 2007

Les expériences locales de gestion urbaine participatives se sont multipliées partout dans le monde. En France, l’affichage de la participation dans les politiques publiques semble même être devenu un impératif. Pourtant, les différentes notions utilisées baignent encore dans un grand flou sémantique et la mise en œuvre des processus participatifs reste souvent questionnable.

Variété des définitions et des types de dispositifs

Le terme de “participation” est biaisé par son utilisation instituée : des textes officiels la rendent obligatoire dans certaines opérations d’aménagement, tandis que des groupes de personnes la revendiquent sous d’autres formes et dans d’autres occasions. La participation peut se définir comme un ensemble d’actions organisées et finalisées dans le but d’associer les personnes les plus directement concernées à la conception ou à la réalisation d’un projet complexe (1). Cette définition renvoie aussi bien à une réelle volonté politique d’associer les habitants qu’à une réponse minimale à une obligation légale ou encore à une mode électoraliste pour se faire une image de marque démocratique. C’est d’autant plus le cas que la terminologie de “démocratie participative” est souvent manipulée au cours des débats politiques.

Sous le vocable de “participation” il existe un éventail de processus variés. Ils changent en fonction du secteur de la population qu’ils touchent, de leur temporalité, du statut des décisions prises en leur sein, de leurs échelles d’action et de leurs origines (initiés par les citoyens, “bottom up” ou par les pouvoirs publics “top down”).

Inconsistance relative de la mise en œuvre

La “participation des habitants” devait caractériser la “politique de la ville” ; celle du “renouvellement urbain” préfère le terme de “concertation”. Quoi qu’il en soit, dans le cas de la participation comme dans celui de la concertation, nommer la démarche sert souvent de contenu sans que sa mise en œuvre ne soit très poussée. Or sa réalisation est d’autant plus difficile qu’il s’agit de travailler sur des transformations à la fois urbaines et sociales. En effet les politiques urbaines font appel à des aspects techniques qui les rendent complexes à appréhender tandis que les politiques sociales relèvent du domaine des décideurs politiques, eux-mêmes représentants des habitants. C’est sans doute pourquoi, dans leur recherche sur la participation, Donzelot et Epstein constatent l’inconsistance relative des pratiques françaises en matière d’implication des habitants comparativement à celles des autres pays occidentaux confrontés à la crise urbaine. Le consensus ne s’obtient pas sans un effort pour dépasser la tentation de facilité qui découle de la détention du pouvoir et du financement pour décider du bien de tous. Il ne permet pas, non plus, de se délester de la décision sur les destinataires en se contentant d’une démarche visant à “dorer le ghetto”. Le partenariat organise la confrontation, la recherche progressive d’un accord entre des parties qui ont des attentes et des intérêts parfois divergents.

Dans cette forme de participation-partenariat, les habitants rencontrent de nombreuses difficultés qui contribuent à transformer la démarche en échec, au moins pour une partie d’entre eux. Ceux-là seront, au moins désabusés, au pire remontés contre les processus de décision démocratique ; à l’extrême, ils verront dans l’action violente le seul mode d’expression capable de modifier le rapport de force.

Exemple de mise en œuvre innovante : la recherche-action comme mode de participation autour du projet urbain

La recherche-action est un mode de participation qui ne prétend pas réguler le déroulement du processus participatif et en éviter les échecs, mais plutôt permettre à des habitants de porter un regard distancié, quasi tiers, sur la démarche à laquelle ils participent, et de s’alimenter de productions théoriques qui questionnent les moments de la démarche. Cette méthode pose les habitants en experts de leur quartier. Elle propose que quelques-uns d’entre eux en fassent le diagnostic, à partir des problèmes que les personnes les plus en difficulté rencontrent sur un territoire. Par une confrontation entre habitants et professionnels qui interviennent sur le quartier, une analyse commune de la situation est produite.

Il y a plusieurs types de recherche-action : la Recherche sur l’action, la Recherche pour l’action, la Recherche par l’action, et plus globalisante la Recherche dans l’action. (cf. H. Desroche). La Recherche Action dépend fortement de la personne qui la mène, l’idéal étant qu’elle soit menée par des acteurs socialement concernés/impliqués au quotidien par les objets des recherches qu’ils conduisent. Il faut en effet convenir que la classique neutralité par rapport à l’objet perd de sa prévalence : ce qui importe, c’est bien la connaissance compréhensive de l’intérieur de l’agir dont sont porteurs les acteurs. C’est bien cette connaissance impliquée dont le processus de Recherche Action cherche à être l’accoucheur par une maïeutique sociale orientée vers l’action et le changement.

En plus de la démarche elle-même, les thèmes à travailler sont déterminés par les participants à l’atelier à l’intérieur du champ de la co-conception architecturale et urbaine. Celui-ci est vaste et habituellement abordé à travers les contraintes vécues par les maîtres d’ouvrage ou les maîtres d’œuvre, rarement à partir du point de vue des habitants participants.

Quelques exemples de problématiques qui peuvent être travaillées en atelier recherche action :

  • tendance à l’unanimisme du plus grand nombre “contre” un projet de transformation de l’espace, et aux divergences et découragements pour proposer des alternatives

  • lecture différentielle des modes de représentation de l’espace par des professionnels et par des habitants

  • difficultés à formaliser les pratiques urbaines des habitants participants

  • appréhension des processus de décision et des moments possibles pour le débat ou la négociation

  • recherche de consensus et peur du conflit dans les mécanismes de concertation

  • lien entre les méthodes de concertation et les dynamiques à l’œuvre

  • décalage entre le temps d’un projet urbain, de la conception à la réalisation, et le temps d’un projet personnel vécu par les habitants

  • découpage institutionnel du traitement de l’espace urbain et vécu transversal de ce même espace par les habitants

  • coordination entre démocratie représentative et démocratie participative

(1) Zaïr Kedadouche, Participation des habitants dans les opérations de renouvellement urbain, rapport à Jean-Louis Borloo, DIV, avril 2003, page 15

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