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Les énergies renouvelables en Afrique (2)

Les succès et les limites des filières renouvelables

Stephen KAREKEZI, John KIMANI, Ayago WAMBILE

07 / 2004

Lire la première partie de cette fiche : La situation des filières durables en Afrique

Ce qui a réussi

Il est de plus en plus clair que des investissements dans les renouvelables peuvent contribuer à améliorer les services énergétiques pour la plus grande partie de la population africaine, particulièrement les plus pauvres. La nature modulaire de certaines des énergies renouvelables (c’est-à-dire le fait qu’elles peuvent être développées progressivement) et donc les investissements faibles et progressifs auxquels elles sont associées, en font une option particulièrement adaptée aux pays africains disposant de capitaux limités.

Les événements qui influencent le secteur africain de l’énergie électrique conduisent à un plus grand intérêt pour les renouvelables. Tout d’abord, les prix du pétrole ont récemment culminé à plus de 60$ le baril, à un moment où les revenus en devises convertibles de l’Afrique étaient faibles en raison de la faiblesse des cours sur le marché mondial de ses principaux produits d’exportation et de la diminution des volumes exportés. On estime qu’en l’an 2000, les importations de pétrole ont doublé en pourcentage des revenus d’exportation, passant d’environ 20 pour cent à environ 40 pour cent dans certains pays africains.

De plus, les compagnies électriques de nombreux pays africains n’ont pas enregistré de bons résultats. Au cours des dernières années, le Cameroun, l’Éthiopie, le Ghana, l’île Maurice, le Kenya, le Malawi, l’Ouganda, le Nigeria et la Tanzanie ont tous été confrontés à de sévères rationnements d’électricité qui ont eu des conséquences préjudiciables pour leur économie. Un développement rapide des renouvelables est maintenant perçu comme une réponse viable à certains des problèmes d’approvisionnement électrique rencontrés dans la région.

En outre, des événements internationaux comme la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (CNUED), la Conférence plus récente du Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) et la Conférence de Bonn sur les énergies renouvelables ont amené la question du développement des renouvelables sur le devant de la scène.

Les succès avérés

Il y a différents exemples avérés d’utilisation réussie d’énergies renouvelables rentables pour diversifier le secteur africain de l’électricité et de l’énergie et améliorer le profil de risque de ces secteurs. Notamment :

  • La géothermie, principalement dans les pays de la zone de la Vallée du Rift (essentiellement le Kenya où les centrales géothermiques représentent plus de 10 % de la capacité de production du pays).

  • La cogénération (principalement sur l’île Maurice, où la cogénération contribue à près de 40 % de l’électricité produite dans le pays).

  • La petite et moyenne hydraulique dans des zones rurales isolées, qui a joué un rôle important dans la fourniture d’une électricité à bon marché à des hôpitaux, à des usines de thé, et à d’autres institutions et entreprises rurales.

  • Les biocarburants, produits sous forme de sous-produits d’industries agroalimentaires existantes comme des usines de sucre et utilisés comme un mélange de carburant pour le transport (à hauteur de 10-15 %, ce qui ne nécessite pas de modification des réseaux de distribution de carburant existants ou de la flotte actuelle des véhicules), se sont avérés une réussite relative au Malawi.

  • L’énergie éolienne dans les zones littorales du nord et du sud de l’Afrique, où les vitesses de vents sont constamment élevées toute l’année, et des parties de l’arrière-pays comme le Nord du Kenya, où des vitesses de vents moyennes élevées sont disponibles et où l’infrastructure de transport d’électricité est déjà en place ou prévue.

Des éléments empiriques portant sur plusieurs décennies, au Kenya et sur l’île Maurice, montrent qu’un taux de pénétration des renouvelables de 10-20 % a amélioré le profil de risque de leur secteur électrique national et réduit les risques liés à la sécheresse et aux prix élevés du pétrole, sans avoir à recourir à d’importantes subventions ni à des augmentations majeures des tarifs d’électricité. Le tableau 3 donne, à titre d’exemple, une estimation du potentiel de remplacement de la production électrique à partir de combustibles fossiles par une cogénération à partir de la biomasse dans trois pays de l’est et de la corne de l’Afrique.

L’essor de l’industrie éolienne en Afrique du Nord devrait jouer un rôle similaire. L’important potentiel éolien dans l’est, le sud et la corne de l’Afrique devrait également, à moyen et long terme, contribuer à une diversification du secteur énergétique de la région.

Pour des applications spécifiques en site isolé, un certain nombre de renouvelables ont démontré qu’elles étaient compétitives mais aussi qu’elles pouvaient surmonter les obstacles liés à la maintenance. Les options les plus intéressantes ont souvent été des applications permettant de générer des revenus et liées à des activités agricoles ou des industries agroalimentaires/forestières existantes. On peut notamment citer :

Tableau 3 : Potentiel de cogénération susceptible de remplacer la production électrique à partir de combustibles fossiles

PaysProduction d’électricité à partir de pétrole et produits pétroliers (GWh)Potentiel de cogénération à partir de la biomasse (GWh)*
Tanzanie143327
Kenya1509531
Ethiopie19103

* Potentiel estimé à 44 bars – 90 kWh/tonne de canne écrasée

Source : Adapté à partir de AIE, 2003

  • les pompes éoliennes pour l’irrigation en Afrique du Sud et en Namibie;

  • la petite hydraulique pour l’alimentation en électricité d’usines de transformation agricole isolées dans le secteur du thé, du café et de la foresterie au Kenya;

  • les applications géothermiques dans des exploitations horticoles rurales isolées (fleurs, légumes et fruits) au Kenya;

  • la cogénération dans des industries du secteur agricole / forestier en Tanzanie, au Kenya, en Ouganda, en Côte d’Ivoire, en Afrique du Sud et au Swaziland.

Quelques énergies renouvelables se sont avérées compétitives dans le secteur touristique africain en pleine croissance dans les zones naturelles et littorales : chauffe-eau solaires, pompes éoliennes pour l’eau potable, solaire photovoltaïque.

Les énergies renouvelables ont aussi fait la preuve de leur compétitivité par rapport aux options conventionnelles dans une gamme étroite d’applications institutionnelles dans des zones rurales isolées pour des dispensaires, des hôpitaux ruraux, des missions confessionnelles et des internats d’écoles secondaires dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Les chauffe-eau solaires et le solaire photovoltaïque sont maintenant largement adoptés par les ménages ruraux et urbains à hauts revenus.

Du fait de leur faible coût (dépendant partiellement de la production et du montage au niveau local), de leur facilité d’utilisation et des faibles exigences de maintenance associées, les renouvelables non électriques comme les cuisinières améliorées à biocombustible ont rencontré un vif succès et ont été adoptées par des millions de ménages ruraux et urbains pauvres, en particulier en Afrique subsaharienne et notamment au Kenya, au Mali, en Éthiopie, en Tanzanie et en Ouganda.

Les petits projets de renouvelables peuvent aussi s’intégrer aux efforts de réduction de la pauvreté dans la mesure où ils sont réalisés localement. Dans certains cas, les technologies des énergies renouvelables sont les seules options dans les zones rurales du fait de la faible couverture des réseaux des énergies conventionnelles (électricité et pipelines). Ces technologies ne fournissent pas seulement une énergie à un prix abordable pour les plus pauvres, elles peuvent aussi être à l’origine d’une création d’emplois et d’entreprises pour les populations pauvres des zones rurales et urbaines en Afrique :

  • Les technologies de combustion à base de biomasse, à faible coût mais à meilleur rendement (par exemple cuisinières améliorées, fours à carboniser efficaces, fours à briques, fumoirs à poisson, séchoirs à thé et séchoirs à bois).

  • La force motrice d’une picocentrale ou d’une micro-centrale utilisée pour la transformation d’un produit agricole et en augmenter la valeur, ainsi que pour le pompage de l’eau.

  • Des séchoirs solaires qui peuvent réduire les pertes après récolte et permettre aux agriculteurs de commercialiser leur produit quand les prix sont les plus élevés.

  • Des pasteurisateurs solaires qui fournissent de l’eau potable propre et réduisent les maladies hydriques, ce qui se traduit par une augmentation de la disponibilité de la main-d’Ĺ“uvre et permet ainsi d’augmenter la productivité et le revenu agricoles.

Pour les projets renouvelables à moyenne et grande échelle, il est possible de s’assurer que les avantages parviennent jusqu’aux groupes à faibles revenus. Par exemple, à l’aide de toutes sortes de mesures innovantes de partage de revenus, le secteur de la cogénération de l’île Maurice a travaillé en relation étroite avec le Gouvernement du pays pour garantir que la totalité des parties prenantes à l’économie sucrière, notamment les petits exploitants de canne à sucre à faibles revenus, puissent bénéficier d’avantages substantiels.

Contrairement aux technologies des énergies conventionnelles, qui sont parvenues à maturité et sont devenues des secteurs exigeant de lourds investissements, la plupart des renouvelables utilisées dans la région sont des technologies relativement récentes qui n’exigent pas des capitaux importants. Elles sont aussi relativement moins sophistiquées, ce qui signifie qu’un secteur industriel important pourrait être développé en Afrique même lorsque l’expertise technique est limitée. Les chances pour un pays africain (à l’exception de l’Afrique du Sud) de devenir un acteur important sur le marché mondial de la production d’équipements et de services en matière d’énergies conventionnelles sont bien maigres, mais, en conjuguant un soutien financier et d’habiles initiatives technologiques stratégiques, il peut devenir possible pour un pays africain de jouer un rôle important sur le marché des équipements et des services pour les renouvelables à petite ou moyenne échelle. Par exemple, le Kenya est en train de devenir un leader en matière de développement de l’énergie géothermique. L’île Maurice est aussi considérée comme un leader en matière de cogénération à partir de la bagasse au niveau de la région et, dans une certaine mesure, dans les pays en développement.

Ce qui a peu de chances de réussir

Il existe un consensus de plus en plus large parmi les décideurs politiques pour dire que les efforts visant au développement et à la diffusion des énergies renouvelables en Afrique sont restés très en deçà des attentes. Les renouvelables n’ont ni réussi à attirer un niveau suffisant d’investissements ni à susciter des engagements politiques tangibles. Même si les moyens alloués, aux niveaux national et international, au développement, à l’adaptation et la diffusion des renouvelables au cours des deux dernières décennies peuvent paraître importants, leur montant total reste insignifiant comparé à ce qui a été accordé au secteur des énergies conventionnelles. Les efforts dans la région ont été limités par une combinaison de facteurs qui feront l’objet des paragraphes suivants.

L’expérience acquise à travers des projets pilotes, des études de préfaisabilité ainsi que des évaluations indiquent que les options et approches sur les énergies renouvelables qui suivent ont des perspectives limitées de succès à court ou moyen terme :

  • Les énergies renouvelables modernes qui ne sont pas encore parvenues à un niveau de compétitivité économique dans les pays industrialisés, comme les piles à combustible et presque tous les systèmes renouvelables basés sur l’hydrogène.

  • Les énergies renouvelables modernes perfectionnées et proches de la compétitivité comme les centrales solaires thermiques, les grands systèmes de briquetage de biomasse et les initiatives à grande échelle sur les biocarburants du type de ce qui se passe au Brésil.

  • Les renouvelables électriques de pointe et de petite taille, destinées à une utilisation dans les ménages à faibles revenus, comme le photovoltaïque et les petites éoliennes. Pratiquement toutes les variations de systèmes hybrides qui combinent des renouvelables avec des options conventionnelles ou qui associent plusieurs renouvelables (par exemple éolien avec groupe électrogène diesel, éolien et photovoltaïque, etc.) n’ont pas enregistré de grands succès sur le marché africain de l’énergie des ménages à faibles revenus. Les coûts initiaux et les difficultés de maintenance se sont avérés des obstacles infranchissables.

  • Les obligations sophistiquées en matière de renouvelables et les mesures réglementaires de financement carbone. Peu de pays africains ont été capables de bénéficier du MDP. Même le marché volontaire des petits projets MDP n’a suscité qu’un intérêt limité en Afrique. Les barrières essentielles semblent être la pénurie de compétences, de capacité analytique et de capacité institutionnelle pour persévérer jusqu’à la conclusion des processus assez lents et tortueux de la négociation et de l’approbation qui accompagnent les mécanismes de type MDP.

Lire la suite de cette fiche : Les obstacles au développement de l’utilisation des renouvelables en Afrique

Mots-clés

énergie renouvelable, production d’énergie


, Afrique

dossier

Énergies renouvelables, développement et environnement : discours, réalités et perspectives (Les Cahiers de Global Chance n°23, avril 2007 en coédition avec Liaison Énergie-Francophonie)

Notes

Traduction de Jean-Luc Thierry

Stephen Karekezi : Directeur du Réseau de recherche sur la politique énergétique en Afrique (AFREPREN : www.afrepen.org) ainsi que Secrétaire exécutif de la Fondation pour la dissémination des fours à bois (FWD), à Nairobi.

John Kimani : Gestionnaire supérieur de programme et spécialiste du secteur de l’énergie au secrétariat du AFREPREN/FWD à Nairobi. Il s’intéresse à la recherche en politique énergétique (énergies renouvelables et applications électriques) et connaît à fond le secteur de l’énergie de plusieurs pays de l’est et du sud de l’Afrique.

Ayago Wambile : Chargé de projet du programme de recherche au secrétariat du AFREPREN/FWD à Nairobi. Il collabore actuellement à la gestion et au compte rendu des projets, et prépare les rapports nationaux et régionaux. De plus, il vérifie par recoupement les données traitant des enjeux de la réforme du secteur de l’énergie en Afrique.

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