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Lutter contre les émissions de gaz à effet de serre sans freiner le développement des pays du Sud

Les politiques sur le changement climatique opposent-elles le Sud et le Nord ?

Sunita NARAIN

05 / 2007

Mes pires craintes deviennent réalité. Je parle des politiques sur le changement climatique plutôt que de l’état du climat proprement dit. Tandis que les préoccupations sur ce sujet vont crescendo, discordes et contentieux fermentent dans un monde qui pourtant devrait se rassembler sur des solutions concrètes. Car il n’y a pas de temps à perdre en vaines politicailleries.

Deux choses se passent. Premièrement, la Chine et l’Inde sont montrées du doigt : ce sont deux affreux pollueurs qui sont en train d’augmenter les émissions de gaz à effet de serre, qui ne veulent pas s’engager sur des objectifs obligatoires, qui bloquent donc les négociations internationales. Deuxièmement, les Etats-Unis et l’Australie (deux pays qui brutalisent le climat et qui sont revenus sur leurs engagements) bénéficient des plus grands égards. Ils voudraient bien Ĺ“uvrer, dit-on, dans l’intérêt général de toute la planète mais leurs efforts seraient anéantis par le comportement de ces deux grands empoisonneurs que sont la Chine et l’Inde. Entre ces protagonistes, l’Europe et le Japon jouent les intermédiaires et demandent à la Chine de céder du terrain pour que la situation se débloque avec les Etats-Unis. Pendant ce temps, on ne parle guère de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre en Europe l’année dernière.

Quand la Chine évoque le principe d’équité (arguant que les pays riches sont les premiers responsables du changement climatique), on l’accuse de faire de l’obstruction, on dit que le temps n’est plus au blame game (= c’est la faute des autres !), que l’heure est aux décisions énergiques sur le plan mondial. « Ce que nous avons fait, c’était pour notre développement. Maintenant, dans l’intérêt de la planète entière, vous ne pouvez plus faire la même chose ». Ainsi raisonnent les accusateurs. Comme si la Chine n’allait pas elle aussi souffrir du changement climatique, alors qu’elle n’est pas à l’origine de ce problème.

Si l’heure était à la récréation, on pourrait s’amuser de ces exercices de boxe dans le vide, mais le temps presse. Nous avons un besoin urgent de décideurs politiques déterminés à sortir la planète de ce pétrin. Nous avons besoin d’un leadership clairvoyant, pas d’entourloupes en tout genre ni de faux-fuyants.

Je pense qu’on devrait s’accorder sur un cadre de réflexion simple. Premièrement, il faut admettre une fois pour toute que les pays industrialisés sont responsables du changement climatique. Les faits sont là, incontournables : il y a dans l’atmosphère un stock de gaz à effet de serre qui s’est accumulé au fil du temps parce qu’une minorité de gens créaient pour eux de la richesse. Maintenant le climat est déstabilisé. Et voici que des pays qui jusque-là étaient en retard vont encore ajouter à ce stock perturbateur pour connaître à leur tour un certain développement. Les Etats-Unis (ou d’autres pays riches) ne peuvent prétexter de cela pour refuser de prendre les mesures vigoureuses qui s’imposent afin de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Deuxièmement, on doit convenir que la Chine et l’Inde ont besoin, ont le droit de se développer. Leur engagement dans la lutte ne sera pas juridiquement obligatoire ; il se fondera néanmoins sur des objectifs et des programmes nationaux précis. Nous savons bien qu’il n’est pas de notre intérêt de polluer puis ensuite nettoyer, de gaspiller l’énergie avant de songer à l’économiser. Pour les pays émergents, le défi consiste à se doter de stratégies de croissance à faible taux d’émission de carbone, tout en exerçant pleinement leur droit au développement.

C’est faisable, mais il faudra bien plus, bien plus que le rapport timoré et politiquement naïf du Groupe d’experts intergouvernemental sur le changement climatique. Pour freiner le processus et sauver la planète, celui-ci préconise diverses options : l’énergie nucléaire, les biocarburants, la capture et le stockage du dioxyde de carbone… On y trouve aussi quelques platitudes sur la nécessité de modifier les modes de consommation. Il n’y avait pas besoin de tous ces économistes et scientifiques de haut niveau pour nous dire des choses que les écoliers n’ont aucun mal à comprendre. La vérité c’est qu’on sait bien ce qu’il faut faire pour combattre le changement climatique. La question est la suivante : pourquoi ça ne se fait pas ?

Il y a deux aspects. Premièrement, les technologies existent. Si la Chine et l’Inde investissent d’abord dans des technologies pas clean et de moindre efficacité énergétique, c’est parce qu’elles ne peuvent pas s’offrir pour le moment ce qu’il y a de mieux. Elles vont faire comme avaient fait les pays développés d’aujourd’hui : d’abord produire leur lot d’émissions de gaz à effet de serre, faire de l’argent, ensuite investir dans des processus plus efficaces.

C’est moins compliqué que la physique nucléaire. Alors pourquoi la planète en son entier n’est pas capable de financer des technologies propres dans les pays émergents ? Pourquoi ces grandes phrases et ces petits pourboires ? Les Mécanismes pour un développement propre étaient en principe conçus pour traiter ce problème. Malheureusement, les règles et procédures ont été fixées par les gouvernements, les industriels et divers organismes des pays riches. Le résultat est que ce dispositif, chargé de faciliter la transition dans les pays du Sud, ne coûte pas cher, est corrompu et inefficace. Il s’agissait, à vrai dire, de fournir aux pays riches le moyen d’atteindre au moindre coût leurs objectifs de réduction de gaz à effet de serre, tandis qu’industriels de pays du Nord et industriels de pays du Sud émergeants feraient de bonnes affaires. L’intérêt mutuel de ces pollueurs est ainsi pris en compte. Il faut que cela change ; ce n’est pas impossible.

Le deuxième aspect est plus compliqué. Comme les pays riches ont déjà rempli l’atmosphère de pollution, il ne reste plus beaucoup d’espace là-haut pour que le reste du monde puisse aussi se développer. Voici quelques chiffres : les concentrations de dioxyde de carbone dans l’atmosphère sont passées de 280 ppm (parties par million) avant la révolution industrielle à 379 en 2005. Les scientifiques disent que le seuil à ne pas dépasser est de 450 ppm si on veut limiter les dégâts, qu’au delà de 550 ppm on est dans l’aventure. La seule façon dont les pays pauvres pourraient à leur tour bénéficier des capacités d’absorption restantes de l’atmosphère, c’est l’arrêt total des émissions actuelles des pays industrialisés. La grande question c’est le partage de ces capacités d’absorption.

Pour trouver les moyens de réduire nos émissions, nous devons impérativement changer nos façons de faire. Il ne suffit pas de discourir à profusion de technologie et d’efficacité ; il faut aussi restructurer l’activité économique pour réduire la consommation. La notion de « suffisance » (on peut avoir son lot de bien-être sans accumuler des biens marchands outre mesure) est aussi importante que le principe de « efficience » (obtenir les mêmes résultats avec moins de matière). Cela peut se faire. Par exemple, nous savons bien qu’il faut investir dans les transports publics et réduire l’usage des autos. Cela s’est fait à Singapour, et là-bas ils ne sont ni pauvres ni idiots. Pourquoi serait-ce impossible à Londres ou New-York ou d’autres villes de pays riches ? Peut-être parce que les premières victimes potentielles du changement climatique ne peuvent pas leur forcer la main.

Mots-clés

pollution atmosphérique, lutte contre la pollution, changement climatique, politique de l’environnement, politique de l’énergie

dossier

Le problème, c’est la voiture en ville (Notre Terre n°22, juin 2007)

Notes

Traduction en français : Gildas Le Bihan (CRISLA)

Source

CRISLA, Notre Terre n° 22, juin 2007. Sélection d’articles de Down To Earth, revue indienne écologiste et scientifique, publiée par CSE à New Delhi.

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