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Des forêts himalayennes au biogaz écolo en passant par les vaches

Valérie FERNANDO

05 / 2008

Dans un contexte de déforestation massive de l’Himalaya indien et face aux difficultés croissantes d’approvisionnement en bois de chauffe, l’organisation non-gouvernementale indienne Grassroots promeut l’usage, dans les villages montagnards, d’une énergie renouvelable et propre : le biogaz.

L’Uttarakhand, une région himalayenne en danger

L’Uttarakhand est l’une des régions de l’Himalaya central indien les plus sévèrement touchées par la déforestation. Les ravages ont commencé sous l’Empire britannique lorsque des pans entiers de cette montagne jeune ont été décimés pour alimenter l’édification du gigantesque réseau de chemins de fer (traverses et wagons en bois) dont les rails ont rapidement recouvert l’immense territoire de la péninsule indienne.

Les arbres de l’Himalaya (en particulier le teck et le sal) ont également contribué à un autre prestigieux et non moins indispensable chantier : la construction de stations climatiques d’altitude (Simla, Mussoorie, Dalhousie, Nainital) destinées à améliorer le sort des malheureux colons britanniques, accablés par la chaleur estivale des plaines et désireux de fuir cet enfer indien pour enfin jouir de la fraîcheur des hauteurs, confortablement installés dans le mobilier luxueux de leurs magnifiques chalets…

L’Inde indépendante n’est cependant pas en reste, qui a poursuivi jusqu’à nos jours cette entreprise dramatique de déforestation intensive. Plusieurs facteurs se conjuguent qui, tous, conduisent à une accélération de la disparition de la couverture forestière :

  • l’augmentation de la population a conduit à une extension des terres agricoles au détriment de la forêt, déjà mise à mal par la pratique traditionnelle de la culture sur brûlis ;

  • malgré une législation censée protéger les forêts, l’exploitation commerciale et abusive des arbres par les compagnies forestières n’a guère connu de répit ;

  • la construction de nouvelles routes dans cette région à la fois stratégique militairement, car frontalière du redouté voisin chinois, et destinée à se développer au niveau touristique (pèlerinages religieux, trecking) n’a eu de cesse d’abîmer les sols, de provoquer éboulements et glissements de terrain ;

  • enfin, le bois demeure la principale source d’énergie domestique pour les habitants de cette région essentiellement rurale.

Le biogaz comme palliatif à la déforestation

Afin d’apporter une réponse au problème de la raréfaction du bois de chauffe liée à la déforestation, l’association locale Grassroots a développé un programme d’installation d’unités domestiques de biogaz pour la cuisine. Le principe en est relativement simple et utilise le processus de méthanisation par fermentation anaérobie des déchets organiques agricoles.

La matière première ici utilisée est faite d’un mélange à part égale de bouse de vache et d’eau. Naturellement chauffé à l’intérieur d’une structure en forme de dôme, close et dépourvue d’oxygène, ce mélange produit un gaz composé principalement de méthane et de gaz carbonique. Amené au niveau de la cuisine par un conduit, ce biogaz peut alors être utilisé comme combustible. Le reste de la matière organique est recueillie et enrichie de feuilles mortes pour en faire un compost agricole dont les propriétés fertilisantes sont supérieures à celles de la traditionnelle bouse de vache « pure ».

La dimension des unités de biogaz peut être adaptée à la taille de la famille. Une unité d’un mètre cube, subvenant aux besoins de 4 personnes, nécessite 25 kg de fumier par jour, soit la production de 2 à 3 bovins. Une difficulté apparaît cependant pendant la période hivernale où l’efficacité diminue d’environ 25 %. Il semblerait que le biogaz n’en reste pas moins l’alternative au bois de chauffe la plus convaincante actuellement.

Les installations de biogaz présentent plusieurs avantages. Elles sont accessibles financièrement à des habitants à faibles revenus. En effet, bien que la somme de départ pour leur construction soit importante pour des foyers villageois (14.000 Roupies, soit 230 Euros par unité) elles n’entraînent pas de dépenses supplémentaires une fois construites et, à condition que les propriétaires soient formés, ni leur entretien ni leur réparation ne nécessitent d’intervention extérieure. Par ailleurs, à côté des organisations non-gouvernementales (ONG) déjà actives, le gouvernement local ou central pourrait prendre en charge l’investissement initial dans le cadre de sa politique environnementale.

Autre bénéfice, l’amélioration des conditions de vie, qui concerne davantage les femmes et les enfants. C’est à eux en effet qu’incombe traditionnellement la collecte du bois de chauffe dans des conditions particulièrement rudes. Il est malheureusement trop fréquent de rencontrer sur les chemins de l’Uttarakhand des femmes pliant sous le poids des fagots de bois, s’en retournant à pied dans leur village après avoir parcouru, des heures durant, les pentes escarpées des environs. Le remplacement du bois par le biogaz peut enfin les libérer de cette corvée inhumaine et physiquement exténuante. L’impact positif sur la santé est renforcé par l’absence d’émission de fumée lors de la combustion du biogaz, contrairement à celle du bois de chauffe qui entraîne des maladies respiratoires chroniques, extrêmement fréquentes chez les enfants.

Enfin, au niveau environnemental, le biogaz est une source d’énergie renouvelable qui contribue dans une certaine mesure à éviter la déforestation. De plus, dans une région subissant de plein fouet les effets du réchauffement climatique à travers la fonte accélérée des neiges et des glaciers himalayens, il est bienvenu de promouvoir un combustible ne produisant pas de CO2 (gaz dont l’augmentation dans l’atmosphère est en partie responsable dudit réchauffement).

Le biogaz apparaît ainsi comme une solution idéale en termes aussi bien économiques, sociaux qu’écologiques et l’on peut espérer que ce procédé décentralisé d’énergie renouvelable soit appelé à se répandre, non seulement dans les régions himalayennes mais aussi dans les zones rurales des plaines.

Le développement local montagnard au cœur de l’association Grassroots

A l’origine de ce projet biogaz en Uttarakhand se trouve donc la Pan Himalayan Grassroots Development Foundation (Fondation pan-himalayenne pour le développement populaire). Plus connue sous l’appellation Grassroots, cette organisation non gouvernementale, fondée en 1992, se donne pour objectif de promouvoir des programmes de développement montagnard intégré, en vue de la réhabilitation des zones désolées de l’Himalaya indien central et occidental.

Ces projets de proximité reposent sur la conviction que les populations montagnardes ont la volonté, le droit et les capacités d’améliorer elles-mêmes leurs conditions de vie. Ils visent donc à apporter leur soutien à des organisations communautaires locales auto-suffisantes. Présents dans plus de 400 villages des États himalayens d’Uttarakhand et d’Himachal Pradesh, ils comprennent plusieurs champs d’activité :

  • la gestion des ressources naturelles

  • l’optimisation des systèmes agricoles montagnards

  • l’adoption de technologies adaptées dans les secteurs de l’énergie renouvelable, de l’eau et de l’assainissement

  • l’organisation de groupes d’entraide pour assurer des revenus réguliers et freiner la migration des jeunes vers les villes où les conditions de vie et de travail sont déplorables.

Une équipe de 50 « ingénieurs aux pieds nus », regroupés dans une association créée par Grassroots, la guilde des artisans du Kumaon (Kumaon Artisans Guild) est chargée de diffuser des technologies adaptées aux contraintes du milieu himalayen auprès des foyers villageois qui en font la demande. Ainsi, dans le cadre du projet biogaz, plus de 70 artisans et maçons locaux ont été formés à la construction des installations et plus de 700 familles disposent désormais de cette technique.

Les sources de financement de Grassroots proviennent de fondations indiennes, du Gouvernement indien et d’ONG étrangères. Cet argent a permis de financer, entre autres, la construction des unités de biogaz. Le « programme national de biogaz », géré par le Ministère indien des énergies non-conventionnelles, n’ayant cependant pas apporté le soutien promis, Grassroots est actuellement à la recherche de nouvelles sources de financement à long terme.

N.B.

Les informations de cet article proviennent principalement des deux sources suivantes :

… et de ma fréquentation personnelle et passionnée des montagnes et villages de l’Uttarakhand …

Mots-clés

production d’énergie, énergie renouvelable


, Inde, Himalaya

Notes

Valérie Fernando est partie à Mumbai (Bombay) en Inde au CED, Centre for Education and Documentation, dans le cadre des programmes de mobilité d’Echanges et Partenariats avec comme partenaire Ritimo.

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