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Effets destructeurs pour la réforme agraire et pour les travailleurs ruraux au Brésil

Maria Luisa MENDONCA, Marluce MELO, PLÁCIDO JÚNIOR

2008

Le cas du Brésil peut être appliqué et vérifié dans d’autres pays. L’industrie de la canne a été le secteur de l’agrobusiness qui a le plus augmenté en 2005. En 2006, plus de 425 millions de tonnes de canne à sucre ont été produits sur six millions d’hectares de terrain. Pour 2007, le ministère de l’Agriculture prévoit une augmentation de 10 % de la récolte de canne à sucre. Cette tendance à la croissance va continuer. Le Brésil est actuellement le plus grand producteur mondial d’éthanol et a atteint un record de 17,4 milliards de litres en 2006. On estime que d’ici à 2012, la production annuelle d’éthanol au Brésil sera de 35 milliards de litres.

Le Brésil possède environ 200 millions d’hectares de terres en friche et 130 millions d’hectares de terres non fertiles, selon des études du II Plan national de Réforme agraire. L’expansion des monocultures pour la production d’agrocombustibles doit augmenter l’appropriation de grandes zones de terres publiques par les entreprises productrices de soja, en plus de « légaliser » les appropriations déjà existantes.

Le cycle de l’appropriation au Brésil commence en général par la déforestation, en utilisant de la main d’œuvre esclave, ensuite par l’élevage et la production de soja. Actuellement, avec l’augmentation de la production d’éthanol, ce cycle est complété par la monoculture de la canne. Les terres en friche tout comme les terres non fertiles devraient être utilisées par la réforme agraire, pour produire des denrées alimentaires, pour la reforestation dans les zones défigurées par les grandes propriétés et pour répondre à la demande historique de près de cinq millions de familles sans terre.

Certaines grandes entreprises étrangères ont acquis des usines au Brésil, parmi elles Bunge, Noble Groupe, ADM et Dreyfus, et même de grands hommes d’affaires comme George Soros et Bill Gates.

L’industrie de la canne à sucre crée du chômage

Dans de nombreuses régions, l’augmentation de la production d’éthanol a entraîné l’expulsion de paysans de leurs terres et généré une dépendance à la dénommée « économie de la canne », où il n’existe que des emplois précaires dans les cannaies. Le monopole de la terre par les patrons d’usine empêche le développement d’autres secteurs économiques, en créant du chômage, en stimulant la migration et soumet les travailleurs à des conditions dégradantes.

Malgré la propagande « d’efficacité », l’industrie de l’agroénergie est basée sur l’exploitation d’une main d’œuvre bon marché et même sur l’esclavage. Les travailleurs sont rémunérés à la quantité de canne coupée et non au nombre d’heures travaillées. Dans l’État de São Paulo, plus grand producteur du pays, le but de chaque travailleur est de couper entre 10 et 15 tonnes de canne à sucre par jour.

Dans l’état de São Paulo, les travailleurs reçoivent R$2,44 par tonne de canne coupée et empilée. Pour recevoir R$413 par mois, les travailleurs doivent couper une moyenne 10 tonnes de canne à sucre par jour. Pour cela, 30 coups de machette à la minute sont nécessaires, durant huit heures de travail par jour.

Selon le professeur Pedro Ramos, de l’Unicamp, dans les années 80, les travailleurs coupaient près de 4 tonnes et gagnaient l’équivalent de R$9,09 par jour. Aujourd’hui, pour gagner R$6,88 par jour, il faut couper 15 tonnes de canne à sucre. De nouvelles recherches avec la canne à sucre transgénique, plus légère et avec une teneur en saccharose plus importante, aboutissent à plus de profits pour les exploitants et plus d’exploitation pour les travailleurs. Selon une étude du ministère du Travail et de l’Emploi (MTE), dans le passé 100m2 de canne correspondaient à 10 tonnes, aujourd’hui, il en faut 300m2 pour obtenir 10 tonnes ».

Esclavage et mort des travailleurs

Ce modèle d’exploitation a causé de sérieux problèmes de santé et même la mort de travailleurs. Entre 2005 et 2006, 17 morts par épuisement lors de la coupe de la canne à sucre ont été enregistrées. La chercheuse Maria Cristina Gonzaga, de Fundacentro, un organe du ministère du Travail affirme que « Au Brésil, le sucre et l’alcool baignent dans le sang, dans la sueur et la mort ».

En 2005, selon le MTE, 450 travailleurs trouvent la mort dans les usines de São Paulo. Les causes de ces morts sont les assassinats, les accidents lors du transport précaire vers les usines, les maladies comme les arrêts cardiaques, le cancer, et également les cas des travailleurs carbonisés durant les brûlages. Maria Cristina Gonzaga estime que 1 383 personnes travaillant dans les cannaies sont mortes dans des circonstances semblables entre 2002 et 2006.

Entre avril et mai 2007, trois morts de travailleurs dans les cannaies de l’état de São Paulo ont été enregistrées. José Pereira Martins, 52 ans, est mort d’un infarctus après avoir travaillé dans la coupe de la canne à sucre dans la commune de Guariba. Lourenço Paulino de Souza, 20 ans, a été retrouvé mort dans l’usine de São José, à Barretos.

Le 15 avril, un employé de l’usine de Santa Luiza, dans la commune de Motuca, est mort asphyxié et un autre a été gravement blessé, alors qu’ils procédaient au contrôle du brûlage de la canne. Ils ont été atteints par les flammes. Adriano de Amaral, 31 ans, est mort car le camion-citerne qu’il conduisait pour maîtriser le feu n’avait pas assez d’eau. Il était papa d’un petit garçon de sept ans et d’un bébé de 20 jours à peine. Un autre travailleur, Ivanildo Gomes, 44 ans, a souffert de brûlures sur 44 % de son corps.

Tous les ans, des centaines de travailleurs sont retrouvés dans des conditions identiques dans les cannaies : sans contrat de travail, sans équipements de protection, sans eau ou nourriture adéquate, sans accès aux douches et installés dans des logements précaires. Souvent, les travailleurs doivent payer pour obtenir un équipement comme les bottes et les machettes. Et en cas d’accident de travail, ils ne reçoivent aucun traitement approprié.

Le travail d’esclave est courant dans le secteur. Les travailleurs sont généralement des migrants du Nordeste ou du Vale do Jequitinhonha, état de Minas Gerais, recrutés par des intermédiaires qu’on appelle « gatos » qui sélectionnent la main d’œuvre pour les usines. En 2006, le bureau du Procureur du ministère Public a inspecté 74 usines dans l’état de São Paulo et toutes étaient en infraction. En mars 2007, des contrôleurs du MTE ont libéré 288 personnes travaillant dans des situations semblables à celles de l’esclavage dans six usines de São Paulo. Durant une autre opération réalisée en mars, le groupe de contrôle de la Délégation régionale du travail au Mato Grosso do Sul, a sauvé 409 travailleurs dans la cannaie d’une distillerie Centro oeste d’Iguatemi. Parmi eux, il y avait 150 indigènes.

En juillet 2007, les contrôleurs du ministère du Travail ont libéré 1108 travailleurs qui récoltaient la canne à sucre dans l’exploitation Pagrisa (Pará Pastoril e Agrícola S.A.), dans la commune de Ulianópolis (Pará), située à 390 kilomètres de Belém.

La OIT (Organisation international du travail) informe que : « Conformément au contrôleur du travail et au coordinateur de l’action, Humberto Célio Pereira, certains travailleurs recevaient moins de R$ 10,00 par mois, étant donné que les retenues illégales sur salaire réalisées par l’entreprise correspondaient à la quasi totalité du salaire qu’il y avait à percevoir. Le contrôleur ajoute que la nourriture servie aux travailleurs était avariée et plusieurs personnes souffraient de nausées et de diarrhées. D’après le récit des employés de l’exploitation, l’eau pour se désaltérer était la même que celle utilisée pour l’arrosage de la canne et elle était tellement sale qu’elle ressemblait à un bouillon de haricots. D’après Humberto, les logements étaient surpeuplés et l’égout était à ciel ouvert. Venus pour la plupart du Maranhão et du Piauí, ils ne disposaient d’aucun moyen de transport pour les emmener de l’exploitation au centre d’Ulianópolis, situé à 40 kilomètres de là. »

Mots-clés

agrocarburant, agriculture et environnement, agriculture et santé, conditions de travail


, Brésil

dossier

L’agroénergie : mythes et impacts en Amérique latine

Notes

Traduit en français par Elisabeth Teixeira (babethteixeira (at) yahoo.fr)

Les textes de ce dossier sont le résultat du séminaire sur l’expansion de l’industrie de la canne à sucre en Amérique Latine, qui a eu lieu à São Paulo, au Brésil, du 26 au 28 février 2007.

Ce dossier est aussi disponible en anglais, espagnol et portugais.

Source

Colonialismo e Agroenergia (Colonialisme et agroénergie), Maria Luisa Mendonça et Marluce Melo, América Latina en Movimiento, N°. 419, ALAI, Quito, avril 2007.

O Mito dos Biocombustíveis (Le mythe des biocombustibles) - Edivan Pinto, Marluce Melo et Maria Luisa Mendonça, Brasil de Fato, février 2007.

Expansão da Cana no Brasil (Expansion de la canne à sucre au Brésil) : Conseqüências e Perspectivas (Conséquences et perspectives), Plácido Junior, Commission rurale de la terre, mars 2007.

Trabalhadores Rurais (Travailleurs ruraux) : A Negação dos Direitos (Le refus des droits), Maria Aparecida de Moraes Silva, Séminaire sur l’industrie de la canne à sucre en Amérique latine, São Paulo - Brésil, février 2007.

How Biofuels Could Starve the Poor, C. Ford Runge and Benjamin Senauer, Foreign Affairs, May/June 2007.

If we want to save the planet, we need a five-year freeze on biofuels, George Monbiot, The Guardian, 27 mars 2007.

Spécialiste : Au Brésil, l’éthanol baigne dans le sang, http://noticias.terra.com.br/brasil/…

Blitz vê condição degradante na produção de álcool em SP (Blitz voit des conditions dégradantes dans la production d’alcool à SP), Folha de S. Paulo, 21 mars 2007.

La soberanía alimentaria, en peligro por el auge de los biocombustibles, La Jornada (Mexico), 7 février 2007.

Comissão Pastoral da Terra - Rua Esperanto, 490 - Recife, BRASIL - Tel. / Fax: 55-81-3231-4445 - Brésil - www.cptpe.org.br - cptpe (@) terra.com.br

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