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L’industrie des agrocombustibles au Costa Rica, Nicaragua et Honduras

Gerardo CERDAS VEGA

2008

Analysons ici ces thèmes pour le Costa Rica et le Nicaragua, pour que nous puissions avoir une idée de la réalité quotidienne de milliers de travailleurs agricoles dans les régions de production de canne à sucre des deux pays. En ce sens, il faut souligner que la croissance de la migration (temporaire ou permanente) du Nicaragua vers le Costa Rica a permis la naissance d’une sorte de zone binationale pour le développement et la culture de la canne à sucre, dans laquelle le premier pays fournit la main d’œuvre et le second, le matériel et les capitaux. C’est aussi une zone où les droits des travailleurs et des travailleuses sont violés sans aucun type de contrôle de la part des états.

Au Costa Rica, la récolte a lieu entre décembre et mai ; et au Nicaragua, entre novembre et mai. Il existe une convention entre les deux pays pour « l’importation » de main d’œuvre du Nicaragua, qui observe certaines conditions favorables pour le travailleur (assurance migratoire, avances d’argent et vivres, distribution d’outils). Mais cette convention n’est pas respectée pour plusieurs raisons, tout particulièrement parce que les contremaîtres ne respectent pas les termes des contrats et cela entraîne une grande désertion des travailleurs, qui entrent dans « l’illégalité ».

L’agroindustrie sucrière du Costa Rica compte 7 000 producteurs indépendants et 16 usines réparties dans le pays. Ces usines se trouvent dans quatre régions : Pacífico Central, Pacífico Seco, Huetar Norte et Huetar Atlântica.

Au Nicaragua, le contrôle de la production et de la commercialisation du sucre, aussi bien sur les marchés extérieurs que sur le marché national, se trouve entre les mains des grands producteurs. La production de sucre est contrôlée par les usines, qui contrôlent également les chaînes de commercialisation. Au Nicaragua, il existe quatre sucreries qui contrôlent tout le processus de production.

Profil des travailleurs et conditions de travail

Au Costa Rica, le profil des travailleurs va dépendre de la région dans laquelle l’activité est développée. Ces dernières années, le phénomène de la migration a été explosif et cela se reflète sur le fait que plus de 90 % des travailleurs de l’agroindustrie de la canne à sucre dans la région Pacífico Seco proviennent du Nicaragua. Cela donne un profil de travailleur qui, souvent, dans des conditions migratoires irrégulières conformément aux lois en vigueur, accepte des conditions de travail très en dessous des modèles établis par le Code du Travail du Costa Rica et par les Conventions de l’Organisation internationale du Travail, parmi eux la 87 et la 98, qui font également partie de l’ordre juridique costaricain. Pour contraster avec les pourcentages précédents, dans d’autres régions du pays (par exemple, Huertar Norte et Pacífico Central), 85 % de la main d’œuvre est costaricaine et 15 % est étrangère, particulièrement nicaraguayenne.

Il s’agit normalement de personnes qui travaillent dans d’autres activités agricoles saisonnières (cueillette du café, coupe de l’ananas, etc.) aussi bien au Nicaragua qu’au Costa Rica. Ainsi leur rotation dans les différentes activités est très élevée. Ces travailleurs (dans le cas de nationaux, le temps dédié à l’activité de la canne à sucre) restent 3,8 mois au Costa Rica. Il y a également une participation féminine très réduite, les hommes représentant, dans tous les cas, plus de 90 % des travailleurs.

Au Nicaragua, les travailleurs sont principalement des nationaux et l’immense majorité est embauchée de manière temporaire. Il s’agit à plus de 90 % d’hommes qui se consacrent également à d’autres activités agricoles saisonnières durant un an, aussi bien au Nicaragua qu’au Costa Rica.

Dans les deux pays, les conditions de travail sont dures, la violation des droits du travailleur est généralisée. Les conditions d’embauche sont précaires et flexibilisées, c’est-à-dire que la législation du travail n’est pas du tout respectée, ce qui porte directement préjudice au travailleur. Nous présentons ci-dessous quelques aspects généraux sur les conditions de travail dans le secteur de l’agroindustrie de la canne à sucre, par pays.

Conditions de travail dans l’agroindustrie de la canne à sucre : Costa Rica et Nicaragua

Régime d’embauche

  • Costa Rica

    • L’embauche s’effectue souvent de manière indirecte, par des contremaîtres. Ce dernier est l’intermédiaire entre les usines, les producteurs indépendants et les travailleurs. Même lorsque l’embauche se fait sans intermédiaire, les droits du travailleur sont violés.

    • Les femmes participent de manière inégale à la production, et elles sont plus touchées par la violation de leurs droits du fait qu’elles soient embauchées de manière verbale et indirecte. Les femmes ne reçoivent pas leur paie directement. Celle-ci est remise à l’homme qui prétend être leur compagnon.

  • Nicaragua

    • La sous-traitance par le biais d’entreprises « contractantes » est une pratique généralisée. 90 % des personnes travaillant dans l’industrie sucrière sont des sous-traitants.

    • La personne en sous-traitance n’a pas accès aux avantages socioéconomiques que l’usine offre à ses salariés, ce qui accroît sa situation de pauvreté et d’exclusion sociale. Le contrat est toujours verbal, pratique de flexibilisation permise par le Code du Travail pour les travaux agricoles (ceci est, donc, une forme de flexibilité « légale » du contrat de travail).

    • Les transporteurs ou « cabezaleros » indépendants sont également en sous-traitance durant la récolte. Ils n’apparaissent même pas dans le tableau de l’usine, car ils n’ont aucune sorte de rapport formel avec elle et, bien sûr, ils n’ont aucun type d’avantage ou d’assurance. Ce type de contrat est appelé contrat « de service », à savoir, pour une tache concrète et qui n’aura pas de suite dans le processus de production. Routiers, assistants, porteurs, ouvriers sont dans la même situation.

Salaires

  • Costa Rica

    • Dans le secteur, il existe une récurrente flexibilité des salaires. Dans les différentes régions productrices, il existe différentes formes de calcul du paiement des salaires : dans certains cas, les travailleurs sont payés à la tonne et dans d’autres au mètre linéaire de canne coupée. C’est ainsi durant les récoltes. La législation sur les salaires minimums n’est pas respectée. Outre le fait que le salaire soit en moyenne d’environ 8 dollars par jour, ce salaire ne s’obtient qu’après une journée plus longue que celle permise par la loi.

    • Le contremaître définit le salaire à payer aux travailleurs/euses, en fonction du profit qu’il espère obtenir. Le contremaître reçoit de l’usine le montant total du coût du travail et paye les travailleurs, schéma avec lequel la responsabilité patronale disparaît.

    • La situation illégale d’un grand nombre de travailleurs conduit certains d’entre eux à travailler dans les usines en échange du toit et du couvert, ce qui met en évidence la gravité de la situation du travailleur dans ce secteur et le non-respect de la législation établissant les salaires minimums et la protection du salaire.

    • Dans l’activité sucrière, les heures supplémentaires ne sont pas payées.

  • Nicaragua

    • En ce qui concerne les salaires, le montant moyen ne dépasse pas les 70 dollars par mois, revenu qui ne permet pas de couvrir les frais et les besoins principaux d’une famille.

Journées de travail

  • Costa Rica

    • Les journées de travail sont de 8 heures par jour (voire 10 ou 12 heures par jour).

    • Les travailleurs n’ont que deux jours de libre par mois, ce qui fait 28 ou 29 jours de travail, avec une disponibilité absolue pour le patron.

  • Nicaragua

    • Les journées de travail sont de 12 heures par jour ou plus, tous les jours de la semaine, durant la période de récolte (de 4 à 7 mois en moyenne).

    • Cela signifie que les travailleurs/euses, durant la période de récolte, font au moins 84 heures par semaine, sans périodes de repos suffisantes dans la journée et exposés aux conditions climatiques extrêmes.

Syndicalisation

  • Costa Rica

    • Au Costa Rica, la liberté de se syndicaliser n’existe pas et donc, il n’existe pas de syndicats, ni dans les sucrières ni dans le secteur. Il existe des « associations solidaires », une sorte d’organisation de travailleurs contrôlée par les patrons qui s’est formée pour éliminer les syndicats autonomes.

    • La sous-traitance, l’irrégularité migratoire et la période réduite de la récolte rendent impossible la syndicalisation des travailleurs.

  • Nicaragua

    • Les pratiques de sous-traitance massive diminuent le pouvoir négociateur et représentatif des organisations syndicales dans les usines. Il existe peu de syndicats et rares sont les adhérents. La syndicalisation n’atteint que 30 % et seuls les salariés permanents peuvent y accéder.

    • L’impossibilité d’exiger collectivement l’application de leurs droits auprès de l’usine ou des contremaîtres fait que 100 % des travailleurs/euses sucriers temporaires ne soient affiliés à aucun syndicat et ne puissent pas jouir des conventions collectives de travail. Pas même les employés permanents adhèrent massivement aux syndicats, étant donné que plus de 90 % des travailleurs permanents interrogés n’appartiennent à aucune organisation syndicale.

    • Les usines menacent les salariés de démission, de baisse de salaire ou de mutation s’ils manifestent leur envie de s’affilier ou d’adhérer à un syndicat. Ces données peuvent être vérifiées en observant que 82,6 % des personnes interrogées considèrent qu’il existe dans leur lieu de travail une interdiction de leur droit de liberté d’association.

    • Cependant, il existe des syndicats patronaux formés par les propres usines avec le personnel administratif, qui ne sont que façade et qui servent à démentir les accusations portées sur la violation de la liberté de syndicalisation dans le secteur.

Sécurité sociale, risques du travail

  • Costa Rica

    • Très souvent, les travailleurs n’ont pas de sécurité sociale, aucune assurance contre les risques liés au travail et ils ne reçoivent aucune sorte d’indemnité salariale supplémentaire ou de prestation pour inactivité. Seuls les salariés permanents de l’usine sont assurés. Ils représentent un faible pourcentage de l’ensemble de travailleurs liés à l’activité sucrière.

    • L’exposition à des facteurs climatiques, l’utilisation de matériel et d’outils ainsi que la manipulation de substances toxiques (produits chimiques) causent des accidents de travail qui ont une incidence directe sur la santé et la vie des travailleurs.

Sources : Acuña (2004, 2005) ; Legall (2005)

Risques et maladies du travail dans l’activité sucrière, Costa Rica

  • Durant la récolte, les risques auxquels les travailleurs sont exposés sont, entre autres, les bruits, les vibrations, les insolations, et ceux liés à l’utilisation des machines agricoles ; le contact avec les produits chimiques les expose à des risques tels que la poussière, les vapeurs et les gaz des insecticides et des engrais ; de même, l’environnement naturel dans lequel les travailleurs doivent travailler représente des risques tels que la chaleur (humidité/température), les rayons ultraviolets (soleil) la pénétration de la lumière visible (soleil) les conditions climatiques (pluie, vent, rayons, etc.)

  • Les travailleurs chargés de la coupe de la canne à sucre s’exposent à certaines maladies comme la cystite (inflammation douloureuses des voix urinaires due aux hautes températures du brûlage de la canne à sucre) et les diarrhées dues au fait qu’ils prennent leurs repas avec les mains sales, là où ils travaillent.

Source : Acuña, 2004

Risques et maladies du travail dans l’activité sucrière, Nicaragua

  • En ce qui concerne les accidents du travail, 85,5 % des travailleurs, tout particulièrement ceux des plantations, disent s’être coupés plus ou moins profondément. ; 7,5 % ont souffert de brûlures et 3 % de fractures.

  • Parmi les principales maladies du travail, on trouve le cancer de la peau et des poumons, les problèmes de reins, la stérilité et la perte partielle de la vue.

  • L’exposition aux produits chimiques, l’épaisse fumée durant le brûlage de la canne à sucre, l’exposition prolongée aux facteurs environnementaux et l’exposition à des résidus toxiques figurent parmi les principaux facteurs risques.

  • Ceci étant, la prise en charge ainsi que le suivi de ces accidents de travail sont quasi inexistants, aussi bien dans le système de santé publique que de la part des entreprises.

Source : Legall, 2005

Honduras

Travailleurs temporaires (récolte)

  • Souffrent fréquemment de maladies liées aux bronches, du fait de leur exposition permanente à la fumée du brûlage et à la poussière de la terre levée par les camions qui chargent la canne à sucre.

  • Forts maux de tête dus à l’exposition prolongée aux températures élevées ; la période de récolte ayant lieu durant une grande partie de l’été et géographiquement, les cannaies se trouvant dans les zones les plus chaudes du pays.

  • Fatigue et douleurs musculaires dues à l’excessive prolongation des journées de travail, pour des taches qui, de par leur nature, demandent une grande force physique et de l’énergie.

  • Douleur constante à la taille et aux reins due à l’action permanente de se baisser et de se lever durant la coupe de la canne à sucre et à la rare hydratation, qui ne compense pas l’excès de sudation.

  • Irritations de la peau pour ceux qui appliquent les produits chimiques.

Travailleurs permanents (usines)

  • Douleurs des bronches dues aux expositions aux produits chimiques.

  • Maux de tête causés par les températures élevées générées par la chaleur environnementale.

  • Problèmes auditifs dus au bruit produit par le matériel durant la production.

  • Cas d’irritation visuelle dans certaines usines qui ne fournissent pas de lunettes appropriées pour ceux qui manipulent et nettoient les chaudières.

Mots-clés

agrocarburant, conditions de travail, droit du travail


, Costa Rica, Nicaragua, Honduras

dossier

L’agroénergie : mythes et impacts en Amérique latine

Notes

Traduit en français par Elisabeth Teixeira (babethteixeira (at) yahoo.fr)

Les textes de ce dossier sont le résultat du séminaire sur l’expansion de l’industrie de la canne à sucre en Amérique Latine, qui a eu lieu à São Paulo, au Brésil, du 26 au 28 février 2007.

Ce dossier est aussi disponible en anglais, espagnol et portugais.

Source

Aspectos Relevantes de la Agroindustria de la caña de azúcar en Costa Rica y Nicaragua, Gerardo Cerdas Vega.

Acuña, Guillermo, La agroindustria de la caña de azúcar en Costa Rica: características, organización y condiciones laborales, San José, Costa Rica, 2004.

Acuña, Guillermo, Situación y condición de las personas trabajadoras de la producción de caña de azúcar en Costa Rica, San José, Costa Rica, 2005.

Legall Torres, Alberto José, La Industria del Azúcar en Nicaragua y sus condiciones laborales, Managua, Nicaragua, 2005.

Initiative CID, 22 février 2007, www.iniciativacid.org/…

ACAN-EFE, La producción de azúcar en Nicaragua es la mayor de los últimos diez años, 22 février 2007

Oscar René Vargas, El CAFTA y la agricultura, édition informatisée de El Nuevo Diario, 22 février 2007, www.elnuevodiario.com.ni

Nicaragua Sugar Estates Limited, www.nicaraguasugar.com

Ligue agricole industrielle de la canne à sucre, www.laica.co.cr

Irías Coello, Ayax, Diagnóstico sobre la producción y las condiciones laborales en la agroindustria de la caña de azúcar en Honduras, Tegucigalpa, Honduras, 2005.

Comissão Pastoral da Terra - Rua Esperanto, 490 - Recife, BRASIL - Tel. / Fax: 55-81-3231-4445 - Brésil - www.cptpe.org.br - cptpe (@) terra.com.br

Rede Social de Justiça e Direitos Humanos - Rua Castro Alves, 945 - São Paulo, SP, BRAZIL - Tel.: 011 3271 1237/3275 4789 - Fax.: 011 3271 4878 - Brésil - www.social.org.br - rede (@) social.org.br

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